Bicyclettes Nomades

Le Kirghizstan

 


(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 
 
Vendredi 3 août.
 
Nous quittons l'Ouzbékistan pour entrer au Kirghizstan, au poste frontière de Osh, 2ème ville du pays. Aucun immeuble, un centre-ville tout petit, c'est plutôt une vaste bourgade de 300 000 habitants ! Mêmes trognes, mêmes chapeaux (il y a beaucoup d'Ouzbeks à Osh), la transition est douce, comme souvent lorsque l'on franchit ces frontières terrestres.
Le bazar est animé. Tout s'achète là-bas, il n'y a pas vraiment de boutiques par ailleurs. On vient de toute la région pour acheter des outils, à manger, s'habiller, acheter un nouveau chapeau kirghize, petit haut de forme de feutre blanc aux motifs noirs brodés. Et toujours cette curiosité et cette gentillesse commune avec l'Ouzbékistan.
 

 
Nous partons ensuite vers l'Est, vers le col d'Irkestam qui mène à la Chine. 250 km de bonheur et d'émotions.
La première journée nous grimpons tranquillement et quittons la chaleur de Osh pour la fraîcheur des montagnes. Soixante kilomètres de faux plats et quelques côtes pas méchantes. Nous nous arrêtons le soir au pied du 1er col. On nous invite à boire le kumuz, lait de jument fermenté, boisson des nomades emblématique du Kirgistan. Et c'est bon ! Ca ressemble un peu à la bière de mil que l'on trouve en Afrique de l'Ouest.
Nous sommes ensuite invités à passer la nuit sous la yourte, la vaste tente en feutre que l'on trouve en Asie Centrale et en Mongolie, la maison des nomades, le fantasme des voyageurs ! Le sol est recouvert de tapis, il fait bon à l'intérieur.
 
Le lendemain nous attaquons donc le col dès le matin. Près du sommet on découvre de vastes pâturages où paissent les troupeaux de chevaux et dispersées ça et la les yourtes des propriétaires. Nous sommes seuls sur la route, les images qui défilent sous nos yeux sont intemporelles. Ces instants sont magiques, nous touchons l'essence même du voyage, celui des caravanes, des écrivains voyageurs du 19ème et du début 20ème.
 
La descente est raide et la route dégénère rapidement en piste caillouteuse. On croise deux cyclos français, Manu et Yoan (www.detourfraternel.com). Ils reviennent du Pakistan et du Xin Jiang, notre prochaine route. Echange d'informations, d'anecdotes. Ils nous apprennent que question asphalte c'est fini pour nous jusqu'en Chine.

 
 
Suivent 80 km de grimpette sur de la piste pleine de trous et de cailloux. Nous nous arrêtons le 2ème soir près d'une petite maison perdue dans un paysage immense Nous sommes invités à manger et à dormir. Deux petites pièces de 6 m2, un coffre, des tapis et un petit four à pain. Nous dormons avec les quatre enfants, tous sous la couette serrés les uns contre les autres!
 
Nous continuons de grimper le lendemain pour finir en apothéose par un col à 3700 mètres avec une piste assez abominable. Nous le franchirons comme tous les autres, le cul sur la selle! Au sommet de nouveau des pâturages, quelques yourtes...et des yaks ! Nous sommes stupéfaits, puis excités comme des gamins (c’est Tintin au Tibet quoi!).
 
Nous descendons sur Sary Tosh, bled paumé à 3000 mètres d'altitude sur la route du Tadjikistan. Vision magnifique de steppes à perte de vue et de la chaîne du Pamir, barrière blanche et grise aux pics à 7000 mètres qui court d'est en ouest et sépare le Kirgistan du Tadjikistan. Nous plantons la tente sous les rafales de vent devant des cavaliers Kirghizes intrigues.
 

 
Le lendemain nous prenons la direction de l'Est. Piste de cailloux au milieu de la steppe parsemée ça et là de chevaux et de gros champignons blancs. Quand nous passons près des yourtes les nomades Kirghizes nous offrent un grand sourire, du cay et du kumuz !
 
Dans ces paysages horizontaux immenses, la densité des nomades est faible et l'homme semble tout petit. La seule fois où nous avons ressenti une émotion pareil c'était lors de notre traversée du Masai Mara (Kenya) en vélo il y a un peu plus de trois ans.
La piste est difficile et ça monte toute la 1ère partie, avec un fort vent de face. On joue ensuite aux montagnes russes pendant quelques kilomètres et en fin de journée nous descendons du plateau vers le village de Nura, dix kilomètres avant la frontière. Le vent redouble d'intensité, le ciel gronde, nous arrivons au village à la nuit tombée et sous la pluie. Heureusement nous sommes accueillis par des jeunes adolescents. Les parents sont à Osh et les dix enfants gardent la maison!