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Le Pakistan(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours) Nous sommes arrivés à New Sost, poste frontière du Pakistan le 20 août. Nous avons descendu la Karakorum Highway jusqu'à Gilgit. Enfin si l'on descend effectivement en altitude, en pratique on a l'impression de grimper sans arrêt, route vertigineuse qui serpente le long de la falaise avec 100 mètres plus bas un torrent qui s'écoule dans un fracas d'enfer. A Passu nous avons pu contempler le glacier qui touche presque la route, nous nous sommes ensuite arrêté à Gulmit où nous avons trouvé une petite guest house. Le nombre de guest house dans le nord du Pakistan est assez extraordinaire, sans commune mesure avec les pays traversés jusqu'alors. Nous trouvons ainsi une chambre chaque soir pour environ 3 euros.
De Gulmit nous avons rejoint Karimabad dans la vallée de Hunza, vallée mythique de la route de la soie. Encaissée entre d'immenses massifs que domine le mont Rakaposhi culminant à 7790 mètres d'altitude, la vallée est assez peuplée. Avec ses arbres et ses petits champs que délimitent les murets de pierre, la Karakorum Highway est moins austère du côté pakistanais que du côté chinois.
Commencée en 1966, cette route qui relie Kashgar en Chine à Islamabad au Pakistan, n'a été inaugurée qu'en 1982 et ouverte aux touristes en 1986. Sa construction fut un véritable tour de force car la route a été tracée à partir de sentiers muletiers passants parmi les sommets les plus hauts du monde. C'est ici que se rencontre les chaînes du Pamir, de l'Hindu Kush, du Karakoram et de l'Himalaya. Mais entre les éboulements et les tremblements de terre, l'entretien est difficile et il y a peu de trafic entre le Pakistan et la Chine. Nous avons croisé des géomètres chinois et il semblerait qu'un élargissement de la route soit à l'étude. Les Chinois sont prêts à tout pour exporter leurs marchandises... Nous n'avons croisé que peu, voir pas du tout de femmes dans les rues de Sost ou Gulmit mais on les voit au bord de la route, dans les champs. Beaucoup ne portent pas le voile, ce qui nous a étonné, et nous avons droit à de grands saluts, l'ambiance est très détendue. Si tous les habitants de la région sont musulmans, la grande majorité n'est pas sunnite comme dans le reste du Pakistan mais ismaélienne, une branche du chiisme. Ils croient en l'autorité spirituelle d'un imam, descendant du prophète Mahomet. Le 49eme imam, l'Aga Khan, vit à Paris et nous avons donc droit à quelques égards en tant que Français ! De Sost a Gulmit la plupart des habitants sont d'origine Tadjik, les Wakhi originaires du Wakhan Corridor en Afghanistan (étroite vallée Afghane qui sépare le Tadjikistan du Pakistan). Dans la vallée de Hunza proprement dite il s'agit de Burushos et de Shinas. A Karimabad, joli village perché au dessus de la vallée et ancienne capitale de Hunza, nous nous sommes posés deux jours. Nous avons été surpris par le nombre (tout est relatif) de touristes. On y vient du monde entier pour faire des treks en particulier. De Karimabad nous avons rejoint directement Gilgit, grosse étape de 110 km. Gilgit, principale ville commercante de la vallée, s'étend le long d'une artère interminable. La ville est un peu glauque et la formidable densité de postes militaires avec sacs de sable et mitrailleuses n'y arrange rien. Entre les années 88 et 94 plusieurs batailles rangées ont éclaté entre sunnites et chiites, se soldant par des centaines de morts. Les sunnites et les ismaéliens (chiites) coexistent par ailleurs pacifiquement dans les autres vallées du Nord Pakistan.
Une journée de repos a été nécessaire pour réparer les vélos, notamment un dérailleur qui ne fonctionnait plus. Pas de réparateur dans le coin, il faut tout faire soi même !
Apres Gigit, la Karakorum Higway continue vers le sud jusqu'a Islamabad. Mais d'après tous les voyageurs que nous avons croisé et ce que nous avons pu lire, les paysages sont beaucoup mois spectaculaire et de plus la route traverse le Kohistan, région ou l'on s'affranchit des lois pakistanaises et ou le sport national pour quelques rustres, assez nombreux apparemment, est de lancer des pierres sur les cyclistes (sur tout ce qui bouge et qui n'est pas Kohistani en fait). Nous avons ainsi rencontré une cyclotouriste allemande qui a faillit se prendre un parpaing sur la figure (à la Babusar Pass), et la police a refusé à un cycliste Venezuelien (Romolo, un type en or que nous avons rencontré à Islamabad: www.climbingbybike.com) de remonter la KKH durant le ramadan, un cycliste étant mort en ayant reçu une pierre sur la tête l'année dernière. Nous avons donc pris la route de l'est vers la Shandur Pass et Chitral, ce qui n'est pas le plus facile mais le plus passionnant. De Gilgit à la Shandur Pass il y a 220 km dont 170 environ de goudronnés, jusqu'a Phander. Si les pentes sont parfois assez raides, la route est excellente et on trouve une guest house tous les 50 km. A la sortie de Gilgit nous nous arrêtons à un barrage policier. Ils ont une touche d'enfer avec leurs longues barbes et leur uniforme shalwar kamiz (la grande chemise sur le pantalon, que porte 99% des Pakistanais. Ils arborent un grand sourire et me prennent dans leur bras en me soulevant de terre: " good moRning (en roulant fortement le R), welcome !". On a donc remonté la vallée de Gilgit, puis la vallée de Ghizar. Vallees superbes avec des petits villages en pierre, on traverse des paysages de cartes postales en permanence ! Nous avons passé la première nuit à Singal, la 2eme nuit à Gupis. Repos d'une journée au bord du lac en raison d'une méchante gastro...la journée du lendemain sera assez difficile jusqu'a Phander où nous nous sommes arrêtés une journée. Ensuite c'est assez terrible. Quatre kilomètres après Phander la route dégénère en piste caillouteuse épouvantable avec des pentes à 10%. On est obligé de pousser les vélos. Apres environ 30 km un pick up nous a proposé de monter les vélos pour les 20 km restant jusqu'au sommet du col, ce qu'on s'est empressé d'accepter! Apres midi tranquille à la Shandur Pass à 3820 mètres d'altitude. C'est ici qu'a lieu tous les ans au mois de juillet l'un des tournois de polo les plus important du monde, entre Gilgit et Chitral. Tout le gratin Pakistanais et plus de 10 000 personnes viennent assister aux cinq jours de festivités.
De la Shandur Pass à Chitral il y a 165 km. Nous avons fait les premiers 90 km en deux jours. Si la route descend la plupart du temps, la piste est en revanche toujours aussi difficile. Nous roulons sur des gravats, des pierres. Nous chutons tous les deux, chutes sans gravité heureusement. Je casse une nouvelle fois ma chaîne, puis c'est le tour de Chloé. Le paysage est toujours aussi grandiose mais la plupart du temps l'heure est plutôt à la concentration qu'a la contemplation...Gare aux chutes ! La route est bordée de ravins immenses, sans parapet bien évidemment...
Apres une étape à Mastuj, nous nous sommes arrêtés le lendemain à Buni où nous avons retrouvé - oh joie ! - l'asphalte. Même si ça grimpe dur c'est un vrai plaisir de rouler après ces trois jours de piste.
Nous voila donc à Chitral, deux semaines après notre entrée au Pakistan. Située à 1500 mètres d'altitude, Chitral est un chef lieu de district situé à moins de 30 km de la frontière Afghane. On ne peut accéder à cette région que par 2 cols: la Shandur Pass au nord est que nous avons franchi, et la Lowari Pass à 3120 mètres d'altitude au sud. La région n'est donc accessible que par avion, qui fonctionne épisodiquement, de novembre à mars. C'est une petite ville paisible. En raison de la proximité avec l'Afghanistan on est obligé de s'enregistrer auprès de la police. Malgré la beauté des paysages et les gens accueillants la région est assez peu touristique, surtout depuis le 11 septembre 2001. Alors qu'elle accueillait 3000 touristes en 2000, il y en avait moins de 300 pour l'année 2002 ! Cette année 2006, jusqu'en septembre, il y a eut environ 1200 touristes à passer par Chitral. Nous y avons laissé les vélos pour rejoindre, entassés dans un pick up, les vallees Kalash, situées 30 km plus au sud.
Au coeur d'une région en presque totalité musulmane, d'Istanbul à Lahore, trois petites vallées ont résisté au prosélytisme musulman, reste du fameux Kafiristan, ou "pays des incroyants". Ces trois vallées, Rumbur, Bumburet et Birir, sont habitées par le peuple Kalash. Les Kafirs ont majoritairement été converti par la force au 16eme siècle en Afghanistan. Les Kalashs ont pu y échapper car ils étaient installés du côté Pakistanais, la frontière afghane n'est qu'à quelques kilomètres. Des musulmans habitent dans les trois vallées et à Bumburet, vallée la plus importante, il y a un peu plus de musulmans que de kalashs.
Les Kalashs ont leur propre religion avec un dieu et plusieurs esprits. Il n'y a pas de culte hebdomadaire, on célèbre les dieux trois fois par an lors de grandes fêtes qui durent plusieurs jours ou l'on danse et l'on boit: les Kalashs produisent du vin et de l'eau de vie!
Les femmes portent la tenue traditionnelle en toute circonstance: robe noire assez large ceinture par une large ceinture brodée très colorée. Le col, les manches et le bas de la robe sont également brodés de couleurs éclatantes. La coiffe, le shut shut, est entièrement composée de perles. Les anciennes portent en plus la kupas, composée de cauris, pose au dessus du shut shut. La kupas est également portée lors des cérémonies.
Les hommes sont habillés comme tous les Pakistanais avec le shalwar kamis, et le kapol, le fameux chapeau chitrali que portait le commandant Massoud de la vallee du Panshir en Afghanistan. En revanche ils ne portent pas la barbe. Quand un kalash se convertit a l'Islam, sa femme quitte definitivement la robe noire aux broderies colorees, et l'homme se laisse pousser la barbe la plupart du temps. Les Kalashs et les musulmans vivent en bonne entente même si il peut y avoir quelques tensions de temps à autre suite à de nouvelles conversions. Les Kalashs ne sont pas plus de 3000 et le maintient de leur culture et donc relativement fragile. Ils ont bien sur leur propre langue, le Kalash, sorte de pre-sanskrit. Ils descendent en effet des aryens qui, au lieu de continuer leur migration jusqu'en Inde, se sont arrêtés avant l'Indus. Ils sont tous bilingues et parle le chitrali, ou kowar, qui est la langue vernaculaire de la région de Chitral. Le mode de vie est exclusivement rural, tout le monde travaillant aux champs en prévision de l'hiver. Les tomates sèchent sur les toits, les gamins tirent au lance-pierre pour faire tomber les noix, on récolte les raisins des vignes qui grimpent le long des arbres...
Nous avons passé quatre jours dans la petite vallée de Rumbur, chez Ingeneer qui tient une merveilleuse petite guest house (Kalash Home Guest house) et avec qui nous avons sympathisé. Ingeneer nous a accompagné pour un trek de deux jours entre Rumbur et la vallée de Bumburet. Passés les derniers villages de la vallée, villages très isolés, non kalash mais nouristani et gujar, nous avons escaladé une montagne pour atteindre la petite vallée d'Achogat, située entre les vallées de Rumbur et de Bumburet. Seule une vingtaine de personne vit dans cette vallée étroite. Nous sommes arrivés à la nuit tombée chez la cousine d'Ingeneer qui vit la toute l'année avec son mari. La maison, en bois et en pierre comme toutes les maisons kalashs, est construite à flanc de montagne et on domine toute la vallée. Soir de pleine lune, après un bon repas, un alcool d'abricot et un petit joint, nous entendons un air de flûte venant de la montagne en face. La fille de la cousine d'Ingeneer sort sa flûte et lui répond. Instants magiques et éternels...
Le lendemain nous avons rejoint la vallée de Bumburet ou nous avons passé trois jours. Cette vallée est plus large et plus peuplée. Il y a un plus de musulmans proportionnellement mais le contact avec les Kalashs est paradoxalement un peu plus facile qu'a Rumbur. Nous avons rendu visite au seul médecin des trois vallées qui exerce au dispensaire du gouvernement. Fournitures en médicaments épisodiques, pas de réel suivi, peu de prévention, pas de suivi des femmes...Les Kalashs font, comme partout, parfois appel à la médecine traditionnelle et utilise notamment l'artemisine que nous connaissons bien comme traitement curatif du paludisme mais que eux utilisent contre les douleurs rhumatismales, en brûlant la tige de la plante contre la peau. Apres huit jours chez les kalashs nous sommes revenus à Chitral pour assister pendant trois jours à un festival: tournoi de polo (extra !), tir a la corde, musique...Comme nous l'avons vu également dans un village au nord de Chitral, lors des soirées musicales tout le monde est assis en cercle autour d'un espace, sorte d'arène. Un trio de musiciens, deux percussionnistes et un hautbois, comme le shanai indien ou la bombarde bretonne, joue un thème. Des danseurs, exclusivement des hommes (les femmes ont leurs soirées), sautent à l'intérieur du cercle et improvisent. Nous quittons Chitral le 18 septembre. Nous écoutons les conseils des locaux et prenons une jeep jusqu'à Dir, à 100 km. Nous ne le regrettons pas: le Lowery pass, s'il est moins haut que celui de Shandur, est beaucoup plus long (on lui compte 43 lacets), et il est en travaux. Alternance de piste en très mauvais état et de piste relativement correcte. A travers les vitres ouvertes, nous respirons les nuages de poussière s'échappant du sillage des camions et rabattus par un vent violent.
Pour les camions, pas facile de franchir le col. Au Pakistan, ils sont relookés et ça alourdit fortement les engins: portes en bois sculptées, petites chaînes qui s'entrechoquent dans un bruit de clochettes, bennes peintes de couleurs vives et rehaussées pour transporter plus de marchandises, intérieur rempli de bibelots et de fleurs en tissu. Avec leur stature imposante et leurs couleurs éclatantes, ces camions relèvent plus de l'oeuvre d'art que de l'utilitaire...
A Dir, grosse bourgade de montagne, les seules femmes que nous apercevons portent la burkha. Dans cette société, seuls les hommes sont visibles, ils se baladent fréquemment main dans la main. On ne voit jamais de femmes dans les gargotes. Les quelques restaurants habitués à les recevoir ont soit des pièces réservées, soit elles séparent les femmes du reste de la salle par un rideau. Nous ne passons pas inaperçus même si nous portons les mêmes vêtements que les locaux. Nous nous sentons observés, mais sans hostilité... plutôt de la curiosite.
Nous sommes heureux de reprendre les vélos. La vallée est très jolie, c'est beaucoup plus vert que ce que l'on a vu jusqu'à présent. Les attitudes à notre égard sont contrastées; regards amusés ou interloqués, de grands welcome... mais également quelques jets de pierres. Passe encore quand ce ne sont que des gamins, mais quand ce sont des adolescents ça nous choque beaucoup plus et nous le leur faisons comprendre. Des policiers nous confierons plus tard qu'ils sont aussi la cible de ces écervelés, et que ces gens sont "non éduqués". On s'en doutait un peu...Heureusement, ce n’a été que des petits cailloux sans intention de faire du mal, mais pour d'autres cyclistes, ça a été de plus gros projectiles.
Ces petites mésaventures ne nous perturbent que peu de temps. Rapidement les messages de sympathie sont les plus nombreux et nous apprécions nos trois jours de descente sur Peshawar. Au fur et a mesure, la température augmente et la circulation se densifie. Véhicules en tout genre se disputent la route; rickshaw, charrettes à âne, minibus, bus, camions, vélos, motos... On prend prudemment les voies des véhicules lents. Les Pakistanais aiment a économiser leurs plaquettes de frein, aussi se contentent ils d'utiliser leur klaxon. Les sons les plus divers s'échappent des bus et des camions, et le moindre événement est prétexte à l'utilisation de ce joujou sonore. Nous sommes bien évidemment l'occasion rêvée, aussi nous font ils jouir de leurs mélopées harmonieuses avant, pendant et après le dépassement... C'est donc dans un vacarme abrutissant, slalomant entre les véhicules, étouffant de chaleur et d'odeurs nauséabondes, vague mélange de gaz d'échappement, d'excréments, d'ordures pourrissant au soleil... que nous entrons à Peshawar.
Peshawar n'est séparée de l'Afghanistan et de la célèbre "khyber Pass" que de trente kilomètres. Point de ralliement et de base pour toutes les ONG qui veulent se rendre en Afghanistan, Peshawar compte 1 million d'habitants, à majorité pashtun (originaires du Pakistan et de l'Afghanistan). Elle est également voisine des zones tribales peuplées de diverses tribus pashtun et possédant leur administration propre: les affaires internes sont réglées selon la tradition, et des agents politiques forment un intermédiaire entre gouvernement et chefs tribaux. Héritage du système colonial maintenu après la partition, ces zones de non droit sont interdites aux étrangers. Plus précisément le gouvernement pakistanais ne garantit la sécurité des non Pashtun que sur la route. A quelques mètres de celle ci, les lois ne s'appliquent plus...
La vieille ville est un entrelas de ruelles aux multiples échoppes vendant absolument tout. Chaque rue a sa spécialité, et les vendeurs offrent fréquemment du thé vert à la cardamone (kava). Les rues sont agitées, et, là encore, il faut se faire une place au milieu des charrettes à chevaux, des rickshaws, motos... Les femmes, anonymes sous leurs burkhas, se mêlent à la foule des hommes grands et minces, à l'allure fière avec leurs foulards et leurs barbes. On a l'impression d'être dans un autre temps. La ville plus moderne n'est pourtant pas loin, et on y a la joie de trouver des librairies anglophones et des tablettes de chocolat!!
Le jour de notre départ débute le ramadan. Dans ce pays ou la poussière et la chaleur vous assèchent la gorge, ne pas manger et surtout ne pas boire du lever au coucher du soleil relève de l'exploit!
Nous relions Islamabad en un jour et demi. La route est plate et sans intérêt, et la circulation est délirante. Les chauffeurs de bus sont totalement inconscients, coupent la route, roulent a des vitesses hallucinantes, déboîtent sans regarder dans leur rétroviseur... c'est la première fois que nous nous sentons en danger, mais nous le sommes moins qu'a l'intérieur des bus!!!
Islamabad, capitale politique, est très étendue, composée de larges avenues disposées perpendiculairement. La ville est très verte, et globalement peu construite. Nous nous installons au camping le temps de déposer notre demande de visa indien, puis nous reprenons la route pour Lahore.
Nous sommes au Punjab, frontalier de l'Inde, et déjà nous en percevons quelques signes. Le long de la route, plate, nous voyons rizières et marécages où pataugent d'énormes buffles aux yeux glauques et inexpressifs. Certains hommes portent pagnes et turbans. Pas de jets de pierre ici, les Punjabis adorent les étrangers et sont très curieux. Aussi ne comptons nous plus les petites motos et vélos qui roulent à nos côtés, nous assaillant de questions (toujours les mêmes...). Certains s'étonnent que l'on n'ait pas de numéro de téléphone et insistent pour l'obtenir. On a déjà du mal à les comprendre avec les gestes, alors par téléphone... A nos pauses, en plein mois de ramadan, on nous offre à manger alors même que tous jeûnent. Quand nous nous installons pique niquer, les visites plus ou moins discrètes se relaient autour de nous et ça devient pénible. Un peu d'intimité, s'il vous plait!
A Jhelum, à 120 km d'Islamabad, un homme rencontré sur la route nous invite dans sa "grande maison". On accepte, heureux de dormir dans une famille après un mois et demi à profiter de petites guest house bon marche. La maison, si elle est grande, est pratiquement vide, seules quelques pièces sont occupées, et pas par une famille!! Nous sommes dans le bureau d'un député du Punjab, chef de la ligue musulmane! L'homme que nous avons rencontre, Cheick, est le bras droit de l'homme politique, qu'ici tout le monde appelle "le boss". Nous sommes rapidement briffés: le boss est riche, ici il paie tout, du savon a l'hébergement en passant par les cigarettes...
Rapidement se joint à nous le "frère" du boss, qui est avocat. Il ne traite que de trafic de drogue, de grands crimes...et de quelques affaires politiques.
Nous prenons notre repas avec les trois hommes. Le boss a fait commander des plats dans un restaurant chinois chic. Nous n'en croyons pas nos yeux quand nous les voyons se servir de grandes rasades de whisky. Attention, c'est archi secret! Et l'avocat, qui va rentrer à son domicile en voiture, de nous confier en souriant que parfois la police l'arrête et lui dit gentiment de rouler moins vite étant donne son état d'ébriété. Mais elle ne peut rien contre lui, comme il le dit (cette fois parfaitement hilare), au Pakistan, les lois ne s'appliquent qu'aux pauvres, pas aux VIP!!!!
Plus sérieusement, nous discutons de l'actuel gouvernement, considéré par nos amis comme une dictature. Muscharaf a pris le pouvoir par la force, il n'a donc aucune légitimité aux yeux du peuple. Qu'il ait fait assassiné, au mois de septembre, un chef tribal baloutche respecté et admiré de tous renforce le ressentiment à son égard. Mais les voix d'opposition sont rares, le boss est un des seuls à oser parler.
A Lahore, nous sommes hébergés par un membre d'hospitality club. Le hasard fait que nous recroisons un couple de danseurs (Laura et Leonard: www.caosmos.it, lien "projet deuxL"), rencontrés à la frontière serbo-bosniaque au mois d'avril! Au cours de leur périple, ils donnent des représentations et des cours de danse contemporaine. Ils passent quelque temps à Lahore, capitale culturelle du Pakistan, en attendant un permis pour traverser la Chine en véhicule. Le monde des voyageurs est petit. Nous croisons parfois les gens plusieurs fois, ou rencontrons ceux dont d'autres nous ont parlé. Chacun est arrivé par voie terrestre: motos, vélos, voitures, camions, ou transports en commun. C'est souvent l'occasion de rencontres chaleureuses et d'échanges de bons plans...
Notre plan hospitality club n'a pas été reposant. Notre hôte et son cousin habitent dans un petit appartement dans un quartier bruyant, proche de la voie ferrée, travaillent de nuit sur leur ordinateur (leur connection ne débute qu'a une heure du matin). Du fait du ramadan, ils mangent à 18 heure, puis 23 heure et 3 heure du matin. Brefs, nos rythmes sont totalement décalés et dans ce petit espace la cohabitation n'est pas toujours simple! Mais, malgré ces inconvénients ils nous ont gentiment hébergé pendant une semaine. Ils vendent des tapis orientaux sur internet (www.alrug.com).
Les différentes discussions que nous avons eues avec des Pakistanais ont souvent été frustrantes. Musulmans convaincus et persuadés d'avoir la bonne et vraie religion, les discussions restent souvent stériles. On est étonné du peu de connaissances historiques même chez ceux qui ont suivi des études supérieures, ainsi que du peu de réflexion ou d'esprit critique. Certains n'admettent pas que leur environnement et leur culture aient pu, même inconsciemment, déterminer le fait d'être musulman. De même, ils ne comprennent pas que l'on puisse dissocier foi et religion. Un éditorialiste pakistanais a eu le raisonnement suivant a propos des caricatures danoises: "les journalistes qui écrivent des articles trop dérangeants ou ayant des positions trop critiques finissent en général en prison. Ces journalistes continuant d'exercer leur métier, le gouvernement danois soutient leur démarche." On croit rêver. En Iran, les discussions que nous avons eues étaient toujours enrichissantes et intéressantes, on a senti une grande culture et une vraie réflexion. D'autres voyageurs nous ont confié un sentiment similaire. Mais ce ne sont que des expériences...
Elément très positif, les travestis sont acceptes dans cette société pourtant parfaitement homophobe: ni hommes ni femmes, ces anomalies de la nature sont totalement intégrées et respectées et vivent en communauté. Par contre, ils ou elles ne sont pas censé avoir une réelle vie sexuelle!
En conclusion... le Pakistan est un pays contraste, aussi bien pour les paysages que pour ses habitants. Nous avons apprécié leur gentillesse et leur hospitalité. Mais vaut mieux éviter de parler de religion, et tout est parfait! Le nord est une destination rêvée pour les trekkeurs et les cyclistes. Ceux qui font le choix de passer directement d'Iran au Pakistan ont moins de chance: traverser le Baloutchistan à vélo est interdit sans escorte militaire (car la région est le centre du traffic de drogue), ce qui est frustrant. Et puis, ça shunte toute l'Asie centrale, au combien intéressante.
Nous franchissons la frontière indienne le 7 octobre. On a obtenu au forcing un visa de 4 mois. Apres cinq mois en pays musulmans, même si on a adoré, on est heureux de changer d'atmosphère.
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