Bicyclettes Nomades

La Bulgarie

 


(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 

Dimitrovgrad. Dernière ville serbe avant la Bulgarie. A la sortie de l'agglomération, une longue file de camions, la plupart immatriculés en Turquie. Tous sont immobilisés. Les chauffeurs sont dehors, attendant tranquillement en fumant une cigarette. De la musique populaire turque les aide à combattre l'ennui. Combien sont-ils? Des centaines, probablement, puisque la frontière est à près de 4 km. Ils attendent sereinement les formalités administratives. La situation ne semble pas exceptionnelle: de l'autre côté, en sens inverse, ils sont de même quelques centaines à tenter de rentrer en Serbie depuis la Bulgarie.

Nous franchirons plus facilement les postes frontières avec notre chargement plus modeste. La fainéantise d' un douanier serbe nous évitera la fouille complète. Dès les formalités accomplies, heureux de fouler le sol bulgare, nous partons changer de l'argent. Au bureau de change, une femme me regarde de travers: échanger des billets serbes contre de l'argent bulgare...certainement pas. Ici on n'accepte que des Euros, des Dollars et des Livres Sterling. Je cours a la banque d' à côté: même regard condescendant, même refus. Je  crois comprendre que je n'aurais pas plus de chances à Sofia. Je me résous à rebrousser chemin, refaire tamponner mon passeport pour regagner la Serbie...A chaque arrêt, j'explique la situation, qui me semble hallucinante. Un douanier bulgare me rétorque sèchement:" Serbian Money is toilet paper". Cette fois, j'ai bien compris. Ce papier toilette me sera quand même échange contre 50 Euros, j'ai bien fait de le détourner de son usage habituel!!!
 
Après cet épisode, nous nous  attendons a trouver un pays beaucoup plus riche et développé que la Serbie. Mais la route qui mène à Sofia est de loin la pire que nous ayons empruntée depuis notre départ. Trous, ornières, animaux écrases. Les obstacles sont nombreux!!
 
Sofia est une capitale a taille humaine. La circulation n'y est pas un cauchemar pour les cyclistes et nous y arrivons donc avec un a priori positif. Nous passerons deux jours a sillonner la ville. A Sofia, il faut visiter les églises orthodoxes dont l'intérieur est noirci par les fumées de bougies et d'encens, sans autre éclairage que les flammes des cierges et leur reflet dans les dorures des icônes. On s'y est un peu attardé, fascinés par l'ambiance, l'odeur et les femmes qui embrassent les icônes et guettent l'arrivée du pope.
 

Sofia est une future capitale européenne, alors elle se transforme. Le centre s'agrandit, se modernise. On y voit fleurir des centres commerciaux et des complexes de cinéma. L'ambiance est décontractée, les gens sont charmants et viennent volontiers échanger quelques mots d'anglais. Avec bienveillance, on nous met en garde contre les gitans, ces voleurs. L'hôtel ou nous logeons avertit aussi ses clients contre ces gens à la peau basanée.
Éternels rebus de la société, ils sont mendiants dans les villes et ferrailleurs dans les campagnes. Et dans l' esprit de tous, ce sont des voleurs. Tout au long de notre séjour en Bulgarie nous en croiserons. Ils représentent environ 5% de la population. A Sofia, certains vivent dans de vieilles roulottes rouillées sur des terrains vagues environnés de monticules  de détritus. Un bidonville, en somme. A Plovdiv, où l'attente d'un colis en poste restante nous bloque encore a ce jour, les enfants gitans sont reconnaissables à leurs vieux pulls en laine troues, leurs pantalons trop courts et pleins de taches, leur teint mat et leurs beaux yeux bleus ou verts. Mais également à leur façon de foncer sur vous pour quémander quelques pièces ou cigarettes. L'un  d'entre eux est venu me tenir compagnie, un après-midi occupée à dessiner la mosquée. Ces moments sont propices aux rencontres, les gens étant curieux de voir ce que je dessine ou amusés d'être le sujet de mon gribouillage. A mes côtés, le garçon était fier de pouvoir reconnaître les éléments de mon dessin dans la réalité. Il est resté assez longtemps. J' ai compris qu'il ne savait pas lire et n'allait pas à l'école (il a une dizaine d'années). Une dame, en passant devant nous, m'a dit en allemand de me méfier de lui, qu'il allait me voler. Et de lui adresser quelques mots en bulgare, auxquels il répondra en montrant ses poches vides, preuve qu'il ne m'a rien dérobé...Avec Olivier, nous lui montrerons avec amusement quelques petites séquences filmées sur notre appareil photo, et nous lui tiendrons compagnie un petit moment en partageant un paquet de biscuits. Heureux de partager ces quelques moments avec lui, tout comme lui d'être considéré comme un enfant de 10 ans et non comme un voleur...
 

 
Pour rejoindre Plovdiv depuis Sofia, nous avons fait un détour par les montagnes plutôt que de subir la monotonie de la plaine. Nous avons d' abord emprunte la route du sud reliant la Bulgarie à la Grêce, actuellement en travaux. Elle est en voie de transformation en autoroute. Par où passeront les futurs cyclotouristes? Mystère...
Puis direction plein Est entre les massifs du Rila et du Pirin qui culminent à 2900 mètres. Nous n' avons pas été déçus. Certains paysages nous ont rappelé la Bosnie. En effet, entre Razlog et Pestera, nous pédalons en territoire musulman. Mêmes villages aux mosquées élégantes, mêmes paysannes aux foulards colorés, aux vieilles jupes en laine et aux bottes de caoutchouc, qui gardent les troupeaux ou travaillent dans les champs.
 

 
 Nous apprécions beaucoup ces villages, ces montagnes, cette vie qui parait immuable et imperméable aux assauts de modernité qui agitent le reste de la Bulgarie. La bas, le principal mode de transport est encore la charrette à cheval.
 

 
Pas l' ombre d' un tracteur dans les champs, uniquement des chevaux de traits arborant un élégant pompon rouge sur le harnais. Nous installerons nos bivouacs en pleine nature, les coins tranquilles et agréables ne manquant pas.
 
Et nous voila à Plovdiv. Notre arrêt forcé fait que l'on commence à la connaître comme notre poche. Près de 400 000 habitants, deuxième ville de Bulgarie, et aucun kiosque qui ne vende autre chose que des journaux et magasines bulgares. Même à l'institut culturel français on ne trouve que des Paris Match de 2005...
Première vision de la ville: la longue avenue commerçante, coeur de "l'agitation plovdivoise". Juxtaposition de boutiques vendant les mêmes jeans et baskets, de "fashion galeries" et de bars aseptisés diffusant une soupe musicale à la limite du supportable. Dans cette rue, on vient à la fois faire son shopping et exhiber sa nouvelle tenue ou sa nouvelle coiffure. A la mode ce printemps: l'éternel jean taille basse porté avec un tee-shirt court laissant entrevoir 5 cm de peau, la micro-jupe, les bottes talons aiguilles ou santiag. Tout, de la démarche à la coiffure, est étudié. Même attitude chez les garçons, presque plus appliqués que les filles dans la recherche du "style" ( à prononcer avec l'accent anglais pour avoir une vision plus juste !!). La coiffure années 80 fait fureur: mini-crête , cheveux longs sur la nuque. Et le nec plus ultra: la touffe de cheveux décolorés...Tout cela nous fait sourire. Mais probablement sommes-nous également l'objet de leur amusement, avec notre tenue 'baroudeur". Nous regrettons déjà la campagne....
 Plovdiv offre également  de charmantes rues pavées, des ruines romaines, une belle mosquée, des églises orthodoxes. De quoi occuper nos longues journées de déambulations....
 

 
 
Le monastère de Batchkovo, à 30 km de Plovdiv, nous permettra le temps d'une journée, d'échapper à la ville. Fondé en 1083, il a été reconstruit au XVII ème siècle et est le deuxième plus grand de Bulgarie. Des pancartes à l' entrée indiquent que photos, caméras sont interdites... et que le silence est de rigueur. Nous sommes pourtant accueillis par une voix tonitruante hurlant dans un téléphone portable!! celle d'un des popes... De même, dans l' église, un employé du monastère discute et rigole bruyamment avec un pope. Au même moment, dans un coin, une femme se recueille silencieusement et une autre embrasse une icône...
Les popes du monastère nous laisseront une souvenir impérissable. Silhouette ronde, joues rebondies, cheveux longs et barbe toute aussi longue... s'ils étaient vêtus de rouge et non de noir, on aurait juré voir des Pères Noëls!!
Assis sur un muret devant l'entrée du monastère, nous remarquons un homme âgé en costume gris, aux lunettes de soleil dorées très kitchs qui lui donnent vaguement, de loin, avec sa chevelure blanche et sa tenue distinguée, un air de Karl Lagersfeld. Il pose sur le pare brise de chaque voiture qui se gare un petit ticket et récupère quelques pièces. Nous nous étonnons que le parking de ce lieu reculé  et tranquille soit payant. L' homme vient nous parler, et dès qu'il apprend que nous sommes français il se met a réciter de vieilles leçons apprises à l'école quelques dizaines d'années plus tôt. Dans un français parfait, il déclame quelques phrases sur Jeanne d'Arc et la guerre de 100 ans! Puis il nous explique qu'il a 77 ans, que la Bulgarie est un pays pauvre. N'ayant quasiment rien pour vivre, il est encore oblige de travailler...
Les images d'autres personnes âgées nous reviennent alors en mémoire: ceux qui vendent quelques maigres salades de leur jardin dans la rue, assis sur des tabourets inconfortables ou à même le sol, ceux qui attendent avec un pèse-personne l'éventuel client. Ou encore ceux qui fouillent les poubelles à la recherche de quelques cartons à récupérer pour les revendre... Autres oubliés de la société...
 
Voila, aujourd'hui samedi 29 avril. Toujours pas de traces du précieux colis poste il y a 15 jours et où se trouvent les deux prochains guides, des cartes et des guides de conversation... On se donne encore jusqu'au milieu de la semaine prochaine. Inch Allah!"