Bicyclettes Nomades

Ciao !

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)


            On est heureux de passer notre première frontière le 8 mars, mais les débuts sont durs: les routes sont plus étroites, la circulation dense et les villes moins belles... et puis le ciel est un peu plus gris , ça joue sur le moral. On avance bien quand même. L'urbanisation à outrance nous empêche de trouver un endroit où planter la tente. C'est à regret que nous cherchons un hôtel bon marché, denrée rare en Italie, encore plus à cette saison et à cet endroit. On se fait une raison et nous abandonnons au plaisir d'un endroit au chaud pour passer la nuit, où l'on peut se doucher, laver quelques affaires et dormir dans un lit confortable....
   
          Le lendemain est un autre jour: grand ciel bleu. On croise beaucoup de cyclistes et on ne manque pas de se lancer des "ciao" enthousiastes. Sous le soleil, c'est un bonheur de pédaler au bord de la méditerranée.
       
         Nous arrivons à Gènes où nous retrouvons des amis. Ville industrielle au premier abord, elle nous charme ensuite par ses ruelles étroites et ses palais immenses, ses façades colorées avec des fenêtres en trompe l'oeil se détachant sur le ciel bleu. On se se perd dans ces dédales de rues qui plongent vers le port. On restera une journée de plus que prévu: un vent violent s'abat sur la ville le jour du départ, extrêmement défavorable. Sans regrets, nous partons visiter les Cinqueterre avec nos amis, cent kms au sud. Sentiers escarpés, plantes de vignes et d'oliviers pour gagner des petits ports colorés.
 
    Voila que s'achève notre trajet en méditerranée. La mer va nous manquer, mais pas pour longtemps....Vivement Venise!


            On quitte Gènes le lendemain. Le vent de nord-est a considérablement faibli mais reste important. Cette matinée fut difficile: sortir de la ville, quitter la riviera pour atteindre la plaine du Po, c'est à dire passer la chaîne de montagnes qui les sépare, et tout ça avec un vent de face! On monte pendant près de 40 km avec des passages à 10 pour cent. Le paysage change rapidement. Alors que nous étions entourés d'orangers au bord de la mer, nous nous retrouvons  en pleine montagne: parois rocheuses constellées de stalactites (notre tente a gelé pendant la nuit!),  petits vieux qui prennent le soleil devant leur fermettes délabrées...

        Nous avons parcouru ainsi la vallée de la Trebbia (plus belle vallée du monde d'après Hemingway...), magnifique entre Ottone et Bobbio. Puis le paysage devient absolument plat. Petites routes rectilignes bordées de champs fraîchement labourés aux tons rouge, ocre....On s'arrête dans un tout petit village entre Piacenza et Cremone, Muradello. Un petit terrain avec de l'eau près d'une église. On pose la tente, quand on entend des gens sortir de l'église. Un jeune homme noir (denrée suffisamment rare dans un petit village italien pour être signalée...!) approche, intrigué. Il se présente comme étudiant en agronomie a Piacenza. Il s'appelle Roger, et, accessoirement, est également le curé de la paroisse. Nous acceptons son hospitalité pour la nuit.

           Roger partage le presbytère, immense, avec Charles, "l'Abbé Charles", Congolais également (Congo-Kinshasa) et étudiant en économie. Ils sont tous les deux du Kasai oriental, région diamantifère du centre de la RDC. Leur paroisse leur finance leurs études. Dans deux ans, ils retourneront au Congo pour mettre en application leurs connaissances. Pour l'agronomie on voit bien, mais pour l'économie.... Charles reste assez évasif sur le sujet. Roger nous apprend que les différentes communautés, dans le sens de groupe de population, ne comptent plus sur les autorités pour quoi que ce soit. Les églises assurent ainsi un service de santé, financent des études et formations à l'étranger. C'est en quelques sortes une forme d'auto-gouvernance. Ça ne date pas d'hier mais l'anarchie, la guerre et ladéliquescence de l'état depuis la destitution de Mobutu a du grandement l'augmenter.
       
            Le soir, débat télévise entre "il cavaliere" Berlusconi et Romano Prodi. L'italie est gouvernée depuis 5 ans par un mariole, voleur et menteur: imaginez un Bernard Tapie, limite pire, chef de gouvernement....le problème dépasse largement le clivage traditionnel droite-gauche, mais comment une majorité d'italiens peut-elle soutenir un escroc?...Berlusconi avait l'air bien stressé lors du débat qui, entre autre, a largement abordé le problème de la précarité au travail, point commun avec les préoccupations françaises actuelles. La presse du lendemain donnait Prodi largement gagnant de la confrontation. Les choses se corsent d'ailleurs pour Berlusconi: le medef italien, la Confidustria, emmenée par les patrons de Todds et Fiat, se prononcent clairement contre Berlusconi. Le patronat soutient le centre gauche contre un patron de droite, le comble! Match retour à la télé prévu le 03 avril avant les élections les 8 et 9 avril.


                                                               



            Nous avançons ensuite plein-est vers Venise. Cremone (et ses magnifiques fresques à l'intérieur du Duomo!), Mantova, Padova...En quittant Padova pour Venezia, nous nous retrouvons sur des 2x3 voies avec échangeurs. Ça fonce et ça déboule de partout. Absolument rien de prévu pour les cyclistes! Et c'est là que Chloé nous concocte sa première crevaison, roue arrière en prime ! Changement de chambre à air et même de pneu.





            On arrive finalement au camping à Mestre. Nous passons les 2 jours suivants tranquilles en touriste à visiter  Venise.  Ville à part, absolument sublime. C'était mon quatrième séjour, mais à la fin de celui-ci, j'en avais marre de l'ambiance Disneyland: touristes, gondoles....

         On rejoint ensuite Trieste en 2 jours. Arrivée dans la pluie et le froid. On s'arrête à l'auberge de jeunesse, au sec. Visite de Trieste sous les intempéries....bienvenue en Europe de l'est! Trieste a longtemps fait partie de l'empire Austro-Hongrois, l'architecture en prime....On retrouve Sabrina, copine d'une copine, qui est née et vit à Trieste. Cette ville a l'avantage d'être en bord de mer et d'avoir les montagnes juste derrière. Beaucoup de Triestins se rendent en Croatie, ne serait-ce que pour un week-end, et quand ils ont envie d'une ville plus grande, un esprit de capitale, ils vont à Liubjana, en Slovénie voisine!

               

            Nous traversons les frontieres Slovène et Croate le lendemain. 25 km en Slovénie à grimper dans le froid, le brouillard et la pluie. Idem en Croatie....c est pas tous les jours facile !

           
        Nous sommes actuellement à Pula au sud de l'istrie. Rendez-vous à Dubrovnik dans 2 semaines pour le prochain  récit!