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France(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours) Réalisons nous réellement que cette frontière fantôme est la dernière? Sous le crachin, entre les nuages, derrière le col, la route serpente à flanc de montagne. Quelques fermes en contrebas, des bergers et des troupeaux de brebis. Des chevaux de traie à la superbe robe brune et à la crinière blonde se promènent tranquillement sur la route, notre arrivée perturbe cette belle harmonie. La pente est raide avant d'arriver au premier village où nous nous arrêtons boire un café. On a une hésitation en le commandant. Le français ne vient pas, comme n'importe quelle langue étrangère les premiers jours.
Nous apprécions pédaler au Pays Basque malgré la pluie. Les petites routes sont calmes, dans les montagnes puis les collines verdoyantes. Premier pique nique abrités devant une superette, fermée en ce lundi, où l'on trouve une table en plastique et deux chaises. Arrive une femme qui nous jette un regard noir et nous lance "Ah ben, z'êtes bien, là!", plein de sous entendus... Nous nous remémorons alors tous ces midis où l'on s'est installés, durant ces deux dernières années, dans des gargotes, consommant seulement des boissons et déballant nos casses croutes. Plus d'une fois, les gens nous ont apporté des couverts et des assiettes pour qu'on se mette à l'aise. Quel contraste! Le soir, nous nous posons au camping de St Palais, où le gérant sympathique nous fait oublier notre rencontre du midi. Un violent orage éclate et la pluie tombe toute la nuit. Le lendemain nous flottons sur nos matelas... Rien ne sèche car le soleil ne se montre pas. Pour couronner le tout, nous empruntons à contre coeur une nationale. La vitesse des camions nous étourdit et nous effraie, en comparaison les voies express en Espagne sont des pistes cyclables. Plus jamais ça. La palme des ennemis des cyclistes revient aux conducteurs français (ex eco avec les indopakistanais, tout de même!). Nous nous réengageons rapidement sur des cantonales. A Habas, nous entrons au café de la Paix, et nous oublions tout. La patronne nous bichonne, nous aide à faire sécher la tente et les matelas, nous offre deux grands cafés et nous raconte sa vie et celle de ses enfants, ce qui nous réconcilie avec ces débuts de journée désastreux. Plus tard, avec le retour du soleil, tout change. Nous écoutons l'accent chantant du sud ouest, les gens viennent nous parler.Qu'est ce qui a changé? Les gens, nous, ou le soleil? Ce qui est sur c'est que l'on est bien sur nos vélos. Bivouac le soir dans un garage que le maire met à notre disposition pour la nuit. L'étape suivante est plate et nous fonçons sur Bordeaux où nous sommes hébergés par une amie de Guyane. Nous continuons après une pause à travers la Charente Maritime. Le soir on se pose dans des petits campings. On se fait un retour tranquille, à notre rythme. Bivouac à côté d'un relais de St Jacques de Compostelle, avant d'arriver chez René et Eliane Leberre, en Vendée. René est médecin tropicaliste à la retraite, et a dédié une partie de sa vie à la lutte contre l'onchocercose en Afrique de l'Ouest. Il nous suit depuis longtemps sur internet, et nous découvrons enfin le personnage qui se cache derrière les mails toujours enthousiastes et ironiques, spontanés et pleins de franc parler. Nous ne sommes pas déçus. Malgré la barbe blanche et le front dégarni, le personnage est encore plus haut en couleur qu'à travers une correspondance électronique. René a convoqué le correspondant local de Ouest France. Il nous laisse avec une coupe de champagne discuter avec un homme au costume marron démodé, d'une grande politesse, et un sourire et une douceur dans le visage comme on en voit rarement. Le visage de Bourvil nous apparait alors et vient se superposer au personnage qui nous interroge. La discussion a été riche et positive, qui nous a amené à conclure que "la France est un beau pays" ou "malgré la baisse du pouvoir d'achat, nous vivons mieux que dans n'importe quel autre pays". Nous apprécions partager nos impressions de voyage avec des gens qui ont connu des périodes difficiles, la guerre ou des privations. Ils ont conscience plus que nous de la valeur du présent et savent apprécier ce qu'ils ont. Malheureusement, l'article ne sera pas publié, Ouest France voulant laisser aux correspondants locaux des Côtes d'Armor, "l'exclusivité" de notre retour. Nous n'intéressons guère les vendéens... La traversée de La Vendée est plutôt monotone et plate. On y croise quelques automobilistes fous et pleins de touristes (de façon assez incompréhensible, car c'est de loin le coin le moins joli depuis que nous sommes arrivés en France!) Nous faisons halte ensuite chez Viviane Locatelli, la fille d'une cousine du grand père d'Olivier. L'occasion de découvrir la famille éloignée! La soirée est encore très sympathique, et nous ressentons moins le chrono "J moins... avant l'arrivée". Dernier camping à Saint Brévin les Pins, avant de traverser le pont de St Nazaire et d'apercevoir nos premiers toits en Ardoise sur des maisons blanches, avant goût de la Bretagne. Une heure plus tard nous entrons en Morbihan, par le joli village de la Roche Bernard, puis nous découvrons avec plaisir Rochefort en Terre. Nous pédalons l'après midi le long du canal de Nantes à Brest, jusqu'à Josselin, où nous plantons une dernière fois la tente. Jeudi 18 juin 2008, on se réveille avec une drôle de sensation. C'est le "dernier jour" de notre périple. L'étape est vallonnée sur des petites routes comme on les aime. On s'attarde dans les bistrots pour boire des cafés et discuter de ce qui n'est pas encore qu'un souvenir. Nous arrivons le soir devant la maison de mes parents. Nous arrivons avec une journée d'avance pour savourer un retour plus intime avec la famille. C'est avec beaucoup d'émotion que nous retrouvons nos parents, puis nos grands mères. Retrouver des lieux et des visages familiers après deux ans et demi d'absence nous donnent l'impression de les avoir quittés la veille, comme si tout notre voyage n'était qu'un rêve. Le vendredi 20 juin au soir, petit apéro avec, entre autres, la presse locale. Enfin, le 21 juin, nous bouclons la boucle: nous pédalons entre Saint Brieuc et Plancët accompagnés de nos papas (Jean François et François), frères (David et Benjamin), Mélanie (qui a pédalé déjà en Bolivie avec nous), George (oncle d'Olivier), Pierre, et Arnaud, un ami. L'étape est bien organisée avec des petites pauses stratégiques où nous retrouvons des membres de la famille ou des amis. Le dernier kilomètre, la sensation est étrange. En haut de la dernière bosse, nous pédalons côte à côte, et on aperçoit tous ceux qui sont venus nous accueillir. Nous franchissons la ligne d'arrivée composée des différents drapeaux des pays traversés, puis nous posons pied à terre. Nous ne savons plus où donner de la tête pour aller embrasser nos proches, famille et amis, et saluer également ces visages inconnus, ces personnes qui nous ont suivi par internet ou par les petits articles de presse. La fête fut belle, le lendemain aussi, champêtre, à écouter Tanguy nous bercer de morceaux d'accordéon, plus détendu aussi pour prendre le temps de discuter avec tout le monde. Ca fait maintenant deux semaines que nous sommes rentrés. La vie a repris un cours normal, c'est à dire rapide, par ici. C'est assez déstabilisant. J'écris ce texte sur un bateau. Il fait beau et nous passons le Cap Fréhel, et je savoure enfin le temps qui passe, loin de l'agitation de la terre ferme. Ce voyage s'achève, mais ne sera pas le dernier. Et puis nous comptons le prolonger, le faire revivre, dans nos esprits, puis dans un livre. Nous l'écrirons en Guyane, à Grand Santi, où nous retournons exercer la médecine à partir de novembre prochain. Il nous reste à remercier tous ceux qui nous ont soutenu par leurs correspondances, mais également par leur aide logistique: nos parents (Marie Claire et François, Nicole et Jean François), Tanguy, notre super webmaster, Gérard Martin (notre assistance technique, qui tient le magasin de vélo de Créhen), Pierre et Maryvone, Marc, Jean Louis et Marie-Jo, pour leur aide le 21 juin, et évidemment tous nos amis, le reste de la famille qui rendent ce retour si chaleureux, et enfin à tous ceux que nous ne connaissons pas personnellement mais qui nous ont écrit pour nous saluer ou nous encourager. Nous avons fait notre possible pour répondre, mais il est possible qu'il y ait eu des oublis. Et bien sûr, tous ceux et celles que nous avons rencontrés, qui parfois nous ont aidé tout au long de ces deux ans et demi, qui toujours ont rendu notre vie intéressante, riche et remplie, chaleureuse, dans tous les coins de la planète. Sans eux ce voyage ne serait rien. |