Bicyclettes Nomades

L'Iran

 


(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 
  1ère partie
 
C'est avec une certaine apprehension que nous franchissons la frontiere iranienne. Difficile de quitter un pays ou l'on a eu tant de plaisir a pedaler pour entrer dans l'inconnu... Tant de personnes nous ont regarder bizarrement  quand nous leur parlions de notre projet. Nous avons eu des echos assez contradictoires sur le pays et ses habitants. Quant aux regles vestimentaires, au comportement que je dois adopter face aux hommes (ne pas leur serrer la main par exemple), cela me stresse un peu.

Les formalites administratives sont rapides au petit poste frontiere de Sero. Premiers coups de pedale en Iran, sous une chaleur ecrasante. Je maudis mon foulard, mon pantalon et mes chaussettes. La route qui mene a Orumiye ne presente guere d'interets. Nous sommes un peu etonnes quand un homme nous demande si nous sommes bien des touristes! C'est une denree rare ici! Malgre les panneaux en alphabet arabe, nous nous reperons tant bien que mal. Mais a Orumiye, pour trouver l'hotel, un homme monte dans sa voiture pour nous guider a travers la ville. La circulation est dense, bruyante. Beaucoup de monde dans les rues, vendeurs de fruits, marchands devant leurs echoppes, promeneurs... Nous regardons les femmes et leur chador noir, vision emblematique de l'Iran. Olivier est tout excite car c'est un nouveau voyage qui commence... Je ressens les choses differemment. Je m'empresse d'acheter le premier soir un manteau leger comme portent les jeunes femmes. J'ai deja un foulard achete en Turquie. Si le port du hidjab est obligatoire, la facon de nouer le foulard est libre, et toutes les femmes ne portent pas le chador, loin de la. Nous decouvrirons plus tard que c'est particulier au Kurdistan et aux grandes villes comme Teheran. Nombreuses sont les femmes qui laissent apparaitre leur cheveux sous des foulards colores. Certaines sont meme maquillees, tres elegantes et seduisantes, ce qui est contraire a l'objectif initial du hidjab...
 
Nous prenons la route de Mahabhad, ville qui fut entre 1945 et 1946 la capitale de la minuscule republique kurde de Mahabhad. L'etat fut demantele au bout d'un an d'existence, suite a un rapprochement entre l'URSS et l'Iran (lien: http://www.monde-diplomatique.fr/1997/01/PIRUZ/7538.html).
Nous penetrons progressivement au Coeur du Kurdistan iranien. Les hommes portent un pantalon bouffant, parfois accompagne d'une petite veste, d'un foulard en guise de ceinture, un autre enroule en turbant autour d'un petit chapeau.


Les femmes portent de longues robes colorees au dessus d'un pantalon et,selon les villages,  soit un petit gilet noir, soit une large etoffe fleurie a la taille. Les rencontres au gre de nos petites pauses sont toujours agreables. Nous entendons de nombreux "welcome in Kurdistan", on nous offre le cay. Certains commercants refusent notre argent… Nos apprehensions nous quittent rapidement!

A Bukhan, nous sommes heberges par Siamak, un ingenieur rencontre durant la matinee le long de la route. C'est le jour du match France-Suisse et Olivier ne veut pas le manquer! Notre hote est egalement amateur de foot, et supporte la France! Il propose meme d'acheter de la biere pour regarder le match…Totalement interdit en Iran! Et pourtant, loin d'etre impossible car interdit=marche noir. D'autant plus que la Turquie n'est pas tres loin. Nous avons donc regarder le premier match de l'equipe de France en sirotant une biere!
Apres Bukhan, direction Marivan. Nous quittons le plateau pour nous engager sur de petites routes de montagne. C'est assez escarpe et difficile, mais la route est tres belle.


Le ble est mur sur les flancs des montagnes, certains champs sont fauches. Les paysans portent de grands chapeaux de paille et travaillent manuellement sous un soleil de plomb. Aucune moissonneuse mecanique, meme rudimentaire.
L'apres midi est difficile, tant cela grimpe. Le vent s'est leve et nous est defavorable. Nous avancons peniblement. En haut d'une cote, Olivier demande de l'eau a un petit moustachu poste devant son pick up. Je ne tarde pas a les rejoinder et avale a mon tour gouluement l'eau glacee. On echange quelques mots. Avant de partir, Nezam se propose de nous avancer de trente km, jusqu'a Beslam, un petit village. Dans la voiture, nous lui expliquons que nous voulons visiter la vallee de Horaman. Rapidement, il nous invite dans sa famille a Sanandaj, et se propose meme de nous emmener a Horaman en pick up. Ca nous interesse car la vallee est difficile d'acces. On n' hesite pas longtemps avant d'accepter sa proposition!

Dans le village, Nezam nous aide a trouver un endroit ou planter la tente. Il nous donne RDV le lendemain, et avant de partir offre a Olivier un pantalon kurde .
Apres son depart, les gamins du villages viennent nous voir. C'est ensuite les hommes qui s'approchent et nous invitent a partager le repas.
 


Nous montons sur une petite moto pour rejoindre la maison en haut du village. Les maisons sont en terre ocre, le toit est plat, parfois recouvert de terre et de paille pour l'isolation. La piece principale est recouverte de tapis, et des cousins sont installes contre les murs. Nous prenons d'abord le cay en compagnie des hommes. La tele est allumee, meme ici on a le satellite! Les femmes n'apparaissent pas, posant les plateaux de the et de nourriture au pas de la porte. Comme partout au Kurdistan, on prend le repas sur une nappe deroulee sur les tapis. Les femmes nous rejoindrons plus tard, en fin de soiree, pour le dernier cay.

Une mauvaise surprise nous attend au reveil: la chaine d'Olivier a ete abimee lors du trajet en pick up. Impossible de reprendre la route dans ces conditions. Mais au Coeur du Kurdistan, les problemes se resolvent vite et en cinq minutes, un nouveau pick up nous prend en charge jusqu'a Marivan.
Comme prevu, Nezam vient nous chercher et nous amene dans sa famille a Sanandaj.


Dans la voiture, Nezam m'incite a me debarrasser de mon foulard et me previent quand on  croise des barrages de police pour le remettre. Au Kurdistan, on n'aime pas le regime islamique. Nezam compare facilement le president a un dictateur. Apres la revolution islamique, les kurdes ont connu des heurts avec le regime. Des affrontements sanglants ont eu lieu avec les troupes de Khomeini. Nezam faisait parti des commandos a l'epoque. Difficile d'imaginer cet homme jovial et bon vivant avec des armes!

A Sanandaj, nous rencontrons toute la petite famille: Saroc le fils aine (qui parle assez bien anglais), Saco le plus jeune, Sergol sa femme et le pere de Nezam. Vendredi, jour de priere, est egalement le jour de repos en Iran. On traine autour de la tele le matin, avant d'aller visiter le musee de Sanandaj. On regarde les programmes kurdes diffuses depuis l'Irak et l'Europe. On se sent bien au coeur de cette petite famille et on est vite adopte. On se repose après quatre mois a pedaler!! En fin de journee, on se dirige vers le parc Abidal, perche sur une montagne face a le a ville. Toutes les familles viennent y pique niquer le vendredi. On amene les tapis, les thermos de the et d'eau fraiche, le barbecue et quantite de nourriture. Tout l 'enjeu est de trouver le coin a l'ombre (rare au Kurdistan). Parfois les familles s'installent entre deux voitures stationnees. Certains amene une tente pour ranger les affaires ou faire une sieste.


Pour le lendemain, Nezam nous a programme une petite excursion dans un village traditionnel Kurde. Accrochees sur la montagne, les petites maisons se superposent, le toit de l'une formant la terrasse de l'autre.
La derniere soiree est tres chaleureuse. On revet des vetements traditionnels pour une séance photo. On rigole beaucoup avec les "very very good" de Nezam et ses "OK" a la Christian Clavier (ils ont vu Les Visiteurs double en Farsi) ! Difficile de quitter nos amis le lendemain.

Nous prenons un bus pour Teheran ou nous attend Mohammad, contacte grace au frere d'un ami.
 
 
 Iran (suite)
 

L'étape à Téhéran est obligatoire pour l'obtention de nos visas Turkmène et Ouzbek car parcourir la route de la soie au 21eme siècle, c'est d'abord une histoire de visas!

Voici quelques renseignements pratiques et nouvelles fraiches pour nos collègues voyageurs (car tout évolue !). Nous avons donc fait notre demande de visa iranien au consulat d'Iran à Istanbul. Pas de lettre d'invitation ni de lettre de l'ambassade de France exigées, adresse en Iran facultative (nous n'en n'avions pas). Vous devez payer 50 euros par visa, qu'ils vous l'accordent ou pas! Il est possible de le récupérer 10 jours plus tard à Istanbul, Ankara ou Erzurum.
Pour le visa de transit Turkmène il faut absolument le visa Ouzbek au préalable. Voici à Téhéran les démarches à faire dans l'ordre: aller à l'ambassade de France demander une lettre de recommandation pour l'obtention du visa Ouzbek (24 heures), ensuite aller au consulat Ouzbek avec la lettre plus la photocopie du passeport. Réponse 8 jours plus tard. Apporter alors 75$ pour un visa de 30 jours. Faire la photocopie du passeport et du visa Ouzbek et aller au consulat Turkmène pour la demande e visa de transit. Réponse entre 7 et 10 jours. Total des opérations: de 16 à 19 jours!

Après 3 jours passés chez Mohammed et sa famille nous avons laissé les vélos à Téhéran pour visiter Kashan et Ispahan en attendant l'obtention du visa Ouzbek. Kashan est une belle petite cite au bord du désert, quant à Ispahan elle compte parmi les plus belles villes du monde islamique. Tout le monde connait son nom, synonyme d'exotisme et de raffinement. Nous n'avons pas été déçus. Les mosquées de l'Imam et de Sheikh Lotfollah, situées toutes deux sur l'une des plus grandes places du monde sont réellement magnifiques.




Nous sommes ensuite retournés à Téhéran pour la demande de visa Turkmène. Nous y avons été hebergés par Fereshte et Moshen pendant 3 jours, rencontres grâce à Hospitality club (www.hospitalityclub.org). Les 10 jours suivants nous sommes repartis vers le sud, visiter Shiraz, Persépolis, puis Busher sur le Golfe Persique, et enfin Yazd, vieille cite du désert, ville du Zoroastrisme. Le Zoroastrisme, considéré comme la première religion monothéiste, antérieure même au Judaïsme, était la principale religion en Iran avant l'arrivée de l'Islam. Le Zoroastrisme fut fondé par Zoroastre (Zarathoustra) vers 550 av. JC a priori a Mazar et Shariff (Afghanistan) ou au Turkménistan. Il persiste toujours une communauté Zoroastrienne en Iran (30 à 100 000 personnes) ainsi qu'en Inde.

A Shiraz nous sommes allés aux tombeaux des poètes Hafez et Saadi. La poésie persane est très importante pour les Iraniens qui vouent un véritable culte à certains poètes, notamment Hafez, poète du 14eme siècle. C'est assez amusant et paradoxal de voir les Iraniens réciter avec dévotion des vers qui ne parlent que de vin et d'ivresse. Quand on leur pose la question ils s'en sortent en disant que le vin n'est qu'une métaphore de Dieu. A ses débuts, la révolution Islamique a d'ailleurs voulu s'attaquer aux poèmes d'Hafez et fermer son mausolée. Mais là ca n'a pas marché....on ne touche pas à Hafez!

Tombeau d'Hafez


Les Iraniens sont très fiers de leur culture et ils insistent souvent sur l'ancienneté et la richesse de la culture Perse, ironisant, comme en Turquie, sur les arabes qui ne sont après tout que des bédouins incultes...Mais cette culture dont ils se prévalent est très ancienne (les poètes, mosquées et medersas étant antérieurs pour la plupart au 16eme siècle) et, de même que l'on assiste à une absence de débat politique, l'art créatif semble peu dynamique. Pour tout dire, et c'est vrai pour une partie du Moyen Orient, il nous a semblé que les Iraniens se refugient un peu dans leur passe glorieux en raison d'un présent plombé par le conservatisme religieux.

L'Iran est un pays aux paysages variés, qui contient parmi les plus beaux édifices du monde Islamique, où les gens sont très accueillants...et ou il n'y a pas un touriste!
Le fait d'être un régime théocratique répressif et d'avoir une politique étrangère catastrophique a isolé l'Iran sur le plan international. L'Iran est un pays qui fait peur, et l'affaire des caricatures danoises ainsi que l'agitation d'Ahmadinejad sur le nucléaire n'ont rien arrangé. En fait, les gens n'ont trouvé normal que l'on voyage en Iran qu'à partir du Kurdistan Turc. Avant, c'est comme si on annonçait qu'on allait passer nos vacances en Irak!
Cet isolement entraine une immense curiosité des Iraniens, et des jeunes en particulier, envers les étrangers qui visitent le pays. Beaucoup de jeunes parlent anglais et nous avons donc pu discuter avec de nombreuses personnes: nos amis au Kurdistan, Mohammad et des membres d' Hospitalityclub à Téhéran, mais aussi à Busher, Shiraz, Ispahan, Kashan ou nous avons été invités à échanger avec des étudiants en anglais...
La majorité des Iraniens est musulmane Shiite. Seuls les Kurdes et les Baloutches (près du Pakistan) sont sunnites. Tous les gens avec qui nous avons discuté sont profondément croyants mais avec des différences sur l'aspect cultuel: prières, fréquentation de la mosquée, pèlerinage à la Mecque , etc... Le concept d'athéisme ou d'agnostisme est d'ailleurs purement occidental et nous nous présentons la plupart du temps comme chrétiens, ce qui est vrai puisque issus de culture judéo-chrétienne.
Le fait de maitriser un minimum la langue anglaise implique un certain niveau d'éducation et cet "échantillon" n'est donc pas représentatif de la population iranienne. Quoi qu'il en soit, y compris dans les échanges que nous avons eus dans la rue avec quelques mots d'Anglais et de Farsi, nous n'avons été confrontés à aucun prosélytisme mais au contraire a une grande tolérance.

 


La particularité de ce pays est d'être une république islamique. Elle fut fondée en 1979 à la suite d'une révolution qui renversa un souverain totalitaire, le Shah Rezza Pahlavi. L'Ayatollah Khomeini rentre de son exil en France devint le leader d'une opposition hétéroclite allant des intégristes musulmans à l'extrême Gauche soutenue par l'Union Soviétique. Les religieux, laïcs et clergé, étaient cependant majoritaires, et un fois au pouvoir, Khomeni instaura avec une efficacité brutale une république islamique dominée par le clergé Shiite. 98,2% des Iraniens se seraient prononces en faveur de la République Islamique lors du referendum de mars 1979. Après la mort de Khomeini en 1989, son titre de Guide de la Révolution échut à l'Ayatollah Khamenei, toujours en place.

 

 

C'est lui qui centralise tous les pouvoirs. En effet, si le peuple élit le parlement et le président de la république, tous les projets peuvent être bloqués par le très conservateur "Conseil des Gardiens", composé de 12 membres: six religieux nommés par le chef suprême, l'Ayatollah Khamenei, et six juristes islamiques nommés par le numéro 1 de la hiérarchie judiciaire, lui même désigné par le chef suprême...la boucle est bouclée!
Quand on interroge les iraniens sur le régime politique, si les opinions ne sont pas toutes unanimes, toutes convergent pour dire que l'évolution a été plutôt mauvaise. On peut parler d'un certain essoufflement des institutions.

 


Nous avons rencontré deux personnes qui travaillent avec le gouvernement, un ingénieur civil et un jeune chef d'entreprise dont le père a pris une part active a la révolution et qui a été assassiné peu après par les Moudjahidins du Peuple, mouvement islamo-gauchiste co-révolutionnaire devenu ennemi du clergé après la révolution. S'ils ne remettent pas en cause la république islamique, ils soulignent néanmoins l'absence de réelle démocratie et le manque de liberté.
La plupart de nos autres interlocuteurs en revanche, étudiants, mais aussi ingénieurs ou professeurs d'économie, souhaiteraient une séparation entre les sphères religieuse et politique. Mais cette aspiration n'est pas une réelle revendication et, chose surprenante, le motif de cette séparation est parfois lié au désir d'éviter le discrédit sur la religion du fait des mauvaises performances économiques attribuées aux différents gouvernements qui se succèdent. Ainsi comme l'écrit Farriba Adelkhah (1): "La majorité des Iraniens, désormais citadins, n'ont connu ni l'empire ni les premières années de la révolution ou n'en ont pas le souvenir. Ils ont grandi dans l'habitus Islamo républicain. Ils peuvent certes en être frustrés ou le contester, par exemple en matière de politique sociale, de libertés publiques ou de mœurs. Mais ils en sont les enfants et en ont acquis l'essentiel des valeurs, des usages, des discours."

 


Mais le désenchantement est réel comme en témoigne le taux d'abstention aux élections qui dépasse les 50%. En 1997 un président progressiste, Khat ami, a été élu par une grande majorité des électeurs. Il bénéficiait d'un fort soutient, notamment chez les jeunes et a été réélu une seconde fois. Mais il n'a pas put, ou plutôt n'a pas eut le courage politique (c'est ce que les Iraniens lui reproche) de faire les réformes nécessaires. Il s'en ait suivi un retour en force des conservateurs et l'élection d'un de leur candidat, Ahmadinejad, en 2005. La vie est plus dure pour les journalistes depuis, comme nous l'a affirmé un ancien journaliste à Shiraz. Son journal a été fermé pour avoir publié un article critiquant la politique économique du gouvernement.

 


Apres la déception de Khatami, beaucoup de jeunes, voir une majorité d'entre eux, n'ont pas voté en 2005. Ahmadinejad, personnage assez insignifiant et quelque peu inculte, a donc été élu après une campagne populiste, en promettant de ramener l'argent du pétrole "sur la table des gens". Pour les Iraniens le problème principal est en effet la mauvaise gouvernance en matière d'économie. L'Iran est sous embargo Américain depuis 1995 et une bonne partie de l'argent du pétrole va aux multinationales qui possèdent des raffineries. L'Iran vend également son pétrole à des prix ridiculement bas à des pays comme le Turkménistan ou la Syrie pour s'assurer au moins le soutient de quelques pays dans un mode qui leur est hostile.
Les Iraniens approuvent peu cette politique qui mène à l'isolement. Le nucléaire en est un nouvel épisode. Si les Iraniens trouvent normal, et on les comprend, d'avoir droit au nucléaire civil et souhaiteraient par fierté et souci d'indépendance une technologie nationale, ils sont majoritairement pour le compromis avec l'Union Européenne et les Etats Unis. En fait personne ne nous a parlé spontanément du problème nucléaire. Ils prennent les gesticulations d'Ahmadinejad pour du bluff diplomatique. Le réalisme politique finira bien par s'imposer....
A Busher, ville du Golfe Persique située près du Koweït, les gens nous demandaient tous si on était Russes. L'Iran a fait appel à la Russie pour y construire une centrale nucléaire qui devrait être opérationnelle depuis déjà 2 ans. Mohammed, notre hôte de Téhéran, a travaillé sur le site en tant qu'ingénieur civil et nous a confié qu'ils auraient préfère la technologie française....Le site est très sensible, on peut contrôler notre identité à tout moment et la semaine précédente deux touristes Suédois ont été emprisonnes pour avoir pris des photos au mauvais endroit. On craint les espions...

Si l'Ayatollah Khomeni est pour l'Occident un symbole de l'Iran contemporain, il en est de même du tchador, noir de préférence, qui symbolise également l'oppression des femmes. Le port du voile est en effet obligatoire sur la voie publique depuis 1981. Encore faut il distinguer le politique du culturel car les Iraniennes portent le voile depuis longtemps, et quand on leur parle de la condition de la femme en Iran, le caractère obligatoire du port du voile est une chose totalement anecdotique. Les sociétés musulmanes, elles ne sont pas les seules, sont des sociétés phallocratiques et le droit musulman n'est pas universaliste comme le droit laïc: les femmes ont moins de droit que les hommes. Elles vivent ainsi sous la tutelle de leur mari dans un certain nombre de domaine, en cas de divorce les enfants sont confiés au mari et les divorces sont très mal vus par la société. Si à l'université plus de 60% des étudiants sont des femmes, elles ne représentent que 11% sur le marche du travail...

Durant les années qui ont suivies la révolution il était interdit a un homme de se montrer en public en présence d'une femme qui ne soit pas de sa famille. Les choses ont un peu change maintenant, surtout dans les villes. Mais les relations sexuelles avant le mariage sont toujours interdites et punissables par la loi. L'âge du mariage étant en constant recul du fait du prix élevé de celui ci et des difficultés économiques limitant les possibilités d'indépendance du jeune couple, il en résulte une grande frustration sexuelle chez les jeunes. Les étudiants du cours d'anglais de Kashan, sous l'impulsion de leur jeune professeur, nous l'ont évoqué et nous avons même du faire un petit expose sur Freud! (Chloé s'en est pas mal tiré...!)
Il existe cependant pour les chiites, et non pour les sunnites, une alternative possible: le mariage temporaire (sigeh). On peut se marier pour une durée limitée de quelques jours à quelques mois. Ce mariage temporaire ferait un retour en force. Reste le poids de la société qui ne le voit pas d'un très bon œil, et celui des parents. L'accord de ces derniers est indispensable pour se marier.

A défaut de vélo, ce mois Iranien fut un mois de rencontre et d'échanges constants. Les choses changent peu à peu en Iran mais nous sommes loin d'une nouvelle révolution...C'est un pays ouvert, hospitalier et ou il est facile de voyager. On encourage tout le monde à y aller!
Apres Téhéran, direction Mashad et le Turkménistan.

(1) Fariba Adelkhah "l'Iran", collection Idées reçues, édition Le Cavalier Bleu