
|
Guinée(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours) Le 22 mars, nous quittons Bamako pour rejoindre la Guinée. Suivant les conseils de Jeff, un cycliste américain rencontré sur la route, nous empreintons la piste plutôt que le goudron, et, sur les 40 premiers kilomètres, nous nous demandons si nous avons les mêmes critères que lui pour qualifier une piste de "très agréable". La piste est très mauvaise et accidentée, les champs alentours jonchés de milliers de sacs plastiques, et nous sommes fréquemment doublés par des camions. Après une demi heure, nous sommes déjà rouges de poussière. Puis tout cela cesse, nous entrons en pays Mandingue, les arbres sont de plus en plus nombreux et verts, nous quittons progressivement le Sahel. En une journée et demi nous arrivons au minuscule poste frontière. Côté guinéen, le policier inspecte nos passeports dans son petit bureau installé dans une barraque en banco, meublée d'une table et de trois chaises. Accroché au mur, une affiche représentant le président Lansana Conté et la phrase: "Oui, je jure, Lansana Conté est un bon président". De toute évidence, nous voilà en démocratie...
Dans la soirée nous retrouvons le Niger, très large et entouré de plages de sable blanc. La piste que nous empreintons vers le Fouta Djalon va longtemps le suivre, et il nous apparait régulièrement à travers la forêt ou en haut d'une colline. ![]() La Guinée n'étant pas dans la zone du franc CFA, nous cherchons dans la première grande ville, Siguiri, des francs guinéens. C'est le premier poste frontière où personne ne nous a proposé d'échanger de l'argent. Pas de bureaux de change en ville non plus, nous tentons notre chance chez un bijoutier du marché et obtenons notre argent en coupures de 5000, c'est à dire 5 anciens francs français, la plus grosse coupure en circulation courante... La Guinée est un des pays les plus pauvres du monde, les prix des petits marchands de rue sont plus bas qu'au Mali ou au Burkina. Les hotels, contrairement au reste de l'Afrique de l'Ouest, pratiquent des prix en rapport avec le niveau de vie. Une aubaine pour les voyageurs au long cours. Dans tous les villages nous trouvons des petites échoppes où boire un thé ou un café pour nos désormais traditionnelles pauses de milieu de matinée, et ces moments sont l'occasion de discuter avec des Guinéens, qui sont très curieux et sympathiques. L'ambiance est très décontractée, loin des ambiances touristiques, le climat doux, la végétation plus dense et plus verte qu'au Mali, ce qui nous enchante. Le deuxième soir nous arrivons dans un village assez important, qui, bien que sur la piste peu fréquentée, abrite une petite pension. Nous sommes bien contents d'y être réfugiés, quand, vers 19 heures, un orage éclate. La pluie va tomber toute la nuit et une partie de la matinée du lendemain, alors que la saison des pluies n'est prévue que deux mois plus tard... Nous continuons ensuite sur une petite route asphaltée assez vallonée et agréable. A Timbo, nous dormons sur la terrasse du sous préfet, et le lendemain nous entrons vraiment dans le Fouta Djalon, les montagnes de Guinée où vivent majoritairement des Peuls. Nous ne saluons plus en Bambara mais en Foula, répétant les sons que l'on entend en chemin. "Ndjrama", "Ndjalato". Après un col et quelques côtes très raides nous suivons les crêtes et atteignons Dalaba en fin de journée, à 1200 mètres d'altitude, point de départ prisé des randonneurs qui explorent la région. Nous faisons de petites étapes jusqu'à Labé pour profiter de la douceur du climat des montagnes. Labé est une ville importante, et encore en altitude bien que les sommets n'apparaissent pas alentour. Le centre ville est envahi de taxis brousse bardés d'un chargement deux fois plus hauts qu'eux, de vaches et de moutons errants comme on peut voir en Inde, de marchands vendant vêtements, chaussures et diverses camelottes en plastique. Les étals de fruits et de légumes débordent sur la route de même que les petites échoppes de thé baguette ou les bars à riz, le tout dans la poussière et le bruit des mobylettes et des klaxons, la débauche de couleurs des tissu des boubous et le bleu du ciel, et, ça et là, des tas d'ordures puants et des odeurs de latrines. Nos sens sont à la fois transportés et dégouttés, nous nous prenons à rêver de lieux plus aseptisés, plus propres, mais quand nous nous remémorons le gris d'un mois de mars en métropole, les vêtements sombres des collections automne hiver, nous reprenons vite goût à ce qui nous entoure... Après Labé, notre petite route asphaltée prend fin et nous retrouvons une piste en piteux état mais tout de même praticable à vélo. On descend plus qu'on ne monte, mais la piste est assez éprouvante. Nous avons repéré sur la carte un village où faire étape. A 17 heures, après avoir grimpé un col de plusieurs kilomètres, nous apercevons une dame entourée d'une floppée de gamins vendant des mangues. Une petite pancarte indique le village à 500 mètres, en dehors de la piste. Personne ne parle français, mais nous voyons bien que le sentier qui part descend à pic. Nous laissons nos vélos, prenons bidons et reserves d'eau vides et espérant trouver autre chose qu'une rivière à sec. Nous découvrons après quelques minutes un village aux belles cases à flanc de colline. En y entrant on nous indique la pompe. Nous sommes bien heureux et étonnés de la trouver dans un lieu aussi isolé. Nous faisons une petite toilette dépoussiérage et retournons à nos vélos. Nous installons notre campement en se dissimulant un peu de la route, dérogeant pour une fois à notre volonté de ne pas faire de camping sauvage. ![]() Une fois la nuit tombée, nous nous endormons. Sur la piste, des camions continuent de passer, remplis de passagers, et leurs phares projettent sur notre tente les ombres des arbres et d'une vache broutant près de nous. Vers 23 heures, nous sommes réveillés par des voix, ce qui nous met aux aguets. Olivier dispose sa tête à l'entrée de la tente pour essayer de voir ce qui se passe. Les hommes semblent s'être installés à proximité de nous et discutent. Après quelques dizaines de minutes, les voix cessent. Puis reprennent. Un camion s'arrête. De nouveau des voix. Nous retenons notre souffle. Enfin le camion repart. Avec les hommes dedans. Nous sommes bien soulagés, mais d'autres hommes vont revenir, eux aussi pour attendre un camion, provoquant à chaque fois un petit stress et une incertitude. Un homme va même éclairer notre tente, mais apparemment il cherchait juste le chemin du village. Pas très reposant le bivouac, surtout pour Olivier, car de mon côté, je me suis très lâchement endormie, laissant mon "gardien" prendre soin de ma sécurité! Le lendemain, après dix kilomètres de descente, nous arrivons à un grand village où nous aurions dormi sans problèmes, mais non indiqué par la carte IGN. En milieu de matinée, nous rencontrons des français qui voyagent en camion et restons discuter près d'une heure. Quand nous reprenons la route, il fait très chaud. Nous passons une rivière en bac, puis commence une ascension assez longue. Olivier crève. Plus tard, c'est mon tour. Et encore deux crevaisons dans l'après midi pour Olivier. Autour de nous, toute la forêt a été brûlée par les feux de brousse, il ne persiste que de vagues arbustes et broussailles. Nous réparons sous le soleil, collants de sueurs et de poussière. On a connu de plus belles étapes! Nous arrivons finalement à Kounsitel à 18 heures, premier village depuis la traversée de la rivière le matin. C'est un modeste village, qui, dans cette région désolée, est une sous préfecture. Nous apporchons du Sénégal, et la piste que nous empruntons mène au principal poste frontière entre les deux pays. Pourtant, la circulation est très réduite. On ne trouve que des denrées de base et ce que l'on cultive dans le coin, c'est à dire pas grand chose. Nous allons voir le sous préfet. Il vient de prendre ses fonctions et une fête est organisée par les femmes (tam tam et danses) pour lui souhaiter bienvenue. Il nous rejoint et nous présente les notables de la ville, c'est à dire les quelques fonctionnaires (policier, maire, instituteur). Nous discutons sous une magnifique case ouverte sur les côtés à la toiture impressionnante, où, plus tard, nous étendrons nos matelas pour la nuit. Nous discutons avec l'instituteur, qui, bien qu'originaire d'un village à environ 300 kilomètres de là, se sent étranger. Mais moins que le précédent village où il a été affecté, et qu'il a demandé à quitter. C'est surtout la nourriture qui lui posait problème, car on y mangeait du riz sauce gluante (c'est à dire aux gombos) presque exclusivement... Cette anecdote nous fait sourire car s'adapter à de nouvelles habitudes culinaires est un art que nous commençons à maitriser! Le jour suivant, nous quittons totalement les montagnes. Notre piste est toujours aussi calme et une meute d'une cinquantaine de babouins traverse tout près de nous. Encore deux creuvaisons pour Olivier et une chute impressionante (mais sans gravité) pour moi. le soir, on retrouve avec plaisir une ville et un petit hotel, à Koundara, à 40 km du Sénégal. Dans la matinée du lendemain, encore une crevaison. Le pneu arrière d'Olivier est très usé et nous interchangeons avec le pneu avant, qui supporte moins de poids. Arrivés à la frontière, un homme qui m'aperçoit étaler de la crème solaire sur mon visage me demande mon tube. Je lui répond en rigolant qu'il n'en a pas besoin, ayant la peau naturellement protégée, mais il insiste, disant qu'il vient d'une autre région ! Nous pénétrons dans le poste frontière, un des policiers recopie consciencieusement nos identités et numéros de visa, quand l'homme entre dans la pièce. C'est en fait le policier chef (habillé en civil) et c'est lui qui doit signer le tampon de sortie ! Il inspecte les passeports dans tous les sens, mais, n'y trouvant rien, finit par signer. Il essaie bien d'avoir quelques Euros, mais sans succès... |