Bicyclettes Nomades

Brazil

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)


18 octobre 2007, entree au Bresil, deja la derniere etape de nos aventures sud americaines. Nous entrons a Foz do Iguazu. A cet endroit, le Bresil est separe de l'Argentine par le Rio Iguazu et du Paraguay par le Rio Parana. Nous visitons les chutes, et etonnament, de ce cote ci c'est vraiment different: en plus d'une vue panoramique, on peut s'approcher jusqu'a avoir l'impression d'etre dedans. Nous faisons egalement un saut a Ciudad de L'Este, a la frontiere paraguayenne. Des bus font la liaison et on passe sans montrer son passeport. Ciudad de l'Este est une zone franche, Argentins, Bresiliens et Paraguayens s'y pressent pour acheter electronique et ordinateurs... Beaucoup de commerces sont detenus par des musulmans et les sourates du coran, mains de Fatima ornent les murs; on croise egalement des femmes voilees.
 
Nous reprenons la route le 20 octobre, toujours accompagnes de Philippe et Melanie. Notre objectif est de rejoindre Paraty, au sud de Rio de Janeiro, le 9 novembre, les parents d'Olivier venant nous y rendre visite.
Le premier jour, nous pedalons jusqu'a Medianeira. Nous pensions y bifurquer pour rejoindre une piste mais des les premiers kilometres nous sommes arretes par des policiers qui nous interrogent sur notre itineraire. Nous avons en tete trop d'histoires de flics corrompus dans ce pays pour ne pas etre sur nos gardes, et pourtant nous avons bien fait de les ecouter: une partie de la piste traverse un parc national et la route est desormais interdite. Nous aurions fait 25 kilometres vallonnes pour rien...
Le lendemain dans la matinee nous sommes arretes par une violente tempete et restons refugies sous une cabane pendant deux heures. Nous decidons de faire halte au prochain village ou nous trouverons un endroit pour passer la nuit. Les previsions sont a la pluie pour les jours suivants, et Philippe, dans ces conditions, prefere retrouver le soleil en Argentine, ou il devait de toutes facons retourner bientot.
Les premiers contacts avec les Bresiliens sont plutot sympathiques mais il nous faut un petit temps d'adaptation pour la langue et l'accent. Ce n'est pas une decouverte pour nous, car en Guyane beaucoup de patients bresiliens ne parlent pas francais et je m'y etais un peu mis, mais apres trois mois a parler espagnol, c'est assez difficile!
Nous continuons sur la grande route une journee et demi, avant de la quitter, enfin, pour une piste. Seul le premier village, Diamante do Sul, est indique, et non Laranjal, le village que nous cherchons a rejoindre. Nous allons vilte comprendre que, si c'est le chemin le plus direct, c'est loin d'etre le plus emprunte! Une ou deux personnes s'arretent meme pour nous demander si nous ne sommes pas perdus. On nous prend souvent pour des Argentins, et quand nous annoncons que nous sommes Francais, c'est toujours le meme etonnement. Il n'y a pas beaucoup de touristes a trainer par ici.
Apres 15 kilometres de piste, alternance de cotes et de descentes, nous arrivons a Diamante do Sul, petit bourg agricole paisible et fort joli. Nous decidons d'y rester pour la nuit et allons nous renseigner a la mairie, installee dans une barraque en bois pente en bleu. De toute evidence c'est la premiere fois que des cyclistes s'arretent la. On nous fait patienter un peu puis finalement la personne qui nous a accueilli nous explique que nous pouvons nous installer dans une piece au rez de chausse de Mr le maire. Mais d'abord, on va nous accompagner prendre une douche a la station service. Pour nous c'est ideal... Plus tard tous les gamins du village viennent nous voir et discuter. Pour nombre d'entre eux, c'est la premiere fois qu'ils voient des etrangers.
En partant le lendemain matin, nous avons droit a une petite seance photo avec le maire et sa femme, et nous comprenons qu'on parlera de notre passage dans le bulletin municipal. De notre cote, nous sommes encourages a faire connaitre Diamante do Sul jusqu'en France! Une voiture nous escorte ensuite jusqu'a la sortie du village. On nous a prevenu: ca grimpe. Mais nous ne nous attendions pour autant pas a de telles difficultes. En revanche, les paysages et les couleurs sont magnifiques. Nuances de vert sur les collines avec les taches blanches des vaches, le rouge de la terre et le bleu gris du ciel.
 

 
Nous ne croisons aucun vehicule, les seules personnes que nous rencontrons sont des gauchos, les cowboys bresiliens. Nous sommes en plein coeur du Parana, etat voue a l'agriculture et a l'elevage. Ici, c'est uniquement l'elevage des vaches (la meme race que l'on trouve en Inde), et elles ont des espaces immenses ou paitre. Nous apercevons de temps en temps des maisons sur les proprietes. la plupart du temps nous sommes seuls... si ce n'est ce n'est le regard insistant de ces milliers de vaches derriere leurs clotures. Nous arrivons vers 10 heures a une riviere. Le passage sur l'autre rive se fait sur une plate forme qu'un homme fait avancer mecaniquement a l'aide d'un cable et d'un systeme de poulies.
 
Un peu plus loin, alors que les raidillons qui s'enchainent pesent sur nos jambes, nos entendons cris et sifflements avant de voir un troupeau immense, controle par quatre cavaliers avec leurs voix et leurs lassos, s'avancer vers nous.
Olivier casse ensuite sa chaine dans une cote. Il repare mais quelques kilometres plus loin elle recasse. Trop de poids, cotes trop raides... Dur dur. Il repare une deuxieme fois mais nous commencons a penser qu'un pick up serait le bienvenu pour nous avancer a Laranjal. Le temps du pique nique, voila notre homme providentiel. Il hallucine un peu de nous voir mais accepte tout de suite de nous emmener.
Peu apres la sortie de Laranjal, alors que nous venons de reprendre les velos, surprise: mon pneu arriere est a plat. Ca commence a faire beaucoup!
Un petit 4x4 s'arrete. Le chauffeur a un sourire jusqu' aux oreilles et nous demande ou on va. Il se presente comme proprietaire d' une fazenda ou il nous invite pour la nuit. Je ne peux refrener mon enthousiasme quand je me tourne vers Olivier et Melanie pour leur traduire cela. Comme la fazenda est eloignee de quelques kilometres de piste, il nous propose de laisser les bagages chez des gens qu'il connait (le couple de petits vieux de la maison d'en face) et de nous embarquer.
Arrives a la fazenda, nous sommes accueillis par Vardo, considere par Neo (notre hote), comme son deuxieme fils. Il est deja affaire au barbecue ou rotissent deux enormes gigots de mouton. Neo possede pres de 1200 hectares de terres et plus de 1000 vaches, quelques 300 moutons (pour la consommation de la fazenda!), et est egalement proprietaire d'une autre fazenda, plus petite. Il vit dans sa maison avec Vardo, et ses douze employes et leurs familles vivent dans des maisons disseminees sur les terres. Neo a la cinquantaine, est marie et pere de deux enfants, mais aucun d'entre eux n'est tres interesse par le hobby du papa. Neo n'etait pas destine a etre proprietaire d'une fazenda puisque son pere possede une station service ou il a commence a travailler. Mais son reve etait d'avoir des terres et du betail, et avec ses premieres economies il a achete un bout de terrain et quelques vaches. Avec le sens des affaires et une bonne etoile il a achete cette propriete il y a huit ans. Le week end il rentre chez sa femme laver son linge (!) C'est, comme il nous le confie, plus un mariage du raison que d'amour mais il s'en accommode bien.
Sur la propriete, les gauchos se deplacent a cheval. Installes sur la grande table en bois nous entendons des bruits de pas qui tintent comme des grelots et peu de temps apres apparait l'un des cowboys. Il ne quitte ses eperons que pour aller dormir et danser au bal tous les vendredis.
Nous passons une soiree vraiment sympa, notre portugais fait de sacres progres. Neo nous propose de monter a cheval le lendemain sur la propriete. En fait nous ne revions que de cela.
Lever de soleil sur les collines escarpees, nous partons dans la belle lumiere du matin avec Vardo pour quelques heures de balade dans la fazenda. C'est immense.En debut d'apres midi, Neo nous emmene faire le tour du reste de la propriete dans sa jeep, musique des annees 80 poussee au maximum, et vue l'etat des pistes et les cotes, c'est frisson garanti. A chaque cloture, Vardo bondit hors du 4X4 pour l'ouvrir et la refermer sur le vehicule et pousse un "You ouhhh" avec un grand sourire. Nous rendons visite aux voisins, assis dans leur rocking chair sur leur terrasse, sirotant un verre de mate dans un enorme pot recouvert de cuir, entoures de centaines de vaches dans leur jardin.
 

 
Comme nous voulons tout de meme avancer un peu a velo, Neo nous propose de s'occuper de nos bagages et nous roulons legers jusqu'a Palmital. Nous sommes bien soulages, car ces trente kilometres sont une alternace de cotes terribles et ininterrompues. Et nous sommes heureux de rouler car cette petite route de campagne bordee de maisons en bois peintes, de champs avec vaches et palmiers, est vraiment charmante. Neo nous recupere en fin d'apres midi pour nous ramener chez lui, les bagages etant confies a la station service du village. Il est accompagne de sa petite amie et de la soeur de celle ci. Nous retournons tous a la fazenda ou Vardo nous attend,  a griller le mouton... Et c'est reparti!
Le lendemain, Neo gere encore nos bagages. La route s'ameliore, les pentes sont moins raides et nous avancons rapidement jusqu'a Pitanga ou nos bagages attendent au poste de police de la route. Pas de traces de Neo, nous entrons dans la ville et prenons un petit hotel. Le proprietaire fait venir le journaliste de la feuille de choux local pour une interview express le lendemain matin. Des cyclistes etrangers, ici, il n'y en a pas. Et cela se sent dans les regards, l'etonnement et parfois l'admiration qui se lit sur les visages... et l'enthousiasme. Et puis, c'est le Bresil, pays si attachant. Les contacts sont faciles, les gens viennent nous parler, c'est systematique quand nous faisons une pause avec les velos.
Dans la region, il y a eu beaucoup d'immigration de Pologne et d'Ukraine et dans les campagnes on voit des eglises orthodoxes. Les villages que l'on traverse sont habites par de grands blonds aux yeux bleus qui roulent dans des vieux pick up americains et montent a cheval. Candido de Abreu est l'un de ces villages hors du temps et refletant un Bresil dont nous ne soupconnions pas l'existence. La ville etant en contrebas de la route, nous nous arretons dans la premiere station service du village. La, Adriano, le jeune qui sert les clients, nous pose des milliards de questions. Il nous laisse prendre une douche, puis nous laisse installer la tente sous une avancee a cote de la station. Alors que nous commencons a cuisiner, des jeunes viennent nous parler. Plus tard, leurs familles les rejoignent. Le pere d'un des garcons est descendant de Polonais et d'Allemands. Sa grande fierte serait que ses enfants apprennent ces langues. Cette compagnie est tres agreable et nous sommes touches par les marques de consideration et de politesse a notre egard. C'est si rare qu'on nous demande si l'on est fatigues ou si nos interlocuteurs ne derangent pas.
L'etape suivante, toujours sur une belle petite route de campagne, nous mene a Reserva. Un violent orage eclate en fin de journee et Olivier et Melanie restent un peu derriere  moi, abrites sous un abri bus. En arrivant, je me dirige a la station service pour boire un soda, et je suis immediatement entouree de dix jeunes qui m'assomment de questions et me mitraillent avec leurs telephones portables. Je suis bien soulagee quand Olivier et Melanie apparaissent.
Un homme vient nous voir et discuter. Il nous donne des indications sur la route que l'on va emprunter le lendemain. Il essaie de nous parler anglais, car il a travaille sur des chantiers aux Etats Unis, mais son anglais est assez pauvre. Il part le soir a Sao Paulo, mais aurait ete ravi de nous inviter chez lui. Il decide alors de nous accompagner a l'hotel, et il nous annonce qu'il nous paie la chambre. Incroyable. Il appelle alors un de ses amis qui travaille a la radio locale pour venir nous interviewer et en partant il specifie au jeune de l'hotel qu'il paiera egalement nos consommations. Nous sommes extremement touches par une generosite si spontanee et ne savons pas comment remercier.
Le journaliste arrive en debut de soiree, et rapidement nous nous retrouvons a lui poser plus de questions que lui! Reserva est la deuxieme ville du Bresil qui compte le plus d'habitants aux USA (or elle ne fait pas plus de 20 000 habitants). Lui meme y a tente sa chance, sans visa. Il est alle au Mexique, puis a traverse le Rio Grande a la nage. Il a alors rejoint le New Jersey ou vivent les Bresiliens de Reserva et a trouve du boulot sur des chantiers. Avec de faux papiers, il a pu faire un (vrai) permis de conduire, veritable carte d'identite aux Etats Unis. Il a alors travaille enormement, pour gagner un maximum d'argent. Mais apres le 11 septembre 2001 et les controles de polices de plus en plus stricts, il n'a pas ose demander de renouvellement de ses papiers et est rentre (apres cinq annees passees la bas). Et encore aujourd'hui, meme si le Real a beaucoup augmente, et meme si la vie a Reserva est agreable, loin de la misere des favelas, le reve americain continue d'attirer de nombreux jeunes. Peut etre plus un besoin d'aventure que de reelles motivations financieres.
Le journaliste nous emmene manger une feijaoda dans le restaurant de son patron, originaire du Japon. Il ne parle pas japonais, cela fait deja deux generations que sa famille est installee au Bresil, mais nous retrouvons chez lui la reserve et la politesse des Japonais. Il vient s'assoir a notre table et est tres interesse par notre voyage, nous pose des questions. Et il n'accepte pas d'argent pour le repas.
 
Le lendemain, apres une matinee sur une petite route, nous empruntons une piste de bonne qualite jusqu'a Tibaji.
 

 

Au parc municipal, nous demandons au gardien de poser la tente. Il nous deconseille de nous installer la, car il y a du passage la nuit, et, plutot que de nous envoyer a l'hotel, ou au camping (nous le decouvrirons le lendemain!), il va se demener pour nous trouver une chambre dans un local municipal.
Nous atteignons en fin de matinee suivante Castro, ou nous prenons un bus car nous sommes en retard sur le planning pour rejoindre a temps Paraty. Et ce n'est pas plus mal car je souffre d'une petite tendinite au genou liee a nos efforts dans les collines.
Nous quittons le Parana pour l'etat de Sao Paulo. Etape a Itapeva, puis Ribeirao Branco (une nouvelle fois nous sommes les stars de la gazette locale). Les paysages sont similaires, mais ici c'est un Bresil plus metisse.
Nous nous dirigeons vers la cote et decouvons avec surprise que nous etions en altitude quand, apres Apiai, nous descendons au milieu de grands massifs calcaires, recouverts de Mata Atlantica, cette foret subtropicale que l'on trouve le long de la cote bresilienne. Les fins de journees sont souvent orageuses. En trois etapes, nous atteignons Saubana, un hameau ou nous nous arretons pour menager mon genou. Nous pensions etre au bord de la mer, mais c'est encore l'embouchure du fleuve et de la mangrove. Un peu decus au premier abord, nous ne regrettons finalement pas cet arret. C'est la fete patronale dans le village. Apres deux Caipirinha (cf rubrique "recettes")  nous sommes tout disposes a jouer au bingo, puis, plus tard dans la soiree, a danser le foro jusqu'au petit matin. Nous discutons egalement beaucoup avec le proprietaire du petit hotel ou nous dormons, qui nous invite pour une promenade en barque le lendemain. Reveil un peu difficile, mais la balade est tres agreable et nous permet d'observer de nombreux oiseaux et de voir les pecheurs remonter leurs filets. Nous avons droit au retour a des sashimis tous frais, repare avec l'un des poissons ramenes. Encore un bel exemple de l'accueil bresilien.
 

 
A 20 km de Saubana, Iguape, l'une des plus anciennes villes bresiliennes. Nous nous y arretons une journee, c'est une jolie et tranquille ville coloniale aux facades peintes de couleur vives . C'est aussi la que nous quittons Melanie qui va continuer a pedaler seule au Bresil, tandis que nous prenons la direction de Rio de Janeiro. Nous reprenons un bus, prevoyant encore trois petites etapes avant Paraty. Mais la cote bresilienne est tres accidentee, et mon genou souffre. C'est par contre magnifique, ce sont des centaines de kilometres de montagnes recouvertes de Mata Atlantica qui plongent dans la mer, des milliers d'iles.
A contrecoeur, nous reprenons un bus jusqu'a Paraty. Une vraie coupure me fera du bien.
A Paraty, superbe petite ville coloniale au bord de la mer, nous retrouvons les parents d'Olivier pendant une semaine. Nous profitons des iles et plages paradisiaques et de l'ambiance detendue des lieux. Ideal pour des retrouvailles.
 
Nous passons ensemble les deux derniers jours a Rio. La pluie n'enleve rien a la magie des lieux. Copacabana et ses surfeurs, Ipanema et sa croisette, Santa Teresa et ses vieilles maisons, aujourd'hui quartier branche, le Pain de Sucre et sa vue imprenable sur le Christ (la statue, pas le vrai...) et la cote decoupee de la baie de Rio. Mais Rio c'est aussi les favelas, quartiers pauvres immenses aux petites baraques qui s'accrochent aux parois des montagnes, a deux pas des quartiers aises. Apercu d'une ville fascinante. Nous y retournerons.
 

 
Le 18 novembre nous quittons le tarmac de Sao Paulo vers notre quatrieme et dernier continent: l'Afrique.