Bicyclettes Nomades

Bolivie

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 

Le 28 aout, arrivee a la frontiere bolivienne, a Copacabana, village tranquille au bord du lac Titicaca. Nous y restons deux jours et demi, pour nous reposer un peu et mettre a jour le site. Le village n'a en soi rien d'exceptionnel, mais son ambiance detendue,son emplacement sur une crique sur le lac, et sa belle eglise coloniale meritent le detour.
Sur le lac, les habitants parlent Aymara. En plus du petit chapeau melon pose en equilibre sur les cheveux noirs separes en deux longues nattes, les multiples jupons sous la jupe, les femmes portent un grand tablier-robe a carreaux vichy bleu ciel. Avec toutes ces epaisseurs de tissu, elles semblent encore plus costauds que les Peruviennes...
Nous prenons le bateau sur le lac pour visiter l'Isla del Sol, d'ou seraient apparus les deux premiers Incas, Manco Capac et sa femme Mama Occlo. Avant les Incas, l'ile etait peuplee de Tihuanaco, dont les Aymaras seraient les descendants. Ces derniers ont ete vaincus par les Incas, qui les ont laisse garder coutumes et langues. Le culte du Soleil et de la Pachamama (deesse de la terre) etaient deja pratiques par les Aymaras.
Partis sous un crachin brestois, le soleil apparait a notre arrivee sur l'ile, et sa vegetation rase, le bleu du ciel et de la mer nous rappelle la Croatie.
 


 
Le lendemain, nous quittons le village pour rejoindre La Paz, en deux etapes. Nous restons tout d'abord pres du lac, nous n'arretons pas de monter et descendre mais c'est tres beau. A San Pedro de Tiquina, nous devons prendre un bac pour rejoindre la rive opposee. A cet endroit, le lac est tres etroit et cela delimite le grand et le petit lac Titicaca. En fin de journee nous atteignons Huatajata, petit village ou notre oeil est attire par des hommes portant le Chulo (bonnet andin) et des ponchos rouges. Plus loin nous apercevons une Garden Party pres du lac, avec des journalistes.
Les Ponchos Rouges, nous venons de lire un article dans Courrier International sur eux! Seuls les hommes d'age mur, ayant occupe des postes importants dans la communaute et ayant atteint la sagesse peuvent le porter. Mais aujourd'hui ils forment un  groupe puissant sur le plan politique et certains les denoncent comme etant une veritable milice qui pourrait destabiliser le pouvoir. Ils auraient aider Evo Morales a y acceder.
Intrigues, nous nous approchons. Un gamin nous confie qu'Evo Morales est la, et nous sommes etonnes de voir aussi peu de monde. Nous nous renseignons et apprenons qu'Il n'est pas la, mais que les differents ambassadeurs en poste en Bolivie le sont. Un peu decus, nous reprenons la route et faisons etape a Huarina, ou une vieille dame qui ne parle qu'Aymara nous loue une chambre.
Nous quittons ensuite le lac, et restons sur l'Altiplano. Les villages que l'on traverse sont peu animes, les magasins fermes et pourtant c'est samedi. C'est un peu triste.
Nous montons avant d'arriver a El Alto, les quartiers de La Paz populaires qui surplombent la ville. Nous roulons au milieu des camions et bus qui crachent une fumee acre qui vient encrasser nos poumons et ceux des deux millions d'habitants de la ville. Pres d'une station service, derriere un mur, nous voyons se balancer un manequin au bout d'une corde. Autour de son cou, une pancarte met en garde: c'est le sort reserve aux voleurs... Pas par la loi, mais par la justice populaire, encore en usage aujourd'hui.
 
 
A la fin du long boulevard en faux plat, enfin, apparait un canyon gigantesque. 500 metres plus bas, le centre historique et bourgeois de la ville, et sur ses flancs les barraques en pise des classes populaires. C'est impressionnant. Nous entamons alors 12 kilometres de descente pour rejoindre le centre, et progressivement les details prennent forme. C'est le premier septembre, et pour nous c'est important de ne pas etre "en retard" car Melanie, une de nos meilleures amies, arrive de Guyane pour partager quelques semaines de coups de pedales.
Nous nous rendons a l'aeroport avec Yves et Gael, deux cyclistes rencontres il y a un an et demi a Paris au salon du cyclotourisme international, et qui ont commence leur periple en Amerique du Sud il y a un an jour pour jour, commencant en Guyane... chez Melanie.(Vous pouvez suivre leurs explois sur leur site: www.sionjouait.com)
Retrouvailles chaleureuses. Nous restons deux jours, le temps de l'acclimatation pour Melanie, et le dernier soir nous faisons une soiree crepes, cidre et musique bretonne avec Yves, Gael, mais egalement Remi et Philippe (deux cyclistes rencontres sur l'Altiplano peruvien), a echanger des bons plans pour nos routes futures et mille et une anecdotes.
 
 
Nos routes se separent ensuite: Yves et Gael partent explorer quelques sommets a 6000 m autour de La Paz, Remi rejoint l'Argentine, puis la France ou il va entamer sa quatrieme annee de medecine, quant a Philippe il vient pedaler avec nous.
 
Le quatre septembre, nous quittons La Paz en bus, pour eviter les 12 km de grimpettes dans les pots d'echappement a Melanie. Nous nous avancons de 60 km, et prenons la direction d'Oruro. Asphalte et Altiplano, c'est facile pour commencer. Nous sommes decus de cet Altiplano bolivien, aux villages clairsemes, tristes, et aux alentours jonches de sacs plastiques et de decharges a ciel ouvert. Paysages assez monotones, nous faisons etape a Patacamaya, puis le deuxieme soir a Caracollo, ou nous trouvons des chambres bon marche. On ne peut pas s'y doucher, par contre on peut payer les "baños publicos" a cote pour une douche chaude.
Nous arrivons dans la matinee du troisieme jour a Oruro, ville de 200 000 habitants sans grand interet sauf l'existence d'une tele cablee pour visionner le match France-Argentine, ouverture de la coupe du monde de rugby. Juste avant d'arriver en ville, nous apercevons un groupe de vigognes, espece sauvage de camelides. C'est sense etre tres rare et nous sommes tout excites.
A Oruro, nous tournons un peu en rond avant de trouver un hotel bon marche. Nous nous reposons, et le lendemain, une heure avant le coup d'envoi, nous partons nous renseigner dans tous les hotels de la ville a la recherche de TV5, mais nos espoirs sont decus. Depites, nous rentrons a l'hotel, ou nous decouvrons avec bonheur que le match est retransmis sur une chaine de sport sud americaine que nous recevons dans la chambre. Mais au coup de sifflet final, le moral est bien bas dans notre petite troupe.
Le soir au restau, Olivier se sent barbouille, et nous quitte sans finir son plat (exceptionnel!!!) pour aller se coucher. Il est malade toute la nuit et nous decidons de prolonger le sejour a Oruro d'une journee. Le lendemain soir, il est toujours aussi faible et ne peut pas prendre la route. Il nous encourage a partir a Potosi en velo, Philippe, Melanie, et moi. Nous prevoyons quatre jours, lui prendra un bus quand son etat le lui permettra.
Quand nous le quittons, un petit sentiment de culpabilite me titille...
La premiere journee, c'est totalement plat et nous avalons sans problemes les 120 km qui nous separent de Chalapata. Chapeau a Melanie, pour un quatrieme jour, c'est pas mal. Toujours un Altiplano aussi desole, mais nous apercevons de nouveau des vigognes, et nous ne nous lassons pas de les observer, avec leur pelage qui se fond dans le paysage et leur allure d'antilope.
Chalapata, ville carrefour sortie d'un western, ses maisons en terre, ses rues de sable battues par les vents, ses habitants claquemures. On s'attend a une attaque des Appaches!
Nous reprenons la route le lendemain matin, et commencons a grimper le long d'une large vallee. Nous passons un barrage ou ont elu domicile des flamants roses, puis un charmant petit village aux toits de chaumes. Partout, sur les flancs de la montagne, des petits murets en pierre.
Vers midi, nous atteignons un haut plateau battu par les vents ou paissent des milliers de lamas. La circulation sur la route est quasiment inexistante et les villages peu nombreux. Vers 15 heures, nous arrivons dans un village ou nous nous s'approvisionnons en eau au cas ou l'on devrait bivouaquer. Nous entamons alors une petite descente avant un col de 6 a 7 kilometres ou Philippe casse sa chaine! Il repare en haut. Il y a beaucoup de vent, une vegetation composee d'herbes drues et piquantes qui laissent peu d'opportunites de bivouacs. Nous decidons de continuer jusqu'a Ventilla, le prochain village. Nous sommes fatigues, c'est encore tout en bosses, mais nous sommes motives pour dormir au chaud. Nous atteignons le village a la tombee de la nuit. A l'hotel, les gens sont froids et distants, comme la veille. 90 km pour la premiere etape de montagne de Melanie: on ne la menage pas, mais elle ne demerite pas!
 
Le lendemain, les montees sont encore plus nombreuses, et surtout bien plus raides. En Bolivie, on construit toujours les route au plus court, dommage pour les cyclistes! Olivier nous depasse en bus dans le col avant notre pause dejeuner, a 4200 metres, mais nous ne le voyons pas. Nous avons ensuite droit a une grande descente et faisons etape a Yocalla, a 3400 metres d'altitude, en bord de riviere. Il n'y a pas de logement disponible, et nous nous installons en face de l'eglise. Il fait bon, l'ambiance dans le village est tres agreable, les gens sympathiques. On nous dirige vers l'ecole pour trouver un abri pour la nuit, et le directeur nous autorise a nous installer dans une classe de l'ecole primaire. Melanie et moi partons nous promener pres de la riviere, et apercevons au loin sur la route un bus qui passe. A l'interieur, nous voyons une silhouette qui nous fait de grands signes. D'apres Melanie, c'etait bien un frise avec les cheveux mi longs et la raie au milieu. Persuadees de voir Olivier, nous repondons avec entrain aux salutations, allant meme a pousser quelques cris! Ce Bolivien a t il ete surpris par le succes fugace mais franc qu'il a connu aupres de deux Occidentales? Cela reste un mystere...
 
45 kilometres nous separent de Potosi. Nous entamons par un col encore bien raide de 7 a 8 kilometres. Philippe nous depasse triomphalement en s'accrochant a un camion et nous attend en haut. Nous sommes decus de voir que l'on redescend derriere, et longtemps, car nous savons que Potosi est a plus de 4000 metres... On reste encore une dizaine de km dans une vallee bordee de montagnes rouges et blanches avant le dernier col. Philippe nous abandonne encore en plein milieu, mais nous nous accrochons... a notre velo!
Nous retrouvons Olivier en ville par hasard, en cherchant l'hotel ou l'on avait rendez vous. Il a bien meilleure mine que quand nous l'avions quitte. Une pluie glaciale commence a tomber, et l'on se depeche de se refugier a l'hotel.
 
Pause a Potosi, ville coloniale construite a 4100m d'altitude, au pied d'une montagne riche "El Cerro Rico", d'ou l'on extrait de l'argent. La legende dit qu'un Inca, Diego Huallpa, aurait mene ses lamas en paturage, et, surpris par la nuit, y aurait allume un feu. Le precieux metal aurait alors coule de la montagne. Les Espagnols ont ensuite accouru, construit la ville et commence a creuser les premieres mines. L'argent extrait de la montagne a alimente la couronne d'Espagne et ses fastueuese depenses pendant plusieurs siecles (jusqu'en 1825), au prix d'une exploitation inhumaine des travailleurs et de salaires de misere.
Les mines sont toujours exploitees de nos jours et l'on peut les visiter avec un guide. Les mineurs sont organises en cooperatives et gagnent au pro-rata de ce qu'ils extraient, travaillant en petits groupes. Ils entrent tot le matrin dans la mine, et n'en sortent qu'en fin d'apres midi. En guise de dejeuner, ils machent de la coca toute la journee. Nous passons d'abord au marche des mineurs acheter de la coca et des bouteilles de soda que l'on distribuera ensuite aux mineurs. Avant d'entrer dans la mine, il faut s'habiller: pantalon epais et veste, bottes, casque a lampe. On a une sacree degaine!
 
 
Nous nous rendons ensuite dans l'une des mines. Le tunnel est etroit, souvent on ne tient pas debout et il faut se courber. Il fait sombre et frais, des conduits acheminant de l'air sous pression resonnent dans nos oreilles. On a vite un sentiment d'oppression et de claustrophobie dans les entrailles de cette montagnes.
Nous retrouvons deux mineurs assis a cote de la representation d' El Tio, dieu de la mine, contrepoint de la Pachamama, la figure feminine, la montagne elle meme. Tous les mineurs lui font des offrandes: feuilles de coca, cigarettes, et les premieres gouttes d'alcool a 90 degres qu'ils boivent a meme la bouteille tous les vendredis. Pour extraire l'argent, les hommes utilisent de la dynamite, puis une barre a mine et un maillet, se protegeant vaguement les voies respiratoires avec un mouchoir. Le minerais est ensuite transporte a l'aide de charriots, et dirige sur des rails, tracte par des hommes. Il n'est pas rare que le wagon deraille, quasiment a chaque nouvel embranchement, ce qui demande un effort supplementaire aux mineurs.
Les conditions de travail sont encore loin d'etre satisfaissantes. Les mineurs travaillent a la mine pendant 15 a 20 ans, et souffrent ensuite tres frequemment de silicose (maladie respiratoire mortelle) ou de cancers du poumon dues a la toxicite des poussieres d'argent. Mais les hauts salaires attirent encore de nouvelles recrues. A cote d'El Tio, un homme, la joue gonflee par la cinquantaine de feuilles de coca qu'il mache, nous confie les craintes quotidiennes des mineurs: celles des accidents, effondrements de galeries, emanations de gaz toxiques et autres. Selon lui, la montagne elle meme finira par s'ecrouler, car elle est percee comme un gruyere.
Ce n'est pas sans un immense soulagement que nous retrouvons l'air pur et le ciel bleu. A peine trois heures passes dans la mines, et nous n'en pouvons plus de marcher dans cette obscurite et de voir ces hommes se tuer a la tache.
 
A Potosi, nous visitons egalement la Casa de La Moneda, ou etaient fabriquees les pieces en argent ensuite envoyees en Espagne. Nous y apprenons que les billets boliviens sont actuellement imprimes a Chantepie, dans la banlieue de Rennes.
Le froid et le mauvais temps (pluie quasi tous les apres midis) decident Philippe a gagner l'Argentine en bus. Nous nous donnons rendez vous a Salta dans quelques semaines.
 
De notre cote, nous partons visiter Sucre, ancienne capitale aux belles maisons coloniales, murs blanchis a la chaux, toits de tuiles, ou il fait bon (nous sommes descendus a 2900 m).
 
De retour a Potosi, nous reprenons les velos en direction d'Uyuni. Fini l'asphalte. Nous nous engageons sur la piste, de bonne qualite sur les premieres dizaines de kilometres car les dameuses sont passees par la en vue de la future route. Ca grimpe par contre dur, et les paysages sont assez decevants, montagnes pelees et grises, et aucun village avant Agua Castilla, a 55 Km de Potosi ou nous faisons notre premiere etape. C'est encore un village de mineurs, perdu a 4000 metres au milieu de nulle part.
 
 
Le lendemain, la piste se transforme en tole ondulee, avec des passages ensables. Dur dur... On descend dans un canyon aux parois couleur brique et arrivons dans une petite vallee ou quelques lamas broutent une herbe verte. Dans la descente, Melanie chute en perdant l'equilibre dans un banc de sable. Plus de peur que de mal, mais c'etait bien impressionnant. Nous continuons a descendre dans un canyon aux formes et couleurs hors du commun apres une grande plaine  ou les bras de riviere serpentent, bordes de petites plaques de sel. Arrives en bas, a la riviere, nous nous doutons qu'il nous faut remonter! 15 kilometres, sur la piste, au milieu des cactus. C'est beau mais long, surtout la fin quand le vent de face vient s'en meler. Heureusement nous finissons pas 10 km de descente sur le joli village de Tica Tica, ou, arrives a la tombee de la nuit, nous trouvons une petite auberge pour nous abriter du froid. Le lendemain, les villages se font encore plus rares. Apres une premiere partie de matinee  dans une belle vallee, nous arrivons sur une pampa desertique, battues par les vents. L'apres midi, nous grimpons, mais cette fois ce n'est pas tres joli, monotonre, vent de face, piste de mauvaise qualite avec des passages tres raides. Bref nous n'avancons pas et c'est vraiment penible. Tout est sec, aucun cours d'eau. Nous arrivons enfin en haut du col, mais nous apercevons en face, sur la montagne opposee, Pulacayo, le deuxieme village de la journee, a  65 km de Tica Tica, ou nous voulons faire etape. Il nous faut descendre et de nouveau grimper 7 ou 8 km... La, ca devient franchement laborieux, de fortes odeurs de soufre envahissent l'atmosphere, et les camion et bus qui nous depassent a une vitesse folle nous envoient une poussiere qui nous laissent un gout metallique dans la bouche. Melanie n'en peut plus, nous voyons la route pentue qui mene au village et nous lui trouvons un 4X4 pour les 3 derniers kilometres.
Nous la retrouvons une demi heure plus tard. Le village est perche a 4000 metres. Nous y entrons a cote de l'ecole, et des enfants nous proposent de nous accompagner pour trouver un hebergement. Nous penetrons par une petite porte grillagee dans un espece d'ecomusee, ou trone l'ancienne locomotive qui servaient a transpoter les minerais. Ancien village de mineurs, Pulacayo employaient 20 000 travailleurs en 1959, mais aujourd'hui il ne sont plus qu'une centaine. La locomotive a ete attaquee au XIXeme siecle par Butch Cassidy et Sundance Kid.
La ville est aujourd'hui presque fantome, et avec le vent et le froid c'est bien glauque. Un des enfants m'annonce de but en blanc la mort de son pere dans la mine... Nous poussons les velos dans les rues poussiereuses, entre les maisons fermees pour arriver finalement au Rancho 2, qui servait a loger les mineurs du temps faste de la mine. Le batiment est desormais a l'abandon, un peu delabre, mais a toujours l'eau courante (et glaciale!!). Le proprietaire nous laisse nous installer pour la nuit, nous nous eclairons a la bougie dans cette grande batisse aux vitres cassees, laissant le vent refroidir l'atmosphere.
Le lendemain matin nous n'avons quasiment qu'a descendre sur Uyuni, et du haut du col nous dominons tout le Salar, vaste etendue de 12 106 kilometres carres de sel. A Uyuni, nous nous reposons une demi journee.
 
Uyuni est a 3600 metres d'altitude et connue des voyageurs comme point de depart pour explorer le celebre Salar d'Uyuni et la region du Lipez. Le matin du 21 septembre, nous faisons la piste de 20 km separant Uyuni de Cochani. Nous avons fait des reserves d'eau pour passer la nuit sur le Salar. A l'entree de celui ci, des travailleurs ramassent le sel. Nous penetrons ensuite sur la grande etendue blanche, immaculee. Autour de nous, silence le plus total, mis a part le bruit de nos pneus qui crissent sous le sel. On se croirait sur de la neige, meme couleur, meme bruit, si ce n'etaient les petits agglomerats de sel formant des polygones sur le sol.
 
 
Pour nous reperer, nous suivons les traces de pneus laissees par les vehicules. 80 km nous separent de l'ile Incahuasi. Pedaler sur cette immensite blanche est du pur plaisr, c'est tout lisse et on se laisse porter... De temps en temps nous apercevons au loin des 4X4, la visibilite est incroyable. Nous arrivons sur l'ile a 16 heures, beaucoup de groupes de touristes y pique niquent. L'entree est payante et nous continuons notre route vers l'ile Pescado, car nous avons entendu parler de l'existence d'un abri sur celle ci. Comme Incahuasi, l'ile est rocheuse et plantee de multiples cactus corail. Nous faisons le tour de l'ile en vain, aucune maisonnette sauf une ruine... Nous sommes un peu depites, quand nous apercevons, au fond d'une petite plage, une grotte qui ressemble a la bouche d'un monstre dont nous distingons les yeux... Elle est bien abritee du vent et nous y installons notre tente sans problemes. Nous avons alors droit a un coucher de soleil qui dure pres de 40 minutes, magique. Nous sortons plus tard de notre caverne avant d'aller dormir, pour admirer la lumiere de la lune et des etoiles refletees par le Salar.
 
 
Nous nous levons tot le matin suivant pour profiter de la belle lumiere du matin et faisons avec plaisir le chemin inverse.
 
De retour a Uyuni, nous prenons la direction de Tupiza, mais pas en velo. Nous prenons un bus car plusiers cyclistes nous ont parle de cette piste comme un veritable cauchemar. Et nous ne regrettons pas: piste ensablee ou en tole ondulee, qui epouse parfois sur des dizaines de kilometres les lits des rivieres caillouteuses, et une alternance de cols aux pentes bien raides. Les paysages, eux, sont plutot monotones (sauf sur les derniers trente kilometres, la vallee qui mene a Tupiza), les points d'eau et villages, eux, rarissimes.
Tupiza, a 3000 metres d'altitude, est une petite ville bien agreable, au coeur de montagnes de terre rouge, sculptees et decoupees par l'erosion. Nous nous reposons du trajet de bus et louons trois chevaux avec un guide pour se balader aux alentours. Nous sommes en plein western!
 
 
Nous continuons par une excursion de quatre jours en 4X4 pour explorer la region du Lipez. Nous devions partir avec deux autres touristes qui ont decommande, et etions donc tous les trois avec le chauffeur. 4 jours de montagne, du pur bonheur, des paysages epoustouflants; lagunes colorees, volcans, montagnes aux formes et couleurs extravagantes et variees, sources chaudes a 30 degres a 4000 metres, dunes de sables, geysers d'ou s'echappe une fumee soufree et d'ou l'on voit bouillir la lave, un desert de petits cailloux donnant l'impression d'etre au milieu d'un immense jardin Zen, des milliers de flamants roses, des centaines de vigognes, pour finir le dernier jour sur le Salar avec le lever du soleil. Magique, et en musique (nous avons branche le MP3 dans la voiture).
 
 
Il ne nous manquait rien pour nous sentir sur une autre planete... en velo, trop de froid, de vent et de pistes catastrophiques a notre gout. Nous avons apprecie le vehicule!
 
De retour a Tupiza, nous reprenons les velos. Il reste 90 kilometres de piste jusqu'a la frontiere. Premiere etape de 57 kilometres, alternance de montees et descentes. Nous nous arretons le soir a Mojo, minuscule village ou l'on nous laisse nous installer dans l'ecole pour la nuit. Le lendemain, 35 kilometres de pampa avant l'arrivee a Villazon, a la frontiere argentine. Quelques courses, puis les formalites douanieres, 30 secondes chacun, top chrono, cote bolivien.
Cote Argentin c'est un peu plus long...


Texte d'Olivier
 
Potosi. Potosi c'est l'argent et la misere, une histoire d'exploitation, dans tous les sens du terme.
La ville fut fondee en 1545, des la decouverte du precieux minerai. Au 17eme siecle la population atteint pres de 200 000 habitants, faisant de Potosi l'une des plus grande ville de la planete. L'argent del Cerro Rico financa l'empire espagnol: plus de 100 tonnes d'argent par an sont envoye en Espagne entre 1560 et 1570, 200 tonnes par an jusqu'en 1590.
Mais si ce riche monopole alimente d'abord l'economie espagnole, a partir du 18eme siecle les metaux drainent plus de richesse en Europe du nord que dans la peninsule iberique.
L'or et l'argent d'Amerique ont dynamise l'economie europeenne, les transactions commerciales sont alors en plein essor. L'expansion demographique europeenne correspond egalement a cette abondance monetaire.
En somme l'exploitation du nouveau continent a finance le developpement de l'Europe et participe activement a l'edification de la superpuissance occidentale actuelle.
A quel prix?
 
Des milliers d'esclaves indiens furent amenes pour creuser les mines. Le travail dangereux provoquait tant de mort par accident ou a la suite de la silicose, que les espagnols firent venir des milliers d'esclaves africains pour pallier la penurie de main d'oeuvre. Afin d'augmenter la productivite, le vice roi de Tolede institua la Ley de la Mita en 1572 qui obligeait tous les esclaves indiens et africains de plus de 18 ans a travailler par roulement de 12 heures. Ils demeuraient sous terre, sans voir la lumiere du jour, durant quatre mois, mangeant, dormant et travaillant dans la mine. Lorsqu'ils sortaient on devait leurr couvrir les yeux pour que le soleil ne les aveugle pas...
Les mineurs ne vivaient pas longtemps. Durant les trois siecle que dura la periode coloniale (1545-1825), on estime que 8 millions d'Indiens et d'Africains perirent dans des conditions atroces.
Notre confort occidental s'est clairement construit par la spoliation et l'assassinat a grande echelle: apres l'Amerique, l'Afrique et l'Asie.
 
Aujourd'hui la Bolivie est un des quatre pays les plus endettes de toute l'Amerique Latine (avec le Guyana, le Honduras et le Nicaragua). Sa dette externe est si eleve qu'elle va beneficier d'ajustements strucurels du FMI (accordes de facon drastique).
 
La dette des pays du tiers monde est plus qu'une aberration, c'est le scandale du siecle. Beaucoup de pays africains ont par exemple rembourse jusqu'a dix fois le montant de leur dette du fait des taux d'interet astronomiques, qui s'eleve autour de 20%. Et quand ils ne peuvent plus paye, le FMI leur impose sa politique neo liberale: diminution du budget de la sante, de l'education, liberalisation d'un marche inegal.
 

Mineur dans la mine de Potosi

 
Je reporte ici des extraits d'un article ironique, mais qui donne a reflechir, d'un journaliste Mexicain:
 
"...Les archives des Indes font etat, avec force papiers, force recus et force signatures, de ce que 185 000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent sont arrives a San Luca de Barremada (Espagne) en provenace d'Amerique entre 1503 et 1660. Pillage? Cela ne me viendrait pas a l'idee! Ce serait penser que nos frere chretiens ne respectent pas leur septieme commandement. Spoliation? Dieu me garde d'aller imaginer que les Europeens a l'image de Cain, tuent, puis dissimulent le sang de leurs freres! Genocide? Ce serait la accorder du credit a des calomniateurs comme Bartolome de Las Casas et tous ceux qui ont qualifie la rencontre de destruction des Indes.
Non! Ces 185 000 kilos d'or et ces 16 millions de kilos d'argent doivent etre consideres comme le premier d'entre les divers prets a l'amiable consentis par l'Amerique en faveur du developpement de l'Europe. Penser le contraire reviendrait a etablir l'existence de crimes de guerre, ce qui ouvrirait un droit a exiger non seulement le remboursement immediat, mais meme une indemnisation pour dommages et prejudices. Moi, Guaipuro Cuauhtemoc, je prefere croire en l'hypothese la moins offensante pour mes freres europeens. Des exportations de capitaux aussi fabuleuses n'ont ete rien d'autre que la mise en place d'un plan Marshall-tezuma pour garantir la reconstruction de la barbare Europe ruinee par ses guerres deplorables contre les musulmans cultives, defenseur de l'algebre, de l'architecture et du bain quotidien.
...Il est bien clair toutefois que nous ne nous abaisserons pas a reclamer a nos feres euopeens les taux -odieux et cruels- de 20% et jusqu' 30% que nos freres europeens font payer au tiers monde. Nous nous limiterons  a exiger la restitution des metaux precieux avances, plus un modique interet fixe de 10% par an , interet calcule sur les trois cents dernieres annees. Sur cette base, et en application de la formule europeene de l'interet compose, nous informons nos decouvreurs qu'ils ne nous doivent, en guise de premier paiement, que 185 000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent, quantites multipliees par 110% trois cent fois de suite. C'est a dire un peu moins de 500 000  milliards de tonnes d'or et a peine 40 millions de milliards de tonnes d'argent." 
 
La spoliation continue, allegrement. Il faut lire, ou relire, la preface de Jean-Paul Sartre ecrite pour "Les damnes de la terre", le livre de Franz Fanon. C'est du vitriol jete a nos faces d'occidentaux. 
Seule une  mobilisation populaire citoyenne peut changer le court des choses. Pour paraphraser Susan Georges "un autre monde est possible".
Pour s'informer: www.cadtm.org, ou encore www.attac.org.  
 
   Par ailleurs, depuis plusieurs annees nous avons assiste a une montee en puissance politique, intellectuelle et ideologique des mouvements indiens, dont la manifestation la plus visible en Bolivie a ete l'election d'Evo Morales. D'autres mouvements l'avaient deja concretisee: les Zapatistes et le sous commandant Marcos au Chiapas, le Mouvement Indien Equatorien dans les Andes, ou encore les Mapuches au Chili.
Mouvements indiens, Gauches Sud Americaine... Ces notions se recouvrent et se fondent. La Bolivie est passee a une economie dont l'etat est devenu le principal acteur, avec notamment une mesure phare qui est la nationalisation des hydrocarbures en mai 2006.
Rafael Correa, le president de l'Equateur a recemment commande un audit sur la dette externe qui pese sur son pays.
Sous l'impulsion d'Hugo Chavez, et avec le concours du Bresil, de l'Argentine, de la Bolivie, de l'Equateur et peut etre bientot du Chili, une Banque du Sud, concurrente de la Banque Mondiale, doit se mettre en place. Cette initiative emancipatrice a pour but d'aider le developpement des ces pays sur des bases sociales et de se passer de la tutelle des pays occidentaux. Y arrivera -t- elle?