Bicyclettes Nomades

Chine

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 

 

Nous entrons en Chine le 11 mai, heureux de reprendre la route apres notre pause vietnamienne. Les formalites douanieres sont rapides, et nous penetrons dans l'Empire du Milieu par une grande porte ou des touristes chinois nous photographient.



Nous evoluons au milieu de rizieres, environnes de montagnes calcaires en pain de sucre. Le ciel est menacant et nous recevons rapidement nos premieres gouttes.
Les villes que nous traversons sont grises et tristes. Aucune maison ancienne, de hauts immeubles aux facades etroites recouvertes de carrelage blanc degoulinant de crasse, et non juxtaposees, offrant au regard de larges murs de briques ou de beton sans fenetres. Entre deux maisons, des gravats. Tout semble continuellement en travaux. Les rez de chausses sont fermes par de larges portes de fer. Les villages sont des miniatures de ces villes.
Le premier soir nous trouvons facilement un hebergement dans une auberge (nous pensions qu'elles etaient reservees au Chinois). Le prix est modiques (20 Yuans, c'est a dire 2 Euros). Chambre poussiereuses, sommiers depourvus de matelas, mais les autres pieces ou vivent la famille sont similaires.
Nos premiers contacts avec les Chinois sont cordiaux et un peu distants, la barriere linguistique est difficile a franchir. Les deux jours suivants, nous continuons cette petite route de campagne, entre averses et eclaircies, et logeons dans des auberges un peu crasseuses de petites villes assez glauques sous le ciel gris. Peu avant Nanning, la capitale du Guangxi, nous croisons deux cyclotouristes chinois. L'un d'eux est le doyen des cyclotouristes, il entreprend son tour du monde a 76 printemps! C'est le portrait crache d'Ho Chi Minh, il a en permanence un large sourire qui eclaire son visage. Son casque, trop grand pour lui, descend legerement en biais. Nos deux comperes vont au Vietnam pour commencer. Ils veulent atteindre Pekin pour les jeux olympiques de 2008. Aucun d'eux ne parle anglais. Quand nous les regardons s'eloigner peniblement (ils partents de Nanning, c'est leur premier jour), nous nous disons qu'ils ne sont pas arrives...

Nanning est le premier vrai choc que nous recevons en Chine: c’est une ville ultramoderne aux hauts buildings, aux larges avenues propres et bordées d’arbres. Le centre ville est une succession de boutiques et de centres commerciaux vendant vêtements de marques, Hi-Fi, ameublement moderne, supermarchés avec des produits occidentaux. Des jeunes aux coiffures extravagantes font leur shopping, habilles a la dernière mode. Nous restons une demi journée, le temps de quelques courses, et sommes heureux de repartir et d’échapper a cette super consommation.
Après Nanning, direction le nord est et le Guizhou Oriental. Nous traversons des villages aux vieilles maisons blanchies a la chaux, le toit pentu aux tuiles sombres, les portes et fenêtres encadrées de calligraphies sur fond rouge dont on décore les maisons a l’occasion du nouvel an. Toujours une belle campagne aux champs de mais et cannes a sucre impeccablement entretenus, sur fond de montagnes karstiques.
A Liangjiang, nous trouvons une auberge proprette. Le propriétaire nous invite a partager le repas avec sa femme, sa belle fille et son fils. Celui ci est médecin a Wuming, une ville que nous avons traversée dans la journée et qui nous a laisses perplexes: les faubourgs de la ville sont sur des kilomètres construits d’immeubles flambant neufs et desesperement vides. Etant donne la pauvreté de notre chinois (!), on n’obtient pas d’explication. Le lendemain, nous rencontrons notre voisin de chambre, un Américain qui vit en Chine depuis 16 ans, en ballade a vélo pour le week end. D’après lui, c’est de cette façon que s’agrandissent les villes chinoises: on construit énormément avant de faire venir les habitants.
Les contacts que nous avons avec les Chinois sont de plus en plus sympathiques. Passee l’interrogation initiale, nous avons droit a de larges sourires et des pouces qui se lèvent. Nos pauses sont l’occasion de petites rencontres, parfois un attroupement se forme autour de nous, hommes et femmes réunis. On ne reste pas nous contempler mais on nous parle, on rit. C’est chaleureux.



Nous avons encore une belle étape de plat dans la campagne, les champs sont sépares par des bambous géants. De petites grand mères, la coupe au carre maintenue par une barrette, toutes menues, s’y activent, portant un de leur petits enfants dans le dos.
Ca commence a grimper en fin de journée. A Xia’ao, nous demandons l’auberge. On nous indique vaguement un magasin qui vend des motoculteurs, son propriétaire nous regarde bizarrement puis envoie son fils muet au comportement étrange, nous montrer ce qui a du, un jour, être une chambre mais n’est plus guère qu’un repère a insectes. Nous n’avons pas le choix, il n’y a pas d’endroit ou planter la tente tant les moindres recoins sont cultives, et nous nous installons a contre cœur dans cet endroit crasseux.
Le lendemain, il pleut, et notre petite route se transforme en voie rapide. Et ça grimpe. Nous avançons laborieusement, respirons les gaz d’échappement des vieux camions (il n’y a, en Chine, aucun camion moderne, c’est incroyable), traversons des villes sales ou se succèdent des stations essences prématurément vieillies, des échoppes de mécaniciens camions bordées de vieux pneus et de flaques d’huile. Assurément l’étape la moins agréable en Chine, même si les montagnes alentours sont belles. Arret le soir dans la ville de Nandan, au sec et au propre. Nous savourons ce petit plaisir.
Autour de la ville vivent les Yao, une ethnie des montagnes. Ils portent encore leur tenue traditionnelle. Nous quittons la voie rapide pour rester cette fois définitivement sur l’ancienne route et cela change tout: très peu de circulation, le calme, la traversée des villages. Ceux ci sont de plus en plus beaux avec leurs maisons en bois aux toits de tuile. Dans les champs et les rizières on laboure avec un buffle. Aucun tracteur, aucun motoculteur. Les seuls signes de modernité dans les campagnes, c’est l’électricité, et parfois l’eau courante. Chapeaux coniques, buffles, chevaux, rizières en terrasse sur les collines sont les images qui défilent en permanence sous nos yeux, seule la pluie gâche notre plaisir.
Nous continuons ainsi jusqu’à Duyun, une grande ville industrielle, et, la encore, nous avons un choc. Visuel, d’abord: cinq kilomètres avant le début de l’agglomération, plusieurs centrales thermiques en piteux états crachent une épaisse fumée blanche dans un sifflement rauque. Respiratoire, ensuite… C’est a la limite de l’asphyxie, les yeux et la gorge nous piquent. Et pourtant, la encore, les paysans cultivent le moindre lopin de terre, nous avons de serieux doutes sur la qualité des fruits et légumes que nous consommons…
La ville de Duyun est a l’image de ses usines, nous avons du mal a concevoir que des personnes vivent dans un environnement pareil alors que quelques kilomètres plus loin c’est une campagne luxuriante et magnifique. Le centre ville se veut plus “clean”, mais derrières les façades repeintes partent de petites ruelles grises de pollution. Nous nous réfugions dans un cyber café, pas évident a localiser, au huitième étage d’un immeuble. Il compte au moins trois cent ordinateurs, tous les jeunes viennent s’y enfermer des heures pour jouer aux jeux vidéos.

La route est agréable de nouveau jusqu’à Kaili, début du pays Hmong et du Guizhou Oriental. C’est dimanche et jour de marche.



Les habitants des villages environnants viennent vendre leurs produits. Les femmes Hmongs portent un chignon décore d’une fleur en tissu colore. Le marche est très anime, nous l’abordons par le coin ou l’on vend les animaux vivants. De nombreux chiots en cage… On ne comprend que c’est pour les manger que lorsque l’on voit, en face, les poules et les canards, puis, plus loin, un chien embroche et prêt a consommer…
De Kaili nous nous rendons a Xijiang, le plus grand village Hmong de Chine. Les Hmongs sont une des minorités ethniques les plus représentee en Chine, avec une population de près de 9 millions de personnes. Ils vivent dans un territoire assez homogène. Il existe officiellement 55 minorités ethniques en Chine, mais elles représentent seulement 8% de la population. Dans ces groupes, la politique de l’enfant unique n’est pas encouragée d’ou un accroissement relatif de leur poids démographique.

La route entre Kaili et Xijiang est très belle, nous rejoignons rapidement une rivière et les villages, entièrement en bois, sont situes de part et d’autre, au milieu des rizières en terrasse. Pour rejoindre Xijiang, nous empruntons une piste, grimpons pas mal pour atteindre une autre vallée. Le village est situe en contrebas et s’etage sur les flancs de la montagne. Il est entoure de rizières, et le vert lumineux de celles ci éclate sur le fond noir du village et des forets.



Nous trouvons a nous loger dans une petite auberge pour 20 Yuans (2 Euros), et partons nous perdre dans les ruelles pentues du village. En fin de journée on y croise les paysans avec leur chapeau de paille qui reviennent de leur champ avec leur buffle ou leur petit cheval. Encore peu de touristes viennent ici, on croise un ou deux groupes de touristes chinois. Nous avons conscience que le potentiel est énorme, cette relative tranquillité ne durera pas.

Apres Xijiang, nous restons plusieurs jours en pays Hmong. Un peu de piste au début, puis nous retrouvons une route asphaltée. Tous les villages que nous traversons sont uniformes, l’harmonie est totale entre ces grandes maisons en bois et les rizières étagées sur les montagnes. Nous passons de vallées en vallées, grimpons parfois longtemps mais les pourcentages sont raisonnables. Selon les villages ou les districts, les tenues et coiffures sont légèrement differentes. On répond toujours a nos sourires, nous dormons le soir dans les auberges des villages. Nous avons un plaisir immense de pédaler dans des endroits aussi beaux, la circulation y est rare. Quel contraste avec les Hmongs de Thaïlande ou du Laos, beaucoup plus pauvres, vivant dans des petites maisons en bambous, entoures de montagnes deforestees par les cultures sur brûlis. Ces villages nous avaient laisses une impression de grande tristesse, en Chine c’est tout le contraire.

Nous atteignons la ville de Rongjiang, et pour la première fois on nous refuse dans les auberges. Nous devons dormir dans les hôtels pour étrangers, bien plus coûteux, aussi on continue la route et trouvons finalement un bivouac agréable et tranquille au bord d’une rivière. Nous apprécions la discrétion des Chinois qui passent et nous saluent mais ne restent pas nous regarder…
Le lendemain, matinée ensoleillée, nous pénétrons en pays dong, une autre ethnie. Pause a 10 heures devant le village de Xiajiang, ou nous sommes intrigues par la foule en tenue traditionnelle qui y descend. Nous allons y faire un tour, et découvrons le marche le plus anime et colore que nous ayons vu. Hmongs et Dongs des villages viennent vendre leurs produits ou faire leurs emplettes, se baladent avec des cages en bambous remplies de poules ou de canards qu’ils portent ensuite en balancier au bout d’une tige en bois. Les poissons sont vendus vivants, comme les autres animaux. En Chine, les gens aiment acheter une viande de première fraîcheur et les animaux sont souvent tues sur le marche.
Les femmes portent une jupette et des jambières, une veste. Couleurs et broderies varient en fonction des ethnies. Toujours un chignon plus ou moins élabore, de grosses boucles d’oreilles et pendentifs en argent. La foule se presse ou flane autour des stands, on trouve absolument de tout sur le marche.



Quand nous reprenons la route, un violent orage éclate, précéde de bourrasques de vent qui nous déportent. Nous nous réfugions dans une maison pour manger, on nous fait chauffer de l’eau pour nos nouilles puis les gens se replongent dans leur jeu de dominos et nous n’existons plus. Cartes et dominos sont le passe temps favoris des Chinois, hommes ou femmes. On parie souvent de l’argent, pour y ajouter du piquant, mais pour certains c’est une véritable addiction et un fléau.
Un peu démotives par la pluie qui n’arrête pas, nous atteignons la ville de Congjiang et décidons d’y rester une nuit. La encore on nous refuse dans les auberges. Sous la pluie, cette ville typiquement chinoise est bien glauque… L’hôtel pour étrangers ne doit pas en accueillir souvent!
Le lendemain la pluie nous accompagne jusqu’en milieu de matinée. Piste sur 20 kilomètres, villages assez pauvres, vieilles demeures en bois et toitures en écorce rongées par l’humidité, les visages sont fermes. Nous nous rendons au village dong de Zhaoxing, et quittons l’axe principal pour le rejoindre. Et c’est mieux, car la, c’est de asphalte sur une route paisible, la pluie s’est calmée.

Zhaoxing est un village magnifique. Les Dongs sont réputes pour leurs charpentes et la non utilisation de clous dans l’édification de leurs grandes maisons en bois. Le village est traverse par une rivière, plusieurs ponts en bois recouverts d’un toit en tuile la traverse, et on y trouve quatre tours (les villages dongs ont toujours au moins une tour dite “tour du tambour”). Le village est entoure de rizières, et on trouve même quelques parcelles entre les maisons. La rue principale est bordée de petites échoppes d’artisanat, de guest houses et restaurants, mais l’ambiance est décontractee vis a vis des touristes. Ca a bien change depuis l’écriture de notre guide qui conseille de se renseigner sur la viande du jour car le rat fait partie de l’ordinaire de la région… Le tourisme se développe très rapidement, notamment les touristes chinois qui voyagent en groupe. Ils adorent en général le folklore et les habits traditionnels, ce qui, a terme, risque de figer les ethnies et leurs habitants dans un rôle de “curiosité locale”. D’un autre cote, les villages sont conserves, rénoves, et ici, on ne voit pas d’immeubles aux façades carrelées… Nous passons deux nuits a Zhaoxing pour nous reposer et profiter de l’ambiance détendue.
Nous rejoignons ensuite l’axe Congjiang-Sangjiang que nous avions quitte, de nouveau une piste poussiéreuse, puis une route en travaux jusqu’à Longshen. Avant de rejoindre Guilin, nous allons visiter les rizières en terrasse de Longji. Il faut grimper un petit col, mais cela vaut le détour, car les rizières sont en terrasse sur toute la montagne, jusqu’au sommet, elles sont très étroites et il n’est pas possible de labourer avec un buffle.



Le contraste entre le labeur des paysans et tous les groupes de touristes venus admirer cet étrange façonnement de la nature par l’homme est saisissant. Le village de Pingan est compose d’énormes maisons qui font hôtels ou restaurants, le niveau de vie des habitants s’est brusquement élevé et on imagine que ce n’est pas évident pour tous les habitants de comprendre ce phénomène d’engouement.

Pour rejoindre Guilin, on empreinte d’abord une petite route qui grimpe au cœur d’une magnifique foret de bambous, avant de rejoindre l’axe principal.
La ville compte un million d’habitants, est entourée de montagnes karstiques qui en font sa renommée, mais elle n’offre en soi pas beaucoup d’interet. Elle est agréable, l’air est respirable, on y trouve de beaux parcs, de grandes pistes cyclables pour les vélos et scooters électriques. Après le Vietnam et le Cambodge, c’est un plaisir de pédaler dans les villes chinoises. Les gens sont prudents, roulent a des vitesses raisonnables, ne klaxonnent pas de façon inconsidérée, et il existe un espace réserve pour les differents types de véhicules et les piétons. La ville de Guilin encourage l’utilisation de véhicules électriques (exemptions de taxes et d’immatriculation). C’est inodore et silencieux, par contre, il faut bien produire l’électricité dans l’une des nombreuses usines a charbon...
A Guilin, nous sommes hébergés par Jean Christophe, un breton membre d’hospitalityclub. Il y vit depuis huit mois, enseigne Français et Anglais a l’université. En Chine, l’éducation est payante a partir de l’age de neuf ans, et peut être très chère dans certaines grandes villes. Plus on avance dans son cursus, plus c’est cher et les bourses sont rares. Les parents doivent donc économiser pour l’éducation de leur enfant. Actuellement, c’est toujours la politique de l’enfant unique qui prévaut. En cas de deuxième enfant, les parents ont une amende (dont l’importance varie en fonction du revenu du couple). A Pékin, l’éducation d’un enfant qui va jusqu’à l’université coûte environ 100 000 Yuans (10 000 Euros). En Chine, le salaire moyen est de 800 Yuans (80 Euros). Évidemment, les revenus et l’éducation sont plus élevés a la ville qu’a la campagne. La politique de l’enfant unique est plus souple dans les campagnes et les parents sont autorises a avoir un deuxième si le premier est une filles: celles ci, a leur mariage, quittent leurs parents pour s’installer dans leur belle famille, alors que les garçons restent.
A l’université, Jean Christophe a quelques directives: ne pas aborder la politique, Mao ou les sujets qui fâchent. Il doit même distribuer des bonnes notes car les jeunes et leurs familles paient et doivent donc obtenir le diplôme. Avec l’argent, tout s’arrange en Chine. Nous rencontrons un collègue chinois de Jean Christophe, qui parle Français et passons une soirée sympa a discuter des cliches usuels sur la Chine et la France…

Nous prenons ensuite la direction de Yangshuo. Le trajet en bateau sur la rivière Li entre les deux villes est repute car les montagnes karstiques se jettent dans la rivière. Nous optons pour la petite route, loin de l’axe principal et ne sommes pas decus. 25 kilomètres après Guilin, nous devons traverser la rivière (a Zhujiang) en bac. Nous entrons alors au cœur des montagnes, puis nous grimpons, sur une piste de bonne qualité. Aucune circulation, très peu de villages. On atteint parfois un petit plateau avec quelques cultures, puis continuons sur les flancs des montagnes. On a de belles vues, les sommets s’étalant devant nous a l’infini. C’est vraiment grandiose. Nous redescendons ensuite dans la plaine, au milieu des rizières, atmosphère tranquille de la campagne chinoise.
Yagshuo est une ville ou le tourisme ne cesse de se développer, situee sur la rivière au cœur des montagnes en pain de sucre. Nous sommes gentiment accueillis par Serge Leret et sa femme Xiaolin, ainsi que leurs deux enfants. Serge est parti pour un tour du monde a velo en 1993, et a pédalé quatre ans jusqu’en Chine. A Yangshuo, il a rencontre Xiaolin. Une belle histoire: ils se sont maries, ont deux enfants. Ils ont vécu plusieurs années en France, et l’année dernière ont décide de venir s’installer en Chine. Et pour ne pas y arriver trop facilement, ils ont opte pour un voyage en Citroen AX. Pas banal, pour traverser la Turquie, l’Iran et l’Asie Centrale (http://tribulations-famille-chine.blogspot.com/)…Nous avons visite la famille de Xiaolin, originaires d’un petit village pres de Yangshuo.



Serge a écrit le récit de ses aventures, “Les tribulations d’un pédaleur errant”, et nous l’avons d’abord découvert par ce biais. Avant notre départ, nous l’avons rencontre personnellement au festival du voyage a vélo a Paris. Nous vous conseillons vivement la lecture de son livre, car le style est vraiment chouette et l’aventure impressionnante. Vous pouvez le trouver sur son site http://serge.leret.free.fr

Quant a nous, nous avons prolonge nos visas a Guilin pour un mois et repartons le 6 juin, direction Shanghai.

2ème partie

Nous sommes donc parti de chez Serge Leret le 6 juin. Mais avant ça, deux anecdotes, de celles qui rythment un voyage!

Le 4 juin nous consultons tranquillement nos comptes bancaires sur internet. Surprise: un retrait inexpliqué de 1 600 euros sur mon compte effectue il y a une semaine...on ne nous a pas vole notre carte de credit et nous n'avons rien paye avec. Et pourtant il s'agit bien d'une fraude faite à Pékin, dans un magasin de fourrure (plutôt marrant pour un adhérant de Greenpeace...). Enfin bref la banque rembourse, reste a prouver notre présence loin de Pékin a ce moment la.  

Le soir Serge nous emmène avec son frère boire un verre dans un restaurant français de Yangshuo. Rencontre avec le propriétaire, un personnage haut en couleurs. Pas bien dans sa peau gamin dans son Alsace natale, il s'engage a 18 ans dans la légion ou il intègre un corps spécial. Il fait ainsi parti de la garde rapprochee de Omar Bongo au Gabon pendant deux ans au début des années 80. Il a aide à repousser trois tentatives de coup d'état. Avec le grade de Sergent il était également instructeur des nouvelles recrues. Son contrat termine on lui demande de continuer mais c'est non, il en a marre. C'est pas vraiment sa conscience politique qui le torture. Il se rend bien compte que la politique de la France est tordue et immorale mais il était paye pour faire un boulot et il l'a fait. Et plutot bien. (A ce sujet si vous voulez approfondir ou tout simplement prendre connaissance du scandale du rôle de la France dans la potitique calmiteuse de l'Afrique: www.survie-france.org ). Il revient donc en France avec ses 150 kg de fret offert par l'armee: des peaux de serpents et de l'ivoire...Il s'en suit un an d'école chez les CRS. Mais l'ambiance ne lui plait pas. Il décide alors de partir pour l'Asie, un reve qui s'est forme en regardant des films a la caserne, la bas, en Afrique. Il part avec un copain qui le lache au Tibet en plein hiver, malade a crever. Il descend alors au Nepal et commence a faire du trafic d'antiquite. Mais avec les Nepalais ca ne fonctionne pas. Direction l'Inde, puis l'Asie du Sud Est et enfin la Chine, Yangshuo. C'est la qu'il a pose son sac il y a deja 16 ans.

Quelques annees plus tard il y a ouvert un restaurant dans un enfroit magnifique. Il parle chinois couramment et se faufile dans les meandres de la diplomatie a la chinoise ou tout est affaire de relation, le "guanxi". Durant toute notre traversee de la Chine l'accueil des Chinois aura ete remarquable, empreint de bonhomie joviale et de curiosite. Mais quand il s'agit de faire du business les regles ne sont plus du tout les memes: violence et xenophobie. Menaces, tabassage par les policiers, il aura tout endure. Et pour garder sa place il compose avec la mafia. Absolument tout ce qui touche a l'argent est controle par la mafia a Yangshuo, Guilin et dans toute la Chine. Peut etre le pays le plus mafieux et le plus corrompu au monde.  Notre rambo de Yangshuo, au vocabulaire hesitant, s'adresse a vous en souriant, zygomatiques contractes au maximum. Il nous parle du magnetisme de ses vieux jades, du boudhisme (il possede une collection de Boudhas remarquable) et des forces celestes qui s'affrontent au dessus de nos tetes, melangeant allegrement la philosophie boudhique et la Guerre des Etoiles... Quand je le questionne sur sa famille il m'apprend que son grand pere etait grec, refugie grec en fait. Apres s'etre un peu empetre dans les termes "royaute, euh enfin monarchie, enfin...", il me plante son regard dans le mien, regard a la Dupontel dans Bernie, et me sort que son grand pere etait roi, roi des grec...enfin presque, il etait prince! Information pour le moins deconcertante. Je sens Serge derriere  moi quelque peu interloque...Et pourtant c'est vrai! Son grand pere etait le prince aspirant a la couronne au moment du renversement de la monarchie en Grece. Il faisait ses etudes en France a ce moment la et s'est enfui par la suite aux Etats Unis, sans avoir reconnu son fils illegitime, le pere de notre hero. En somme un vrai personnage de roman.
 
 Depart de Yangshuo le 6 juin, objectif Shanghai que nous voulions atteindre trois semaines plus tard. Nous y arriverons effectivement le 27 juin apres avoir parcouru 1 900 km, echappe aux inondations et traverse des regions a l'urbanisation tellement hideuse qu'elle provoquerait une depression nerveuse a tout un peloton.  La pluie donc...Pas des averses mais une pluie continue lancinante; on se demande comment il peut pleuvoir autant, tous les nuages du monde se pressent au dessus de notre tete c'est pas possible. On se reveille le matin et l'on tend l'oreille pour entendre ce crepitement honni...il pleut desesperement. Le 2eme jour nous voyons les rivieres gonfler et rapidement on
observe les premiers debordements. Les paysans attrapent les poissons dans les rizieres, ou l'eau se deverse, avec des diodes electriques. Avant Daoxian, notre etape du 3eme jour, la route est inondee, mais ca passe.


 


 
 Le lendemain nous devons mettre pied a terre et passer les bagages a pied, la route est inondee sur une bonne centaine de metres. Pendant que Chloe m'attend de l'autre cote je fais les allers retours. Un camion est reste coince et occasionne un enorme bouchon; je demande a un homme en costume s'il peut jeter un oeil sur mes affaires le temps que je fasse le transfert: pas de probleme. Au 2eme aller retour quelle ne fut pas ma surprise de croiser mon copain au milieu du gue, en slip kangourou, hilare...on s'etait pas vraiment compris en fait! C'est le cote decontracte des chinois, il n'est pas rare d'en croiser se baladant en slip dans les couloirs d'hotels miteux. Heureusement nous grimpons ensuite vers les montagnes et les inondations, assez graves cette fois, nous les observerons ensuite aux informations a la tele. On a l'impression de moisir, rien ne seche. Heureusement on trouve a peu pres partout des petites chambres d'hotel a 3 euros et nous n'avons pas eu a planter la tente.

 
 Sur le plan des velos c'est pas la joie non plus: nos moyens et grands plateaux sont morts (apres 20 000 km, paix a leurs ames!), on doit donc se contenter d'un unique 26 a l'avant. Les oeillets de ma jante arriere se dessoudent tranquillement et je casse une moyenne de quatre rayons par semaine. Nos chambres a air agonisent sous leurs couches de rustines...mais on avance bien! Les imperatifs du visa et le climat catastrophique nous imposent un rythme soutenu et au final nous aurons roule 19 jours non stop a plus de 100 km de moyenne quotidienne. Nous avons parcouru une campagne assez jolie sans plus mais surtout parsemee de villages et de villes industrielles absolument hideuses. La grande majorite des villages sont ainsi composes de maisons en carrelages crasseuses
dispatchees entre des tas de gravats. Il ne persiste que de tres rares villages aux maisons traditionnelles. Celles ci sont alors superbes.  La moindre ville est un immense chantier (80% des grues dans le monde seraient en Chine!) qui s'etend a un rythme effrene et d'ou emergent d'immenses cheminees crachant leur fumee noire, les odeurs chimiques vous prennent parfois a la gorge lorsque vous approchez de la ceinture industrielle qui encercle les villes. Vivre la est une pitie.  Tout est demesure. Les immeubles imposants semblent sortir du decor d'un film de Batman. On a observe parfois, a l'approche de Suzhou notamment, la construction de centaines (de centaines!) de barres d'immeubles. Il faut le voir pour le croire... A l'entree de bourgades rurales des rond point immenses qui ne servent a rien, avec au milieu une espece de monument, epave urbainedesolante.
 


 
 Demesure des routes egalement. On se retrouve frequemment sur des voies express absolument desertes; a Leping la 2x3 voies qui amene a la ville se termine par un mur gris avec deux ruelles de part et d'autres...on doit rouler parfois sur des routes en travaux et c'est alors 50, 60, voir 100 km de routes defoncees: on casse tout et on construit ensuite.


 

 
 Un monde terne et absolument uniforme. Nous avons entre apercu ce que pouvait etre l'apocalypse de l'humanite.  Les quelques villages traditionnels qui persistent deviennent des attractions touristiques et il faut payer pour entrer: 6 euros!!! On est sidere. Qui peut payer ca? La nouvelle classe moyenne citadine.  La chine se developpe. C'est peu de le dire avec une progression de son PIB superieur a 10% par an. Une partie de la population s'enrichit mais les campagnes restent pauvres. Les legumes et le riz restent tres bon marche et les paysans ne beneficient pas de protection sociale ni de retraite. Dans le Guangxi on peut toucher une petite retraite a l'age de...90 ans!
Le cynisme le plus total. Le salaire moyen est de 700 a 800 yuans (80 euros) par mois. Beaucoup de jeunes ruraux migrent pour travailler sur les innombrables chantiers des grandes villes comme Canton ou Shengzen. Ils y restent quelques annees et envoient de l'argent a la famille. Beaucoup de familles sont ainsi disloquees. Le fosse ville-campagne est immense, il y a le Chinois des villes et le Chinois des champs!


 
 Nous avons egalement observe beaucoup (souvent trois a quatre par jour)de jeunes vagabonds au bord des routes, habilles de loques, les yeux hagards; probables schizophrenes errants, survivant grace a une petite mendicite.Les etudes de psychiatrie transculturelle ont montre l'universalite de pathologies psychiatriques comme la schizophrenie ou d'autres psychoses. Le comportement des societes et les reponses apportees sont differentes: medicale en Occident, religieuse en Inde, villageoise et traditionnelle en Afrique de l'Ouest, etc...En Chine rurale, societe en pleine mutation et dans l'ensemble areligieuse, il semble y a voir un reel probleme de prise en charge.
 Apres avoir traverse les pays musulmans, puis l'Inde et les pays boudhique d'Asie du Sud Est le manque de spiritualite commence a nous peser. Meme si la religion est bien souvent "l'opium du peuple", en son absence il manque quelque chose, l'ambiance mystique.
Le dieu Dollar, ca ne suffit pas. Du Guangxi a Shanghai nous n'avons vu des temples qu'a un seul endroit, au sud de Huangshuan. La revolution culturelle dans les annees soixante, a tout detruit. La bande des quatre a detruit la Chine, le liberalisme et le developpement a outrance continuent la besogne.

  


 
 Le 12 juin nous grimpons le col de Huangyang, 15 km, la pluie s'est arrete mais c'est dans le brouillard que nous finissons l'ascension, le MP3 dans la sacoche, pink floyd dans les oreilles, montee cyclopsychedelique...! Ce col est une place historique importante, elle fut une place forte tenue par l'armee rouge qui resista victorieusement au Guomindang  dans les annees 20. Quelques Chinois s'y rendent un peu comme a un pelerinage, en costume d'epoque s'il vous plait!


 


 
 Si la Chine nous a consterne sur le plan ecologique et social, sur le plan de l'urbanisme, nous avons en revanche beaucoup apprecie les Chinois et leur gentillesse. La barriere de la langue empeche malheureusement des echanges approfondis mais le velo ouvre des portes et induit un contact avec les gens. La vitesse relativement lente nous permet d'observer les petits traits qui caracterisent les gens: deux jours apres Yangshuo, de reserves et discrets, les gens deviennent ainsi curieux et expansif presque du jour au lendemain. A chaque arret dans les gargotes se sont parfois jusque 30 personnes qui se pressent autour de nous, nous devisagent. On se croirait presque en Inde! A la difference qu'ici on ne nous observe pas en silence avec des yeux de buffles mais en blaguant et en rigolant, toujours de facon sympatique. Et puis une semaine plus tard, c'est fini, on nous fout la paix!  Depuis que nous sommes en Chine, nous ne voyons plus de bandes d'enfants qui jouent ensemble au bord des routes. Tous les enfants que l'on voit sont avec un adulte qui lui tient la main. Apres l'Inde et l'Asie du Sud Est le contraste est assez saisissant. La politique de l'enfant unique a engendre un "culte" de l'enfant roi, enfant unique choye, gate. Les femmes enceintes sont toutes en pyjama, sorte de regression...elles portent ce qu'il y a de plus precieux!


 Le Chinois rigole haut et fort, retrousse son pantalon au niveau des genoux et le tee shirt au dessus du nombril quand il s'assoit, crache apres un terrible raclement de gorge (valable pour les deux sexes...quand c'est madame qui s'y met c'est assez stupefiant), se mouche bruyamment a table et crache par terre ou sur la table les morceaux, os ou gras, indesirables. Il faut preciser que les deux dernieres caracteristiques sont principalement valables pour le "Chinois des champs".  Et apres le travail (voirependant!),il joue. Absolument tout le monde joue: hommes, femmes, vieillards...Aux cartes, au Ma jong; certains parient beaucoup d'argent et des familles se retrouvent comme ca endettees. C'est un veritable fleau dont on a du mal a imaginer l'ampleur.

 
 Le 24 juin nous avons atteint Suzhou, la Venise de l'Orient, connue pour ses jardins. Il ne reste en fait que tres peu de canaux mais deambuler dans ses vieux quartiers est tres agreable. Nous sommes en revanche encore une fois consterne par le prix des visites: 7 euros pour visiter un jardin, allez hop! Les touristes chinois (la grosse majorite du contingent) suivent  gentillement leur guide qui fait tout pour eux et ne s'apercoivent meme pas de ce qu'ils payent! Si l'on rapporte au salaire moyen, en France la visite
reviendrait a plus de 100 euros! 



 
 Le 27 juin nous partons pour Shanghai, a 100 km a l'Est. La direction est importante: en effet tout est en travaux, voies express partout et la route que j'avais repere sur ma carte est coupee. Pas de deviation, pas de panneau, debrouillez vous. Dans cette jungle urbaine c'est donc a la boussole que nous avons rejoint Shanghai. Incroyable non? A Shanghai nous sommes heberge par le copain d'un ami, Kentin, peintre et musicien, installe a Shanghai depuis 2 ans. Il a plein de projets, pour sa peinture il utilise comme support des capots de taxi Shanghaien.Vous pouvez consultez son site: www.atelier380.com


 Nous sommes accueillis a bras ouverts et c'est l'occasion de se reposer tranquillement dans son appartement situe au 27eme etage d'une des innombrables tours de Shanghai, ville verticale, un  Manhattan puissance 10. Le Bund, la celebre promenade bordee de buildings et d'hotels construits par les Anglais et les Francais au 19eme siecle, moins longue que je ne pensais, fait face au nouveau quartier de Pudong ou l'on construit des tours de 100 etages.


 

 
 Pour notre histoire de fraude bancairenous devons en fait aller porter plainte dans un commissariat, faire traduire en francais la plainte et faire valider cette traduction par le consulat. Nous y allons donc accompagnes d'une amie chinoise de Kentin: "mais qui nous prouve que vous n'etiez pas a Pekin a ce moment la? Et pourquoi vous faite ca a Shangai et pas au Guangxi?...". Impossible de lui faire comprendre le principe de la plainte, impossible de voir un superieur.On a affaire a un mur, un mur qui nous sourie quand on s'enerve pour ne pas "perdre la face".

  Mardi 3 juillet embarquement dans un bateau direction le Japon, 44 heures de traversee prevu pour rejoindre Osaka. Le Japon, l'Extreme Orient et notre dernier pays asiatique.