Bicyclettes Nomades

Mauritanie

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)


17 avril 2008, 18 heure. Encore une frontière. Mais ça faisait longtemps, depuis notre arrivée en Afrique du Sud en fait, que nous n'avions pas connu l'excitation de la découverte d'un autre monde. Nos premiers pas mauritaniens à Rosso sont un retour dans le monde arabe. Enfin plus exactement une amorce de retour car l'Afrique noire est tout de même encore présente. Les Maures au teint clairs portent tous d'amples boubous brodés ainsi que le cheich, indispensable pour se protéger du sable, fine poussière charriée par l'harmattan. En cette fin d'après midi dans les rues sableuses et crades de cette ville frontière, avec ces silhouettes de romans et ces gueules burinées taillées au couteau nous avons un peu l'impression de nous retrouver dans un récit de Montfreid et on adore ça.
Après une bonne nuit dans un hôtel miteux nous prenons la route aux aurores, direction le nord, objectif Nouakchott à 208 km. La route est vallonnée, 500 mètres de montée dans un décor de dunes de sable ocre ou orange, puis on descend dans un ancien lit de rivière où le sable est presque noir, et où vivent des gens sous de grandes tentes ou dans de petites maisons rudimentaires. L'après midi la végétation se raréfie et on se retrouve en plein désert. On traverse tout de même régulièrement des villages ou hameaux avec une petite épicerie et tout autour le néant saharien. De quoi vivent ils ?...



Nous arrivons à Tiguent le soir, seule ville avant Nouakchott, et, heureux hasard, situé à peu près à mi chemin. En fait ça n'est qu'une grosse bourgade. A la sortie du bled un homme nous fait signe d'une grande tente. C'est le bon côté de la Mauritanie pour les voyageurs: très régulièrement on trouve au bord de la route de grandes tentes maures qui font restaurent, et pour un plat à prix modique on peut dormir sous la tente gratis avec en prime le thé. Parfait quoi ! Les gens sont bien sympas et malgré le bruit on s'endort comme des souches.
Le lendemain la journée est beaucoup plus dure. Un fort vent de 3/4 face souffle en permanence. Nous nous relayons tous les quatre kilomètres pour parcourir ces 108 kilomètres qui nous séparent de Nouakchott. Il y a beaucoup moins de villages et absolument aucune végétation. Nous croisons régulièrement des dromadaires et j'ai d'ailleurs failli en percuter un qui, m'ayant vu au dernier moment, a fait une petite glissade assez comique sur l'asphalte pour m'éviter.



Nous arrivons couvert de sable et crevés à Nouakchott le vendredi 18 en fin d'après midi. Les Mauritaniens vivent à l'heure islamique, nous sommes donc en week-end et la ville parait assez morte. On s'installe à l'auberge Menara, rendez vous sympathique de routards dans cette ville étape incontournable. Des punks en camions ou un couple de restaurateurs français à la retraite tombés amoureux du Burkina qui descendent vers le Sénégal, une routarde allemande qui remonte, un anglais fou (dans le sens médical du terme) qui traverserait le désert avec son dromadaire et son chien, un médecin marseillais à la retraite qui travaille pour médecin du monde, un Tchèque étudiant l'histoire du monde arabe, parlant Farsi et arabe couramment, et a qui les Etats Unis ont proposé de travailler pour eux en tant qu'espion (il a refusé, sinon on ne l'aurait pas su...); on ne s'ennuie pas.

1 800 kilomètres nous sépare de Guelmim, la porte du désert du Sud Maroc et on est bien décidé à ne pas les faire en vélo ! Le désert c'est sympa mais à vélo deux jours en gros ça nous suffit, et puis surtout il y a ce vent du nord qui transforme ce périple en épopée dantesque.
Nous recherchons donc un camion marocain qui pourrait nous remonter vers le nord. Une route goudronnée a récemment été ouverte entre Nouakchott et Nouadibhou et il y a pleins de camions marocains qui descendent vendre des fruits et légumes en Mauritanie pour rentrer chez eux à vide. Transporter des passagers est une histoire bien rodée, il y a même un tarif "officiel": 800 Dirhams par personne (70 euros) jusque Agadir.

Nous quittons Nouakchott, ville assez quelconque, le dimanche 20 avril en fin de journée. Notre camion est beau comme tout et notre chauffeur, bien sympa et qui rigole tout le temps, ressemble à Frédéric François. On se prépare à un chouette voyage. Mais dix minutes avant de partir, un rustre me pousse pour monter dans la cabine à côté de moi en intimant à Chloé de se plier dans la cabine derrière les sièges. Le français est à la limite du compréhensible mais le ton sans équivoque. Apparemment c'est le patron, un gros rustre à l'haleine fétide, mélange de Galabru et de Jacques Attali (là je compte sur votre imagination).
48 heures assis entre un rustre, obsédé sexuel sur les bords en plus, et Frédéric François. Un must.

La route entre Nouakchott et Nouadibhou est très peu habitée mais assez fréquentée alors que nous roulons de nuit tous les 90/100 km il y a des petits restaurants. Nous nous arrêtons dans l'un de et dormons quelques heures. Nous sommes à la frontière marocaine vers 10 heure le lendemain matin. Après avoir traversé le no man's land de cinq kilomètres nous sommes au poste marocain. Il faut attendre plus de deux heures pour que la fouille de notre camion soit effectuée. Les douaniers sont pointilleux et utilisent des chiens. Ils recherchent des armes (la situation est un petit peu tendue en Mauritanie avec Al Qaida) et de la cocaïne puisque l'axe Dakar-Tanger est une nouvelle route pour approvisionner l'Europe en cocaïne colombienne.
Premier arrêt côté marocain dans une station service pour manger. C'est tout propre et moderne et on mange une délicieuse tajine pour 2 euros. On sait manger au Maroc et ça fait du bien.



A part ça on roule dans le désert, qui d'ailleurs n'est pas le superbe désert de carte postale avec ses belles dunes mais plutôt d'immenses étendues pierreuses. A ma gauche Frédéric rigole, à ma droite j'essaie de comprendre la significations des propos obscures de Michel (qui a pourtant vécu en France), qui pue de la gueule et qui frappe des mains pas du tout en rythme et à deux centimètres de mes oreilles quand le chauffeur a le malheur de mettre un cd de musique orientale sirupeuse, le volume à fond évidemment.

Quelques beaux paysages tout de même, notamment la côte vers Tarfaya et les oueds aux allures de canyons entre Tan Tan et Guelmim. On y croise quelques camping-cars français, énormes blocs de plastique blanc immondes posés sur des roues de Twingo, avec des petits vieux bien de chez nous venus garder leurs vertèbres au chaud pendant la fraîcheur du printemps européen.

La délivrance vient à 13 heure ce mardi 22 avril. Le camion et nos copains nous laissent sur un trottoir de Guelmim, la porte du Maroc pour nous.