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La Chine (Province du Xinjiang)
(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)
1ère partie
Nous passons la frontière Sino-Kirghize à Irkestam le 09 Août. Les formalités vont vite: "Pas de drogues ? Pas d'armes à feu?", "Ok vous pouvez passer"...Nous sommes en Chine !! Atteindre la Chine en vélo, c'est symbolique, ça fait quelque chose!
Le premier choc c'est l'heure. On avance nos montres de deux heures. Un seul fuseau horaire pour toute la Chine, on vit à l'heure de Pékin. Du coup il fait nuit à 23 heures !
Les 250 km qui nous séparent de Kashgar sont totalement désertiques mais magnifiques. Paysage minéral de montagnes. Tous les cours d'eau sont à sec. C'est une véritable sécheresse et nous devons faire attention à l'eau. Nous la filtrons dès que nous voyons un ruisseau d'eau clair, chose assez rare. Nous croisons nos premiers troupeaux de chameaux, tout poilus pour affronter la rigueur de l'hiver. La circulation est presque inexistante, nous sommes seuls au monde !
Le soir nous dormons de nouveau sous la yourte et goûtons notre première rasade de lait de chamelle. Le lendemain matin on nous appelle pour la traite.
Apres la ville de Wuqia, la route descend pendant 80 km vers Kashgar. Kashgar est une ville mythique. C'était en effet le carrefour de toutes les routes de la soie. Les routes partaient ou finissaient à Ch'ang-an (l'actuel Xi'an) dans l'Est de la Chine. Une route passait par le nord, l'autre par le sud, mais les deux aboutissaient à Kashgar. Ensuite les routes prenaient plein de directions différentes. Le Pakistan, la route vers le sous-continent Indien, l'Afghanistan, mais également le Tadjikistan, le Kirgistan et le Kazakhstan. Suivaient l'Ouzbékistan (Samarcande et Boukhara), le Turkménistan (Merv), puis l'Iran (Ispahan, Tabriz) et la Turquie.
L'ouest de la Chine, le Xin Jiang, est le pays des Ouigours, peuple turcophone musulman. Ils font partie de cette aire culturelle Turcophone que l'on retrouve du Turkménistan au Kirgistan. Comme au Tibet, les Han colonisent tout et le vieux Kashgar diminue progressivement, entouré par une ville typiquement chinoise avec ses grands boulevards, ses magasins criards mais aussi ses petites échoppes. La vieille ville est intéressante avec les vieux Ouigours qui rentrent et sortent des petites mosquées, des vieilles maisons en pise aux balcons en bois. Le marche en revanche est assez décevant. On le connaît de réputation jusqu'en Europe et les guides en font l'éloge mais on retrouve les mêmes gens et les mêmes produits au bazar ouvert tous les jours.
La Chine est le premier pays que nous traversons qui soit officiellement communiste, et c'est le premier pays où la différence de revenus entre les gens est aussi criante. On se fait doubler par des Land Cruiser hors de prix et en entrant dans Kashgar nous sommes surpris par le nombre de sans abris et de mendiants. Apparemment les chinois n'ont gardé du communisme que l'autoritarisme et la lourdeur administrative.
On a par ailleurs passé de chouettes soirées avec Pierre, Français qui vient de passer plus de 6 mois au Pakistan, et avec Gaël, écrivain et réalisateur Suisse qui revenait également d'un voyage de 7 mois au Pakistan ou il a tourné un film sur les Kalashs, peuple non musulman qui vit dans trois vallées près de l'Afghanistan (voici l'adresse de son blog: http://gaelmetroz.blogspot.com).
Nous partons demain vers le Pakistan, sur la fameuse Karakorum Highway, vers notre premier col à plus de 4000 mètres !
2ème partie
Nous avons quitté Kashgar le 16 août. Pas très matinaux, le séjour ayant été presque plus fatiguant que reposant! Heureusement, la route est plate le premier jour, on n'entrevoit les montagnes qu'en début d'après-midi. Et c'est tout de suite grandiose. Nous suivons une large rivière, qui en ces temps de sécheresse est couleur brique, celle de la terre. Encore un environnement minéral, les montagnes sont un mélange de terre rouge et de roches claires.
Difficile de trouver un bivouac. Les quelques villages que l'on croise sont peu engageants, mais en fin de journée nous n'avons guère le choix! Nous faisons une heureuse rencontre: un homme de 60 ans, originaire de Shanghai, installé dans le Xinjiang depuis 40 ans. Il vit seul dans une petite bicoque sans vitres en hauteur d'un hameau, à 100 mètres de son lieu de travail. Il nous propose de nous installer dans la petite maison voisine, pièce unique avec un poêle et un sol en béton. Au moins aurons-nous un toit, l'orage n'étant plus très loin! L'homme (au nom inretenable) est adorable: il nous fait chauffer de l'eau pour que l'on se lave, nous offre un repas de princes, nous apprend à nous servir des baguettes ainsi que quelques mots basiques en mandarin.
Le lendemain, l'estomac callé par un plat des nouilles, nous continuons à grimper doucement jusqu'à Guest, premier check point militaire. A partir de là, on grimpe dur, la rivière devient un torrent bruyant, et à notre droite, une haute falaise nous surplombe. Nous avons en perspective des sommets enneigés.
En milieu d'après midi, on assiste à la formation d'une coulée de boue. Nous sommes obligés de grimper sur un muret pour ne pas être emportés... en 10 minutes, déjà 1 mètre 50 de boue et de pierres bloquent totalement la route. On entreprend de traverser le torrent en prenant un peu de hauteur, là où il est moins large. Mais même dans ces conditions, ca n'a rien de facile. On passe les sacoches une par une, en les lançant d'une rive à l'autre... puis les vélos. Par chance, on a réussi à ne rien perdre et à passer nous même l'obstacle... mais c'était bien impressionnant! Apres 35 km, nous atteignons un premier plateau. Le torrent fait place à une large zone inondable, presque un lac. Les vents dominants rabattent le sable des rives sur les montagnes, formant des dunes. C'est absolument magnifique et inattendu, ces dunes de sable côtoyant les glaciers!
Le vent est tellement fort que, dans le dos, il nous fait avancer sans que nous pédalions!! Hors de question de planter la tente. Nous croisons quelques villages ou vivent des kirghizes. Le contact est de suite désagréable, ils essaient de nous vendre des bijoux ou des petits yachs taillés en pierre. Pas même un salut en engageant la conversation. On négocie pour passer la nuit à un prix raisonnable. Mais même une fois installés dans la petite maison, ils essaient de nous vendre colliers, tapis, broderies... et cela régulièrement. Impossible d'avoir un quelconque échange, on se rend compte qu'ils veulent seulement de nous le maximum d'argent. Pas de place pour la rencontre...
30 km de balade en pente douce nous mènent au lac de Karakol, à 3700 mètres d'altitude. Nous avons décidé de nous y reposer une demi-journée, l'endroit étant particulièrement beau. L'eau est d'un bleu profond et le Muztagata, à 7546 mètres s'y reflète. Tout autour, troupeaux de yachs et de chameaux. Mais l'endroit est également très apprécié des touristes chinois, qui y débarquent en minibus. Les kirghizes qui vivent la font leur business, louent des yourtes et des tours en chameaux ou a cheval. On est bien loin de ce que l'on a connu au Kirghizstan. Après l'expérience malheureuse de la veille, on ne veut surtout pas louer une yourte. On plante la tente juste derrière la clôture, tout près du lac. Là, personne ne peut rien nous dire.
Mais à cette altitude, notre réchaud à gaz ne marche plus... la solution pour chauffer l'eau des pâtes est de traverser la route avec notre popote et d'aller voir les cantonniers chinois qui travaillent à la réfection de la route. Ils vivent sous de grands marabouts. Avec des gestes, on arrive à se faire comprendre et on nous invite à entrer dans l'une des tentes. 2 lits de camp, des sacs de patates et de piments, des ustensiles de cuisine, un poêle. Une quinzaine de personnes (tous des hommes sauf la cuisinière) vivent là. Nous faisons discrètement chauffer nos noodles avant de prendre congé. Café froid avec du pain raci au petit dèj avant d'affronter notre premier col à 4100 mètres d'altitude... on le passe sans problème: la roue est bien asphaltée, les virages amples, les pentes pas trop raides. Par contre le vent du sud est très fort et nous gêne. Même la descente est douloureuse. De l'autre côté du col, la montagne est inhospitalière. Plus de pâturages pour les bêtes, seulement de la rocaille et des montagnes battues par les vents. Peu de villages, les quelques travailleurs vivent encore sous des tentes mais qu'ils enterrent pour les abriter du vent...
Suivent 10 km de piste très mauvaise, archi désagréable, avant d'arriver sur un plateau. Ici, les gens sont tadjiks, les femmes portent des chapeaux brodés et colorés. Les villages sont parfois désolés et pauvres...
En fin de journée, on est heureux d'arriver à Tashkurgan, tant le vent de face nous a fatigué. L'aventure de la Karakurum Highway en Chine à vélo s'achève: interdit d'aller plus loin avec son propre moyen de transport, on pourrait avoir l'idée de prendre des routes interdites... il faut prendre un bus. Dans cette ville, il est même interdit de consulter des sites internet étrangers, sécurité frontalière oblige!!!
Le prix du bus est exorbitant, mais ca a été une sacrée expérience. Tout le monde débarque devant les douanes a 9h30, l'ouverture des portes n'étant qu'une heure plus tard. Les bagages de tous les occupants de tous les bus sont passés aux rayons X, les passeports examinés et enregistrés au moins 5 ou 6 fois. Une fois tous les passagers enregistrés, il faut charger le bus... on prend son temps. Le chargement est impressionnant, il fait les 2/3 de la hauteur du bus. Pour trouver ensuite une place assise, il faut jouer des coudes. Pas évident, mais on s'en est pas mal sortis! Avec nous, il y a surtout des pakistanais et des chinois. L'ambiance est assez sympa, heureusement car les 220 km seront parcourus en 8 heures.... dont une heure d'immobilisation pour cause de travaux. On passe la Kunjerab pass, à 4800 m, et on entre au Pakistan. Descente vertigineuse sur 80 km, sur de la mauvaise piste, jusqu'à 2700 m d'altitude à Sost, ville où se situe le poste frontière. Des hommes en chawar camis (tenue traditionnelle composée d'une grande chemise et d'un pantalon bouffant) jouent au volley. La ville est formée de la route et de quelques rues perpendiculaires en terre. Les quelques bicoques ont des toits en tôle. Que des hommes dans la rue. Bienvenue au Pakistan!! Le poste frontiere est situé dans la petite gare routière. On décharge le bus sous l'œil nonchalant de 5 hommes qui dégustent un melon, assis sur des chaises en plastique... les douaniers! Rapide coup d'œil sur les sacoches entre deux bouchées. OK, on peut y aller... "
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