Bicyclettes Nomades

Maroc

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)



22 avril 2008. Nous regardons notre camion rouge s'éloigner, nos affaires en vrac autour de nos vélos sur un trottoir de Gulmim. Le paysage est encore bien arride autour de cette petite ville rose mais le Sahara Occidental est derrière nous et nous prenons le pouls du Maroc. Pour nous, Gulmim, ancienne étape importante pour les caravanes de dromadaires qui allaient à Mogador, c'est bien plus l'Europe que l'Afrique.
L'ambiance est paisible, les terrasses des cafés pleines des hommes en burnou, leurs mains burinées posées devant leur verre de thé à la menthe ou le café au lait. Et puis on y mange bien, comme partout au Maroc.
Le lendemain nous longeons des gorges et grimpons les collines sèches plantées d'oliviers qui nous séparent de l'Atlantique. Mon pneu avant est prêt à se déchirer (il aura fait la route depuis Johannesbourg !) et c'est avec soulagement que l'on atteint la ville. Sidi Ifni, ancienne ville espagnole, domine la mer, éperon blanc aux rues rectilignes et dénudées. Après une journée de repos nous remontons sur Mirleft le long d'une superbe route qui longe la côte sauvage aux montagnes pelées par le vent. Mirleft vaut le détour pour sa plage, superbe petite anse serties de falaises.
 


 


Nous discutons avec de jeunes berbères du village. La vie n'est pas facile pour eux: difficultés à trouver du travail, salaires très bas (voir inexistant !). Sur la côte l'immobilier explose. A Mirleft ce sont les français qui investissent, commme à Essaouira plus au nord. Les marocains ne peuvent plus habiter dans ces endroits ou les prix de l'immobiliers atteignent désormais les prix européens, c'est à dire une fortune !
Nous longeons la mer jusque Aglou, futur station balnéaire pour touristes, et continuons jusque Tiznit. C'est notre première ville importante et nous sommes sidéré par le côté absolument clean: pas un papier gras par terre, y compris dans la médina ! Le lendemain nous sommes à Agadir, archétype du tourisme de masse qui y débarque pour la plage et le soleil. La ville a été rasée par un tremblement de terre en 1961 et tout est donc moderne et aseptisé.On y passe quand même une journée car la jante arrière du vélo de Chloé, d'origine, se fissure. Nous y rencontrons Laagil, la cinquantaine. Il a vécu 18 ans en France dont deux ans en Bretagne. Il travaillait au début à Paris, il s'occupait du merchandising d'Elsa et d'Herbert Leonard (!). Au chomage, il s'est ensuite tourné vers la communauté d'Emmaüs avec laquelle il est resté dix ans.   
Fils unique il est revenu au Maroc l'année dernière pour s'occuper de sa mère qui vit au village. Alors il cherche du boulot. Il vit dans un squat à Agadir. Il a travaillé deux semaines le mois dernier, mais on l'a congédié sans le payer. Pour trouver du travail dans un hôtel il faut du piston, ou donner un backchich, c'est a dire payer pour qu'on lui donne un travail! Le Maroc progresse, c'est un immense chantier, les résidences de luxe poussent un peu partout sur la côte, on vient d'inaugurer un magasin Dior à Casablanca. Derriere les belles vitrines les gens galèrent. Et on ne parle pas des petits villages berbères des montagnes. Comme partout  ailleurs  le monde se construit  sur un mode à deux vitesses: des riches qui s'enrichissent et des pauvres qui ramassent les miettes.
 
Nous quittons Agadir le 29 avril pour Essaouira que l'on atteint le lendemain. Entre temps nous faisons étape dans un bled, Tamanar. A la sortie du village il y a un campement avec plusieurs tentes qui abritent des ouvriers. On leur demande l'autorisation de se joindre à eux pour la nuit. Tout le monde se met en quatre pour nous installer, mais selon les voeux du vieux chef (qui n'a pas l'air très aimé), c'est a dire un peu a l'exterieur sur un sol jonché de petits cailloux. C'est Nourdine qui fait l'intermédiaire, un jeune qui a tenté l'experience migratoire en Espagne. Il n'y est resté que quelques jours, le temps de se faire contrôler par la police. Il ne connait que cinq mots d'espagnol: familia, passaporte, bueno, comida, amigo.
Les combinaisons sont quelque peu limitées mais on arrive a converser.  Ils sont une trentaine d'ouvriers à travailler sur l'installation de lignes téléphoniques souterraines. Pas de machines ni de pelleteuses. Le fossé est creusé dans le sol dur et caillouteux à la pioche. Lever à cinq heures du matin, retour à 18 heures pour dormir à trois serrés dans une tente. Ils travaillent deux semaines d'affilée et retournent  deux ou trois jours dans leurs familles.
Le lendemain c'est au prix d'une véritable lutte contre le vent que nous atteignons péniblement, à cinq kilomètres heures et deux creuvaisons, Essaouira.
Essaouira, paradis des véliplanchistes, ancienne Mogador deveue repère de hippies dans les années 70 après le passage de Jimmy Hendrix, ville blanche fortifiée sous le vent et contre les vagues qui partent à l'assaut des rochers. C'est un peu un St Malo marocain avec pleins de touristes qui déambulent dans les deux rues principales dont une que l'on pourrait appeler Babouches street. Le port est très coloré avec pleins de petits chalutiers et une myriade de barques, toutes du même bleu: image superbe avec la ville en arrière fond (malheureusement notre appareil photo numerique nous a lâché quelques jours auparavant, pas beaucoup de photos donc). Ici aussi les Francais ont investi le marché immobilier. La spéculation immobilières chasse les Marocains des centres historiques. Ils vont s'installer dans les nouvelles barres d'immeubles construites en périphérie pendant que nos papyboomers s'installent dans les belles maisons.
Nous paressons quatre jours dans cette ville qui nous plait bien. Quand nous reprenons la route le vent souffle de plus belle et prenons donc un bus qui nous dépose à El Jadida. Le six mai nous rejoignons Casablanca. On traverse d'abord les quartiers chics avec ses immeubles immenses, boutiques et hôtels de luxe. Après quelques kilomètres nous atteignons les quartiers populaires. On nous indique un endroit ou trouver un hôtel pas cher. On se retrouve alors dans la médina, le vrai quartier bohême comme on l'imagine avec son entrelac de ruelles, ses petits quartiers populaires, ses vendeurs de shit au grand jour, ses marins. On adore l'ambiance; c'est pour ces endroits qu'on voyage.
Le lendemain nous sommes a Rabat ou nous retrouvons la tante de Chloé, Christiane, et sa fille Mounia, qui résident au Maroc depuis des années. Nous commencons ainsi la série des retrouvailles puisque deux jours plus tard nous rejoignons Marrakesh en train pour passer quelques jours avec des amis. Marrakesh n'a pas changé. c'est toujours la même usine à touristes. Une journée suffit à en faire le tour et nous avons passé du coup deux jours à la montagne, à Imlil. Superbes petits villages dans des vallées encaissées et boisées, souvenirs du Pakistan pour nous, de l'Afganisthan pour notre copain.
 




 Retour a rabat le 13 mai pour assister à un concert d'Habib Koité, guitariste et chanteur malien d'exception. Nous reprenons la route sous un ciel nuageux le 15. Le 16 nous dormons à Ouezzane, charmante petite ville au pied des montagnes du Rift.
Le lendemain nous grimpons jusque Chefchaouen par une route magnifique. Chefchaouen est une ville bleue et blanche, dans la médina on a parfois l'impression de marcher a l'interieur d'un glacier. J'y avais séjourné il y a neuf ans de cela. Il y avait un café sur la place principale où on discutait avec les marocains. Les quelques pensions étaient pleines d'Epagnols  qui jouaient de la guiare et fumaient des pétards, histoire de tester la marchandise qu'on achetait en gros dans ce qui était la ville du hashish. Arrivés sur la place je n'ai pas reconnu les lieux: d'immenses terrasses de restaurants alternent avec des boutiques de souvenirs ou déambulent des touristes de tous âges. Ici aussi l'immobilier a explosé en dix ans. Il parait qu'une maison qui valait 5000 euros en vaut aujourd'hui 100 000. Chefchaouen a perdu sa magie. Un endroit de plus a rayer de sa carte... 
 


 
Le 19 nous sommes à Tétouan, ville blanche avec une immense médina et une nouvelle ville qui évoque l'Andalousie. On a beaucoup aimé.
Le lendemain nous sommes à Tanger, la ville des trafics, de William Burrough, la porte d'entrée de l'Afrique, un mythe. C'est avec émotion que tout à coup je réalise que ce que je distingue à l'horizon quand, après avoir monté une rue, nous nous retrouvons au dessus du port, c'est l'Europe. Si proche, et si lointaine pour tous ces candidats à l'émigration, l'Eldorado que l'on contemple assis sur un trottoir de Tanger. On se promène sur le port, dans la médina, on profite de nos derniers moments marocains.
Le 21 mai le bateau nous emmène à Tarifa. Ca va, comme bien souvent quand on prend son temps, la transition est douce... mais dis donc Chloé,  c'est quoi tous ces obèses et ces chiens en laisse ?!