Bicyclettes Nomades

Le Mozambique

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 


8 decembre 2007, entree au Mozambique sous un crachin tenace. On ne controle pas nos bagages et nous nous elancons vers la capitale, Maputo, qui se trouve au bord de la mer ( et la frontiere est a environ 1000 metres d'altitude). Grosses pluies d'orage tout l'apres midi, les petites vendeuses de fruits au bord de la route rigolent et nous invitent a nous abriter. Quelques bidonvilles a l'entree de Maputo, des gamins qui se baignent et jouent dans les immenses flaques d'eau, puis la ville proprement dite avec ses tours et une architecture typique des pays de l'ex Union Sovietique. Nous nous installons dans une des rares Guest House pour "backpackers", veritable usine a touristes, faussement cool avec son bar et sa cuisine commune, ou l'on s'entasse dans des dortoirs minuscules a 10 dollars par personne la nuit. Nous sommes en plein rush sud africain (c'est leurs vacances d'ete) et heureusement les journees suivantes sont ensoleillees, nous permettant de profiter de la ville et ses bords de mer, de trainer a l'alliance francaise et de passer le minimum de temps a l'hotel.
 


 
Maputo est une etape obligee car nous y demandons nos visas tanzaniens. Une fois obtenus, nous prenons la route. Nous allons remonter tout le Mozambique jusqu'a Mocimboa Da Praia, derniere ville au nord avant la Tanzanie.
 
La route de Maputo a Vilanculos est bien asphaltee et la region habitee. Nous nous ravitaillons sans probleme, pouvons nous desalterer avec des boissons fraiches (il fait tres chaud) et nous commencons a nous habituer a ce petit rythme tranquille. La plupart du temps c'est plat, les gens sont reellement charmants et nous saluent avec de grands sourires et gestes expressifs. Nous sommes en permanance depasses par des 4X4 sud africains en route pour la cote, et sommes frappes de les voir se deplacer en groupe et enormement charges: au minimum, une remorque que l'on imagine pleine de victuailles, et au maximum deux remorques, l'une avec des bateaux flambants neufs, l'autre avec les quads et scooters des mer. Un tel etalage de richesses nous donnent des hauts le coeur, mais les Mozambicains ne semblent pas s'en choquer et ne nous demandent pas d'argent, alors qu'ils vivent dans leurs petites cases. Le soir, nous trouvons parfois une petite pension locale, sinon nous plantons la tente chez des gens. Un soir, installes chez un commercant musulman fort sympathique, un blanc, la quarantaine, grand et maigre, le teint gris d'abus d'alcool et de cigarettes, vient nous saluer. Il est Sud Africain et nous explique qu'il a une petite pension en face, qu'elle n'est pas encore ouverte et il nous invite a boire un verre. Son bar pension est installe dans une vieille demeure coloniale que le gouvernement lui a cede, et qu'il a entierement renovee. En fait, il n'a pas eu le choix pour installer son hotel,  gouvernement lui a egalement impose un coin "lodge" alors qu'il voulait annexer une petite boutique. Aujourd'hui, tout est pret, mais l'autorisation d'ouverture tarde a arriver. La femme qui travaille au ministere du tourisme a recu un bakshich d'un Sud Africain qui voit d'un mauvais oeil la concurrence... Sombres histoires de corruption. Alors que nous discutons, la dite femme debarque. Il est 20 heures et sa visite est surprenante. D'apres notre hote, elle commence a avoir peur  de perdre son poste, car lui meme a denonce sa conduite aupres du gouvernement. Tout a coup, elle declare qu'il faut carreler toutes les pieces et disparait dans son 4X4... Notre ami est desespere, d'autant plus que la saison touristique est bien commencee.
 
Nous  continuons notre route pour arriver a Inhambane, ancienne ville coloniale au bord de la mer et distante de 20 km de la plage de Tofo, un des spots connus de la cote. La ville a un charme suranne avec ses vieilles maisons coloniales, mais la plupart sont abandonnees. Seuls quelques batiments administratifs et quelques boutiques les ont investies. Comme souvent au Mozambique, la vie n'est pas dans ces vieilles villes, mais en peripherie, la ou les gens ont installe leurs petites cases. La bas, l'animation bat son plein, le marche est bruyant. Dans la ville, c'est l'atmosphere d'un dimanche sans fin et toujours renouvele. Seuls bruits, la cloche de la vieille cathedrale et l'appel a la priere de l'imam. Nous passons une journee a Tofo, celebre pour ses sites de plongee. Nous nous baignons dans les eaux chaudes et transparentes de l'Ocean Indien, ca change du velo.
 
Le lendemain, la pluie tombe sans discontinuer. Nous prenons un petit bateau pour traverver un bras de mer. Le premier soir nous inaugurons une longue serie de squatt des ecoles mozambicaines, et il est remarquable de voir toutes ces ecoles de villages, recentes, presentes jusque tres au nord du pays, pourtant par bien des aspects delaisse. Nous nous arretons ensuite a la "Pousada Do Motorista", qui fait egalement office de station service. Elle est tenue par un vieux couple de Portugais. La femme se prend de sympathie pour nous et nous offre une chambre pour la nuit. Plus tard, je lui propose de la dessiner, ce qui l'enchante reellement. Elle se met alors a m'ecrire une longue lettre, me souhaitant d'aller toujours avec Dieu et Jesus, m'offre un napperon qu'elle a brode et nous fait apporter le repas du soir. Elle est vraiment adorable. Nous apercevons plus rarement son mari, un petit bedonnant coiffe d'un faux steatson en tissu leopard et dur d'oreille. Nous les quittons en les remerciant chaleureusement de leur accueil et continuons la route vers Vilanculos, dernier point touristique pour les Sud Africains. Le ciel est encore bien charge et cette petite station balneaire ou les ordures s'accumulent a l'entree de la ville, a l'hopital ou sont installees des tentes du HCR, au marche un peu triste et mal approvisionne en fruits et legumes,  installee face a un archipel magnifique (surement, mais nous n'y sommes pas alles) ou les lodges demandent 400 dollars la nuit, nous a laisse un pietre souvenir. Nous decidons de prendre des le lendemain un bus pour Beira, saut de 400 km pour essayer de fuir les pluies et s'avancer un peu dans ce vaste pays. Depart annonce a 4h30 du matin, soit une heure avant le lever du soleil (c'est une des etranges coutumes du Mozambique), sous une pluie torrentielle. Le minibus traine une carriole ou s'accumulent les nombreux bagages des passagers. A l'interieur,les gens sont mecontents et tout le monde s'y met de son petit discours. Nous ne comprenons pas tout, mais globalement tous se liguent contre le vendeur de tickets qui voudrait installer bien plus de passagers que de places disponibles. Avant le depart, une chevre est vaguement attachee au dessus de nos velos. Nous nous retournons anxieusement regulierement pour nous enquerir de celle ci, et apres une demi heure, elle pendouille le long de la remorque. Nous faisons arreter le bus... mais c'est rebelotte un peu plus tard. Finalement ils se decident a l'attacher convenablement. Triste spectacle.
 
Beira ne nous laisse pas non plus un tres bon souvenir. Nous n'y restons qu'un apres midi, et n'allons pas visiter les bords de mer (peut etre ca vaut le coup?) mais nous y sentons toute la misere urbaine, des gens en haillons fouillent dans les poubelles, des enfants abandonnes a leur sort, des vendeurs qui n'ont parfois qu'une paire de chaussures a proposer. Notre hotel, quant a lui, est sordide. La reception est installee derriere un bar ou les hommes sont deja alcoolises dans l'apres midi, accompagnes de prostituees, sur fond de musique criarde. Et ce n'est pas un hotel bon marche (d'ailleurs tout est assez cher au Mozambique, alors que les gens ne gagnent que tres peu d'argent). Apres avoir sillonne une bonne partie de l'Asie et de l'Amerique du Sud, nous sommes assez sideres, ce pays semble presqu'en dehors de tout progres, et pourtant bien present au XXIeme siecle. Nous sommes bien loin du bouillonnement asiatique, et, a cote, meme la Bolivie nous semble prospere. Nous repensons a ces marches de l'Altiplano ou l'on trouve sans problemes les fruits et legumes produits dans le reste du pays. Un vent de desillusion commence a souffler chez les bicyclettesnomades, et, comble de malchance, notre rechaud, si precieux ici ou l'on ne trouve jamais aucune gargotte bon marche, nous fait des miseres.
 
Sous un ciel plus clement nous nous engageons sur la route nationale 213 qui, a notre grande surprise, n'est qu'une piste minuscule recouverte en grande partie de sable. Apres ces derniers jours pluvieux, la piste est bien lourde, mais ce n'est pas grave car un peu d'aventure nous regonfle le moral. Nous croisons beaucoup de cyclistes, et a partir de maintenant ces hommes vont faire partie de notre environnement quotidien. Ils vont, avec leurs  sacs de charbons ou de poissons, parfois de fruits, vendre leur chargement a la ville. Les couleurs sont magnifiques: piste ocre, ciel bleu ardoise, foret vert fluo.
 
Les villages se font plus rares et nous devons nous approvisionner a l'avance en eau des qu'on apercoit une pompe. Finis les robinets, le dernier en etat de fonctionner, nous l'avons eu a Beira. Puis, rien jusqu'a la Tanzanie, pourtant encore bien loin (ils existent mais ne marchent jamais, vestiges d'une epoque plus prospere).
Sur la carte, nous avons repere un village, Semacueza, ou faire etape. La piste longe l'ancienne voie de chemin de fer de l'epoque coloniale, et Semacueza etait une gare. Nous arrivons a un hameau et demandons confirmation aux gens que nous apercevons. Oui, c'est bien la. L'ancien batiment de gare est pret a s'effondrer. Quelques familles y vivent. Dans un coin, des femmes avec les enfants et des chiens galeux. Nous demandons a parler au chef du village. Il arrive bientot, suivi de quelques hommes et nous nous installons en cercle sur des buches et des vieux pneus. Notre presence n'est pas facile a gerer pour eux, mais finalement ils nous offrent un coin pour poser la tente. Leur probleme, c'est notre securite. Ils designent un type pour nous veiller toute la nuit. Nous avons beau expliquer que nous ne voulons pas deranger, que par ici nous ne craignons rien, etant tres proches des cases, rien n'y fait. En Afrique, il faut toujours un gardien, c'est comme ca. Le village est extremement pauvre. Les maisons sont fabriquees a partir d'un treillis de branches d'environ 5 cm de diametre, dont les trous sont combles d'un peu de terre (rare car ici c'est surtout du sable) et de pierres. Dans certaines, il y a surtout des trous. Toits en chaume, vaguement repares ca et la par des baches en plastique. Pour l'eau, il faut aller a la riviere, dix minutes a pied pour de l'eau trouble. Et en saison seche, c'est plusieurs heures de marche. Les hommes produisent du charbon, qu'ils vendent ensuite aux rares vehicules qui passent, ou qu'ils partent vendre avec leur velo. Pas d'agriculture par ici. A cette epoque, il y a beaucoup de mangues et c'est la nourriture principale, avec, le soir, la bouillie de mil.
Nous offrons un paquet de gateaux au chef, il les distribue entre les hommes et en laisse 3 pour les femmes et les enfants. Plus tard, nous offrons de l'alcool et des cigarettes a ceux qui gardent notre tente. C'est surtout ce genre de cadeaux qui leur plait! Nous arrivons plus ou moins a discuter en portugais. Les hommes nous expliquent que pendant la guerre les combats etaient tres durs par ici et qu'ils ont du fuir vers les villes. Apres avoir chasse les Portugais en 1975, le Mozambique independant a ete gouverne par un mouvement socialiste, qui n'a pas vraiment plu a ses voisins du Zimbabwe et d'Afrique du Sud. Ces derniers ont alors arme un parti d'extreme droite, et le Mozambique a sombre dans 17 ans de guerre civile. Sur le plan economique, il ne se remet que tres progressivement.
 
Nous quittons le village au petit matin. Rares vehicules sur cette piste, seuls quelques cyclistes et des familles de babouins qui fuient en nous apercevant. Nous arrivons le soir a Condue, apres une etape encore harassante sous un soleil de plomb, et nous decouvrons avec etonnement  un bar epicerie tenu par un homme de Beira. Il a installe un petit groupe electrogene, et dans le frigo les boissons sont fraiches. Il nous file une petite chambre pour la nuit et de l'eau a volonte pour nous laver. Un petit coin de paradis dans cette brousse! Ca nous regenere avant de reattaquer le lendemain matin. La piste est tres sableuse et nous devons regulierement pousser nos velos. Nous sommes environnes de mouches tse-tse qui nous piquent, et, dans la foret resonnent les hurlements des singes... Nous ne depasserons pas la premiere ville atteinte, apres 40 km, nous sommes fatigues et le prochain village est distant de trente de plus. C'est le 24 decembre. Le petit hotel ou nous dormons fait egalement bar et dancing et la fete dure une bonne partie de la nuit. En boucle sont recyclees les cinq chansons de l'unique disque disponible et le son, pousse au maximun, gresille.
Finalement le lendemain la piste est meilleure, les dameuses sont passes par la et nous filons. Nous lancons des "Boa Festa" a tous les gens que nous croisons et ils nous repondent "Obrigado" (merci). Trois grosses antilopes traversent a cinq metres de nous et les mouches tese-tse ont laisse place a des nuages de papillons. Nous rejoignons l'asphalte et passons l'apres midi et la nuit dans le dernier village avant le fleuve Zambeze. Nous le passons le jour suivant en bac (le pont est en construction) et sommes heureux d'etre a velo tant la file de vehicules est impressionnante. Le fleuve coupe reellement le pays en deux, et cela explique en partie l'enclavement du nord.
Nous traversons ensuite une jolie region vallonnee, avec ses petites cases entourees de baobabs majestueux et de plans de mais. Nous rejoignons Quelimane en deux jours,  ville tranquille en bord de fleuve. La region produit des ananas. Mais, si ici les marches en sont encombres, il est impossible d'en trouver 200 km plus loin. L'agriculture est des plus basiques, les parcelles sont le plus souvent familiales et minuscules, et labourees a la main, travail penible et epuisant. Nous n'avons vu aucune charrues a boeufs dans tout le pays. C'est plus une agriculture de subsistance. Les marches sont tres mal approvisionnes, et plus on va vers le nord, plus le choix est reduit: riz, oignons, patates et poisson seche, c'est tout. Ah oui, j'oublie le fameux concentre de tomate produit en Italie qui, lui, est bien distribue. Au prix ou il est vendu les ramasseurs de tomates (souvent d'ailleurs des clandestins) ne doivent pas etre cher payes. Ironie de la mondialisation. Nous comprenons qu'il faut faire ses courses sur la route, les familles y vendant leur maigre production. Ce qui est dommage c'est que chaque produit est concentre dans un endroit bien precis et devient rare apres.
 
Nous rejoignons Nampula, la troisieme ville du pays en cinq etapes. Nous dormons dans des ecoles ou des petites pensions. L'eau commence a poser probleme car peu de villages ont des pompes, nous devons faire des reserves, sinon, c'est l'eau des rivieres, assez sale a cause des pluies. Nous entrons dans une superbe region montagneuse avec des pains de sucre qui surgissent ca et la. Les ciels sont incroyables, c'est vraiment un des souvenirs forts du Mozambique. La visibilite semble infinie, nous voyons la pluie tomber en des points tres precis, et parfois ces nuages sont si fins que l'on devine le paysage a l'arriere.
 

 
Evidemment, de violentes averses tombent egalement sur nous. Les etapes sont difficiles car ca grimpe, mais la bonne nouvelle c'est que mon genou tient le choc. Je ne ressens plus aucune douleur. Dans certains villages les enfants s'enfuient en courant en nous apercevant. A nos pauses, des nuees de gamins et d'adolescents nous encerclent et nous observent, ce qui nous fait fuir. Lors d'un pique nique, des enfants caches dans un arbre nous regardent. Je m'approche pour leur offrir des biscuits mais ils deguerpissent un peu plus loin. J'en interpele un et lui explique mes intentions. Il me regarde d'un air craintif et me lance "Dechalo" (Laisse le)! Mais voyant que je repars avec mon tresor, ils se montrent un peu plus courageux.
Les gens commencent a nous demander de l'argent de facon reguliere, specialement les hommes qui nous demandent carrement de leur acheter des bieres ou de l'alcool. Il est vrai que tous ces extras coutent cher ici. Il n'y a pas d'alcool artisanal, ni meme de petits jus de fruits ou boissons locales, seuls des sodas, biere et alcool manufactures. Pas non plus de petits vendeurs de glaces. Seuls quelques beignets. Nous n'avons encore jamais vu cela. La biere coute un euro, ce qui est evidemment beaucoup. Le jour de l'an, les sollicitations sont incessantes. Apres le Boa Festa, on entend regulierement 'Pedir Dineiro" (demander de l'argent). Avec les difficultes de la route et la pluie, notre moral continue a descendre. Nous nous posons des questions sur notre abattement, et je pense que l'uniformite et la rarete des villages, le denument de tous ces gens, l'absence de petits plus dans leur quotidien nous pesent. Il n'y a aucun objet decore, aucun artisanat, les vetements sont vieux, sales et uses (regulierement les hommes portent des tee shirt tellement troues qu'on se demande pourquoi ils ne vont pas torse nu), aucun bijoux, aucun jeux non plus, et, a ce moment du voyage, nous n'entendons pas de gens jouer de musique. Nous ne voyons que les femmes qui portent des bidons de trente litre d'eau ou d'enormes fagots de bois sur la tete, ou qui travaillent au champ, souvent encore avec le bebe dans le dos, des hommes qui se tuent a la tache pour des rendements miserables et d'autres qui glandouillent. Par contre ce qui est vraiment chouette, ce sont tous ces visages, cette energie des enfants et la danse. Des que resonne une source de musique, les gens commencent a se tremousser, et ca c'est vraiment unique et typiquement africain.
 

(cf. rubrique aquarelles)
 
Un objectif nous met du baume au coeur: atteindre l'ile de Mozambique, petite ville coloniale, capitale du temps des Portugais. L'annee derniere, a Bangkok, nous avions vu un Thalassa sur TV5, sur un groupe de chanteuses de l'ile, et cela nous avait enchante. Nous laissons velos et bagages dans une petite pension a 80 km de l'ile et nous y rendons en transport en commun. Ici, pas de bus ou de minibus, ce sont des camions  qu'il faut prendre. Ils ne sont pas amenages et tous les passagers doivent s'entasser dans la benne. Aller retour, nous en avons pris trois car nous avons eu un changement, et chaque fois, les passagers etaient mecontents et ralaient sur les types qui vendent les places, les accusant de les voler et de les traiter comme du betail, ce en quoi ils n'ont pas tort. Ca fait vraiment mal au coeur pour toutes les personnes agees. Monter dedans est deja acrobatique, et une fois coince dans la benne, c'est l'inconfort total.
 
Nous restons deux jours et demi sur l'ile. Elle est petite et se parcourt aisement a pied. Beaux batiments coloniaux aux peintures defraichies, un fort.
 
 
La vieille ville est delaissee et tombe un peu en ruine, les gens ont construit leurs cases de l'autre cote de l'ile. Nous nous y plaisons beaucoup, et avons meme la chance de rencontrer le meme groupe de chanteuses vu a Thalassa au detour d'une ruelle. Certaine femmes s'enduisent le visage du meme produit blanc qu'on voyait en Birmanie. Balade aussi sur la petite plage ou les pecheurs refont leurs filets et s'occupent de leurs bateaux. C'est tres paisible. Mais un peu plus loin sur la plage, une autre realite:  nous entrons dans les latrines "publiques" et voyons meme un ou deux types accroupis. Sur l'autre plage de pecheurs c'est la meme puanteur et la meme crasse. Seule la plage pres du fort et loin des habitations est propre. Forcement, ca gache un peu le cote ile paradisiaque!
 
Nous reprenons les velos pour continuer plein nord. Etape dans une ecole en construction, apres ce village, nous ne verrons plus d'ecoles recentes dans les villages et de nombreuses sont ecroulees. La pluie a cesse, les etapes sont encore tres belles et le relief, (et parfois la route) accidentes. L'arrivee a la petite ville de Chiure a ete particulierement penible. Et pour cause: nous etions tous les deux febriles! Heureusement nous decouvrons cela dans une petite pension agreable, tenue par une famille sympathique. Nous nous rendons a l'hopital le lendemain. Celui ci nous fait impression: propre, bien concu, on y sert meme des repas aux patients. Nous allons directement au laboratoire (la, ca aide d'etre medecin et de parler portugais) et faisons un test pour le palu. Les deux sont positifs. Nous ressortons avec le traitement, le tout pour 30 centimes d'euros. Le Mozambique peut etre fier de son systeme de sante et de l'alphabetisation des campagnes.
Nous restons nous reposer deux jours. Nos symptomes sont synchronises a l'heure pret, c'est incroyable. Nous regrettons juste l'absence de ventilateur (au Mozambique, c'est rare d'en avoir, le plus souvent il n' y a de toutes facons pas l'electricite). Dans nos moments d'accalmie nous nous asseyons devant la chambre et observons la vie de la petite cour, les employes et les petites filles qui preparent la cuisine ou font la sieste, les types qui courent tous les soirs derriere les poules pour les attrapper.
 
Nous rejoignons ensuite Mocimboa Da Praia (derniere ville avant la Tanzanie) en trois jours. Nous ne traversons quasiment que des hameaux et tombons regulierement sur des fetes avec des femmes qui chantent. Quand on nous apercoit, les youyou resonnent. Un rite d'initiation (pour les jeunes filles) a lieu dans le village ou nous nous arretons le premier soir, et nous allons ecouter ces chants melodieux rythmes par les tam tam. Rapidement un groupe de femmes qui dansent m'invite a participer. Elles me montrent les pas et les mouvements des hanches, ce qui occasionne beaucoup de rires et d'applaudissements. C'est un moment tres fort, un temps partage comme on aurait aime en vivre d'autres dans ce pays. Les jours suivants nous entendrons encore ces chants et danses.
 
Mocimboa da Praia est plus un gros village qu'une ville. Il n'y a meme pas l'electricite (meme s'il y a toutes les installations a cet effet). Le vieux centre est encore une fois presque abandonne, la vie se concentre en peripherie autour des cases. L'islam est tres present par ici, les hommes portent tous le petit chapeaux brode et les femmes se voilent de tissus colores assortis a leurs pagnes. Sur la plage, des centaines de bateaux de peches, sur la mer, les voiles blanches des embarcations.
 

 
Partie de foot endiablee le soir apres le retour des pecheurs et la vente des poissons. On se sent bien ici, c'est un peu ce que l'on avait espere du Mozambique que l'on decouvre, et nous restons une journee de plus que prevu.
 
Plus de route apres Mocimboa (d'ailleurs celle de Mocimboa etait deja bien endommagee car l'asphalte a ete pose directement sur la piste sableuse, d'ou de nombreux trous). La piste est bonne jusqu'a Palma, a 80 km. Il y a de moins en moins d'habitants, les hameaux semblent vides. Palma est un village de pecheur agreable avec ses petites cases en pise face a la mer au milieu des cocotiers. Nous louons une chambre chez une famille car l'hotel pratique des prix exorbitants pour une chambre directement sous le toit de chaume dans la case familiale, sans eau ni electricite. Et hop, ca fait 20 dollars s'il vous plait! Apres un mois et demi, le prix nous surprennent encore autant. Nous achetons au marche poissons et petits poulpes qu'on se cusine le soir (notre rechaud connait un second souffle et nous en profitons!)
 
Apres Palma, la piste se gate. Il reste 40 km avant la riviere qui marque la frontiere tanzanienne et la piste est ensablee. Nous decidons de tenter car on nous parle d'un chemin qui commence apres le septieme kilometre et que les velos empruntent. D'autre part, les vehicules demandent 10 dollars par personne pour les quarante kilometres. Vu le salaire local, peu de personnes doivent tenter le voyage. Et apparemment le debut de la piste est praticable. Nous nous elancons a 6 heures du matin, et des le troisieme kilometre nous dechantons. Il faut deja pousser les velos, et tout le temps car il n'y a que du sable. Nous nous epuisons rapidement avec nos velos charges. Passe un tracteur avec une remorque qui va travailler sur la piste, il accepte de nous avancer pres du premier village. Nous poussons ensuite jusqu'en haut de la cote et un homme nous indique le debut du fameux chemin. Ouf! Il s'agit d'un sentier qui serpente dans la foret, c'est joli. Nous ne voyons ame qui vive pendant 2 heures et commencons a douter de nos informateurs, quand nous tombons nez a nez avec trois jeunes chasseurs armes d'arcs et de fleches. Ils nous montrent fierement leur viande, un singe qu'ils viennent de tuer.
 
Ils nous rassurent, nous arrivons au village que nous cherchons. Nous y retrouvons la piste, encore aussi catastrophique et il reste une quinzaine de kilometres pour la frontiere. Un homme nous indique un autre sentier pour la rejoindre et accepte de nous accompagner pour le trouver, moyennant un petit pourboire. Il nous aide a pousser dans le sable, ce qui est une aubaine pour nous, car en plus du sable il y a de sacrees cotes.Nous atteignons un premier sentier qui descend vers le lit d'une large riviere. La, nous continuons a pousser, dans la mangrove cette fois. Heureusement c'est maree basse. Encore une cote, pour en sortir, puis le fameux sentier. Nous remercions notre homme providentiel et une heure plus tard, nous retrouvons la piste. Le village ou se trouve l'immigration est trois kilometres derriere nous et Olivier part a pied tamponner nos passeports. L'homme de l'immigration previent Olivier des prix du bateau s'il n'y a pas d'autres passagers: 25 dollars par personne.... pour une traversee de 10 minutes. Nous sommes prevenus. C'est effectivement le prix qu'on nous demande a l'embarcadere, il ne semble pas qu'il y ait d'autres personnes a attendre. C'est on ne peut plus calme: une petite paillote, un type qui vend des sodas pas frais, aucun vehicule. Quand on monte dans le bateau, nous ne sommes pas vraiments seuls dessus. Nous avons quand meme fini par nous faire arnarquer, mais c'est ca aussi le voyage! Enfin, vendredi 18 janvier 2008, nous atteignons l'autre rive, ou la vie semble avoir repris ses droits...