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Laos(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours) Lundi 5 mars, 15H00, nous voilà au Laos; les formalités du visa sont d'une grande simplicité: un formulaire à remplir, une photo d'identité, 30$...et pas de passage aux douanes!
Peu de différences à première vue de l'autre coté du Mékong hormis, et ce n'est pas rien, nos retrouvailles avec la baguette, la Vache Qui Rit et le pâté Hénaff, made in Pouldreuzic! Huay Xai est une petite ville, disons un gros bourg, à l'ambiance un peu spéciale: plein de guest houses et des touristes qui déambulent dans la rue principale. Nous n'avons toujours pas intégré que l'Asie du Sud Est est investie par les touristes. Ca ne va pas tarder. Le lendemain nous nous rendons au débarcadère. Nous avons décidé de rejoindre Luang Prabang par bateau, deux jours sur le Mékong. On imagine des vieux rafiots à deux ou trois ponts tâchés de rouille, remplis de marchandises en tous genres, de volailles, des familles entières de Lao ou de Hmongs squattant les espaces libres, et nous, les yeux rivés sur les rivages montagneux du Nord Laos. Au débarcadère, beaucoup de bateaux en bois, pratiquement tous identiques. De 9 à 11 heures des dizaines et des dizaines de touristes arrivent en flux continu. Notre bateau se remplit comme les autres et nous larguons les amarres. Cinquante places, cinquante touristes. Derrière nous des Hollandais qui discutent en hurlant (le Néerlandais peut créer une sensation quelque peu pénible pour l'auditeur...). On leur avait promis une "deluxe cruise" et les sièges en bois ne semblent pas appropriés (à juste raison!). Plus loin un anglo saxon rougeaud et bedonnant, petite crête à la Beckam et drapeau gallois sur les épaules (!), sifflant sa énième bière. Ce décalage grotesque avec les paysages grandioses et la douceur orientale, s'il peut être comique, nous semble navrant et pathétique. Le soir nous faisons étape à Pakbeng. C'est la ruée sur les guest houses. On a vraiment du mal à digérer cette densité de touristes, esquissée à Chang mai (Thaïlande). Mais cette descente du haut Mékong restera pour nous inoubliable. A cet endroit c'est assurément un des plus beaux fleuves du monde. A cette époque de l'année les eaux sont basses et le Mékong serpente entre des formations rocheuses immenses et des plages de sable blanc que surplombent les montagnes environnantes. De temps en temps on aperçoit des villages, maisons en bois et bambou. L'humidité donne à la lumière une teinte jaune orangée...le Mékong est la plus belle route pour Luang Prabang. ![]() Luang Prabang est une ville superbe, classée au patrimoine mondial par l'UNESCO, qui a bénéficié d'importantes restaurations. Elle renferme des temples magnifiques en bois vieux de plusieurs siècles ou règne la douce harmonie du rouge grenat, de l'or et du noir, contraste assez saisissant avec la laideur et le kitch des constructions contemporaines. Le 9 mars nous prenons la route vers le sud. 80 kilomètres et deux cols de près de 20 kilomètres chacun. Très peu de villages et ceux que l'on traverse sont assez désolés. Quelques maisons en bambou, pas une seule gargote. Nous sommes en pays Hmong, pays de montagnes totalement détruites par les brulis pratiques par les paysans. Ces montagnes calcinées à perte de vue, pourtant grandioses, donnent au paysage un air un peu lugubre. Les visages des habitants semblent tristes. Finie la bonne humeur birmane, le sourire des Thaïlandais? La dureté de la vie donne parfois au visage cette pesanteur grave que l'on observe en Inde par exemple. En revanche les enfants sont enjoués et adorables, et ce dans tout le pays. Pas un qui n'agite les mains en nous voyant, en nous lançant des "sabaidi" (bonjour en Lao) aigus et sonore. Nous nous arrêtons le soir à Kioukacham, village situé sur une crête, balayé par le vent. Le lendemain la route longe les crêtes, nous offrant des panoramas parfois époustouflants. Après une ascension de 8 km nous arrivons à Phu Khun, bourg quelconque situé à un croisement. La route est ensuite absolument sublime. Nous descendons au milieu de gigantesques formations karstiques, puissance d'un Grand Canyon et harmonie d'une Baie d'Along au sein de montagnes escarpées. Une des plus belles routes du monde. ![]() Avant d'arriver à Kasi nous croisons les 10 et 11 èmes cyclistes en 2 jours (un Suisse et un Allemand). Nous avons compté: autant en deux jours qu'en un an de voyage! Beaucoup de cyclotouristes débarquent à Bangkok et font un petit tour en Asie du Sud Est, particulièrement le sud de la Thaïlande, le Cambodge et le Laos. Du coup certains ne s'arrêtent même pas pour nous saluer ou s'enquérir de notre route! Après Kasi les paysages sont toujours aussi sublimes jusqu'à Vang Vieng que nous atteignons à midi, petite ville écrasée par la chaleur et saturée de touristes. La pause déjeuner nous suffit amplement. Le soir nous stoppons à Hin Heup, un bel endroit pour se poser. Le village est situé près d'une belle rivière et l'on peut louer des kayaks. Ce n'est pas dans les guides donc pas un touriste. Le lendemain 12 mars nous arrivons à Ventiane, une des plus petites et sympathiques capitales du monde. Nous entrons dans la ville par la route principale. C'est une simple voie et nous sommes juste doublés par quelques mobylettes! Tout se fait à bicyclette. Visiter deux consulats, un magasin de vélo et le marché en une après-midi constitue un record! La promenade le long du Mékong est agréable, on trouve pleins de produits Français et nous avons passé deux jours au Centre Culturel Français à lire et regarder des films de Truffaud ou Chabrol. Ca fait du bien. Les visas cambodgiens et vietnamiens collés sur nos passeports nous pouvons continuer, toujours vers le sud. Partis pour une étape de 90 kms jusque Paksan, celle ci s'avère plus longue que prévue...147 km! Nous avons croisé deux cyclo-voyageurs français bien sympas, Brice et Elise (http://petitshommesdumonde.free.fr). Le lendemain nous continuons sur la même route, la 13 sud qui relie Ventiane au Cambodge. Si la route est bonne, elle est d'une monotonie à toute épreuve. Pour ceux et celles qui connaissent la Guyane c'est du Cayenne-Iracoubo sur des centaines de kilomètres... 90 km après Paksan, à Boke, que nous atteignons en milieu d'après midi, nous bifurquons vers l'ouest pour rejoindre une piste qui longe le Mékong. Cette piste est à priori très peu connue des voyageurs. Elle n'est indiquée que sur la carte Rough Guide qui date de 2006. Nous traversons une forêt sur une piste de latérite, puis un village où les enfants ouvrent de grands yeux en nous voyant. La piste se rétrécit ensuite, sillonne entre les rizières. Après un autre village elle ressemble d'avantage à un chemin. Nous demandons notre route à un homme qui nous répond par des gestes vagues... la boussole indique que nous sommes dans la bonne direction, continuons! Au milieu de la forêt nous tombons sur l'attelage classique des campagnes du Laos, une charrette en bois tirée par un motoculteur. Quand la jeune fille assise dans la charrette se retourne on perçoit dans son regard une certaine frayeur, du style "Mars attack!". Et bien sur au lieu de ralentir, ils accélèrent. On les suit de loin, c'est le meilleur moyen de trouver un village. A la tombée de la nuit on finit enfin par trouver notre fameuse piste. Apres quelques kilomètres nous nous arrêtons dans un hameau, à Nanam, afin d'accéder au Mékong. Au sein du village se trouve un monastère. Pas de moines en vue, et pourtant il semble habité, comme en témoignent les toges oranges négligemment posées sur les balustrades. Avec notre phrase book Lao/English nous demandons à un homme qui tire de l'eau du puit si nous pouvons y passer la nuit. Ca n'a pas l'air de lui poser de problèmes...en fait c'est le voisin. On demande à la maison d'en face ce qu'ils en pensent; c'est l'indifférence polie. Si on apprécie la discrétion sud-asiatique, contraire absolue de l'indiscrétion indienne, cette indifférence est assez déconcertante. Tout le monde a l'air de s'en foutre royalement. Alors que depuis quatre jours tous les villageois croisés sur la route nous saluaient avec de grands sourires, on se dit qu'on n'a pas de bol... Au bout de deux bonnes heures on vient enfin nous dire que nous pouvons nous installer, les moines étant absents. Le lendemain nous parcourons cette piste jusqu'à Thakhek. C'est une piste en latérite de bonne qualité. Pas de trafic, le Mékong de temps à autre sur notre droite, quelques villages tranquilles. La balade est agréable. En revanche il commence à faire très chaud. Arrivés à Thakhek, grosse bourgade aux maisons coloniales, un peu fantomatique et qui nous fait penser à Sinnamary, nous devons rouler plusieurs kilomètres avant d'arriver au centre ville. Toutes les villes au Laos sont ainsi: très étendues, avec un petit centre, parfois symbolique. Le soir la tempête se lève. La saison des pluies aurait elle commencée? Le lendemain le ciel est nuageux et une pluie fine nous arrose durant quelques minutes. Quelques kilomètres plus loin il semble avoir beaucoup plu. La piste devient un véritable bourbier par endroit. Nous avions comme projet initial de passer par les pistes montagneuses du centre-sud, celles qui passe par Muang Phin. Mais ces pistes étant impraticables en saison des pluies nous décidons de continuer le long du Mékong. L'après midi le ciel se dégage et nous nous arrêtons à Kengabao. Nous demandons l'hospitalité à un vieux couple qui tient une petite tea house. Après-midi baignade dans le Mékong. ![]() Le soir Chloé fait le portrait de nos deux hôtes. Papi, un peu bourré, est bien loquace et on a du mal à suivre avec notre pauvre phrase book...il l'est beaucoup moins le lendemain matin! Après Kengabao il n'est pas possible de continuer à longer le Mékong jusque Savannaket. Il faut faire un petit détour mais la piste est excellente. Savannaket est une assez grande ville, agréable avec toutes ses maisons décrêpies. Elle nous fait penser à Saint Laurent du Maroni. C'est amusant toutes ces accointances avec la Guyane (d'autant plus qu'une communauté Hmong du Laos est implantée là-bas, dans les villages de Javouey et de Cacao). Nous nous y reposons une journée avant de reprendre notre fameuse piste. Dans la matinée nous passons à Heuan Hin, vestige d'un temple khmer au bord du Mékong, entouré d'arbres immenses et de vieux frangipaniers. Nous sommes seuls à profiter des lieux d'une grande sérénité. Le soir nous nous arrêtons au village de Thapasoun et nous installons dans une sorte de carbet public prés du Mékong. Sur la rive thaïlandaise il y a une ville assez importante et il ya donc un poste de douanes juste à cote du carbet. Les gens sont plutôt amusés de nous voir nous installer et déballer notre impressionnant barda. Les matelas, casseroles et réchaud font toujours impression! Le lendemain impossible de trouver notre piste. Après avoir un peu tourné et demandé notre chemin à plusieurs reprises nous croisons quelqu'un qui parle anglais. En fait nous sommes dans un cul de sac. La piste n'existe plus et nous devons retourner à Paxxong sur la route 13S, un détour de plus de 50 km. Nous retrouvons sans plaisir le goudron. Etape marathon de 132 km jusque Napong où nous demandons l'hospitalité au monastère. Hormis dans les montagnes, le Laos est comme la Birmanie parsemé de monastères. On y trouve à coup sur un toit, une natte, des sanitaires, et l'ambiance zen du bouddhisme. Le lendemain direction l'Est, la piste qui mène à Salavan. Nous devons la partager pendant la matinée avec des camions qui sortent d'on ne sait où, soulevant derrière eux des nuages de poussière. Le paysage alterne entre de belles rizières vert fluorescent avec en arrière plan de belles montagnes boisées, ou bien des brûlis écrasés par le soleil. Au marché de salavan débarquent tous les paysans des villages environnants. Il débute tôt le matin et termine tard le soir. En plus des brochettes de crapauds vous pouvez tester les brochettes de grillons: une quinzaine de gros insectes empalés et toujours vivants... Pour atteindre Tat Lo, joli village en contrebas de chutes d'eau, il faut grimper les contreforts du plateau des Boloven. C'est là que nous avons décidé de tester un nouveau moyen de transport, l'éléphant! Expérience extraordinaire que de sillonner la forêt et traverser les rivières juchés sur les pachydermes. ![]() La route qui continue vers Pakse est une belle route de montagne relativement facile qui plonge ensuite sur le Mékong. De Pakse trente kilomètres seulement nous séparent de Champasak. Ancienne capitale khmer et ville importante sous la colonisation, elle est merveilleusement située, étendue du nord au sud entre le Mékong et les montagnes. Au sud de celle ci se trouve le Vat Phu, vestige khmer de la période pré-Angkor (9eme siècle). Si le site est beaucoup moins important qu'Angkor au Cambodge, le décor donne au temple une atmosphère envoutante. ![]() Les vestiges les plus anciens étaient dédiés à la trinité Hindou, Vishnou, Bhrama et Shiva. L'influence de l'Inde a été considérable en Asie du sud est, plus exactement en Birmanie, en Thailande, au Laos et au Cambodge. De l'autre coté de la cordillère Annamitique, la culture Vietnamienne a d'avantage été influencée par la Chine. Le bouddhisme est né en Inde et le Petit Véhicule, le bouddhisme Theravada s'est propagé en Asie du Sud Est via Ceylan (le Sri Lanka). Les textes traditionnels sacrés qui sont toujours psalmodiés dans les pays désertiques sont principalement rédigés en Pali, langue dérivée du Sanskrit. Les langues thaï, lao et khmer viennent du Sanskrit et du Pali, et les systèmes d'écriture d'Inde du sud. Et bien avant l'avènement du bouddhisme on rendait un culte aux dieux hindous (jusqu'en Malaisie et en Indonésie). Actuellement on retrouve cette influence indienne avec par exemple des représentations de Ganesh, le dieu à tête d'éléphant, sur des monastères lao relativement récents. L'influence grecque sur la statuaire bouddhique primitive due aux conquêtes d'Alexandre le Grand qui l'ont mené jusqu'aux rives de l'Indus, cette influence indienne sur pratiquement toute l'Asie du Sud Est...la route vers l'est est de loin la plus pertinente pour percevoir tous ces échanges qui ont façonné le monde antique. Babylone, Angkor, Merv, Samarcande..."le centre du monde" est en perpétuel déplacement, mais de tous temps il a émergé grâce à l'apport, à la captation de cultures parfois lointaines. Les routes, au sens large du terme, sont donc le symbole même de la richesse d'une civilisation. Nous quittons Champasak et son ambiance sympathique le 27 mars pour l'île de Don Kong, tout au sud. Plus de 100 km sur cette route monotone. Sur la fin chaque kilomètre est de plus en plus pesant. Malgré tout nous avons la joie de croiser un convoi de trois éléphants énormes et magnifiques, chacun monté par son cornac, petit être posé sur sa tête! On ne se lasse pas d'un tel spectacle. ![]() Autre événement moins marrant c'est une mauvaise chute de Chloé. Plus de peur que de mal mais tout de même une bonne abrasion cutanée et un ongle à moitié arraché. Pendant que je lui fais son pansement au bord de la route un petit attroupement se constitue. Les gens nous touchent par leur grande sollicitude. Nous arrivons donc en fin d'après midi sur ce qui est la plus grande île de "Si Phan Don", qui signifie quatre mille îles. Le Mékong est très large à cet endroit, et particulièrement à cette époque de l'année, son lit est constellé d'une multitude d'îles et d'îlots. Nous nous baladons sur l'île le lendemain. Dans un hameau au bord du Mékong, nous entendons psalmodier des textes en Pali. C'est la fête annuelle du monastère. Une centaine de personnes assises avec des bâtons d'encens et des bougies entourent une sorte de cabine en bois sculptée, colorée et décorée de fleurs, ou est enfermé un moine qui chante les textes sacrés gravés sur des lamelles de bois. Comme le chant du muezzin (quand il est de qualité, ce qui n'est pas toujours le cas, loin de là!), ces récitations faites sur un ton particulier, lié entre autre à la musicalité du Pali, ont un coté mystique et envoûtant. Nul besoin de comprendre les paroles, il suffit de se laisser porter. Ce qu'il y a d'agréable avec les Bouddhistes, comme avec les Hindouistes et les peuples animistes, c'est l'absence totale de prosélytisme et leur grande tolérance. Nous sommes dans un autre système, voilà tout. Notre dernière étape au Laos nous mène aux chutes d'eau de Khong Phapheng, toujours sur le Mékong, trente kilomètres au sud de Dong Kong. Les chutes sont impressionnantes et le site agréable. On y passe la journée avant de franchir les dix kilomètres qui nous séparent du Cambodge le lendemain, vendredi 30 mars. |