Bicyclettes Nomades

Perou

(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)

 

Le 22 juillet nous avons quitte la maison d'Oussouby, notre ami Malien de Kyoto, pour l'aeroport de d'Osaka.Soixante kilometres dans un maelstrom urbain. Alors que nous prospections l'aeroport pour trouver un endroit ou poser nos matelas pour la nuit, notre homme providentiel vient a notre rencontre: il est hollandais, pilote de ligne sur une compagnie japonaise...et cycliste! Il nous invite a passer la nuit chez lui et le lendemain nous aide a porter nos bagages. Car velo + sacoches ca pese dans les 50 kg...

Notre deuxieme avion,Tokyo-Atlanta, a 1H30 de retard, et arrives a Atlanta c'est en courant que nous franchissons les differents "obstacles"; ca va se jouer a quelques minutes! On doit faire la queue aux douanes americaines, et c'est pas des rigolos. Une fois devant le douanier celui-ci devient suspicieux devant nos visas pakistanais: "qu'est ce que vous etes alles faire la-bas?"-du tourisme-"hein?!"...Il continue de feuilleter, visa iranien: "et ca c'est quoi?"-Ben, du tourisme aussi...en fait je fais un tour du monde en velo-"un tour du m..., en velo?!". Des yeux hagards me devisagent. "Et vous faites quoi comme metier?"medecin. La l'incomprhension est totale; ce francais barbu en shalwar kamiz (la tunique pakistanaise) se fout-il de ma gueule (et du meme coup des USA !) ? Enfin le tampon s'abat sur nos passeports dont les pages vierges se font rares. On se precipite dehors a la recherche de notre terminal, on sprint jusque celui-ci. C'est bon, on est les derniers a embarquer mais on est dedans !

A l'aeroport de Lima, alors que Chloe part reclamer notre quatrieme bagage qui n'est pas arrive (il arrivera par le vol suivant) j'assiste a de sympattiques et emotives retrouvailles, des familles entieres viennent accueillir les jeunes parti aux USA travailler ou etudier. Dans le hall tout n'est que pleurs, rire et cris.

Lima, premieres images de l'Amerique du Sud. C'est exactement comme je me l'imaginais: ces gueules d'indiens, la langue espagnole, musique suave et coloree, les vieilles Dodges puantes et bringuebalantes,les minibus qui crachent leur fumee noire, les vieux batiments en brique defraichies et poussiereux.
Malgre une jolie Plaza de Armas et la proximite de la mer, Lima est une ville peu agreable, victime d'une pollution inquieteante et exasperante. En ce jour d'hiver, le ciel est une chappe grise. Gris du ciel, gris des murs, des trottoirs, des pots d'echappement...Deux jours pour recuperer du decalage horaire et nous nous echappons.
Le 26 au matin il a plu pendant la nuit et une brume grise et froide recouvre la ville. Le trafic est intense. Il faut rouler avec attention au milieu des klaxons et de l'odeur acre des gaz d'echappements. On cherche l'acces a la carretera centrale et on se retrouve a traverser l'immense marche des barrios du nord de la ville. Lima, 8,2 millions d'habitants, pres d'un tiers de la population totale du Perou, s'etend inlassablement. Plus exactement ce sont les bidonvilles, sans eau courante ni electricite, qui se multiplient. Delinquance, drogue, prostitution (notamment de mineures, il y en aurait environ 10 000 a Lima, agees de 13 a 15 ans)...Pauvrete, misere des campesinos victimes de l'exode rurale.
Les cabanes aux toles ondulees accrochees aux flancs des montagnes glabres et poussiereuses se detachent a peine du ciel gris et froid. Un jeune, vetu d'un simple tee-shirt troue, s'epoumone a tirer une carriole ou tangue une montagne de marchandises. Un vieil homme qui marche dans la meme direction lui donne un coup de main en poussant par derriere. Il nous adresse un sourire franc et lumineux. Plus loin, pouce leve on nous lance des "bienvenidos en el Perú !". Un handicape physique me donne l'accolade: "feliz viaje, y suerte amigo !". Bonne chance a toi aussi, surtout a toi...



les barrios nord a Lima


Nous voila sur la Carretera Centrale, direction le nord-est, la Cordilleres des Andes. Nous commencons tout de suite a grimper, et nous n'en sommes qu'au debut! Parti du niveau de la mer nous allons grimper sans discontinuer pendant 131 km pour passer El Ticlio, col situe a 4 818 metres d'altitude.
Vers le 20eme kilometre le ciel bleu, ce ciel bleu incroyablement lumineux des Andes qui ne nous quittera plus, apparait a travers la brume grise qui se delite a vue d'oeil. Au 60eme kilometre nous sommes deja a 1 600 metres. Nous bifurquons de quelques kilometres pour atteindre le village de San Bartolome situe au dessus d'une colline recouverte a perte de vue de cactus. Rien d'autre ne pousse dans ce paysage ultra sec, les habitants n'ont d'ailleurs le droit a l'eau courante que quelques heures par jour. Pour vivre ils recueillent la cochenille, parasite des vegetaux, dont on tire un pigment rouge. Ca eut paye jusque 100 dollars le kg, mais de nos jours les prix ne depassent pas les 30 dollars.

Le lendemain, nous continuons notre progression, faisant une petite pause tous les quatre kilometres. Apres avoir roule 40 kilometres nous arrivons a San Mateo, village situe a 3 200 metres d'altitude. Il est assez tot mais la matinee a ete assez eprouvante et nous nous posons dans une petite pension. L'apres midi je me sens un peu barbouille. Quand arrive l'heure d'aller manger mon etat a empire malgre la sieste. Je suis fatigue, j'ai des nausees. Je decide tout de meme d'accompagner Chloe au restau. Je ne peux rien avaler et apres avoir vomi deux fois je retourne dare dare me coucher. J'ai le soroche, le mal des montagnes.
Depuis trois jours le Perou fete son independance, et San Mateo ne fait pas exception. A vingt metres de notre hotel, le groupe local, sono poussee au maximum, martyrise ses instruments. Prostre dans mon lit, j'attend que ca se passe...Le lendemain apres une quasi nuit blanche je me sens capable de continuer et nous reprenons la route. Un calvaire. Je suis totalement a plat et pousse difficilement jusqu'au onzieme kilometre, au village de Chicla situe a 3 800 metres d'altitude. Pendant que je gis allonge sur le trottoir, Chloe, qui se porte bien, va nous chercher une chambre dans le village. Ici aussi on fait la fete mais on calme rapidement notre inquietude, "vers 17 heure ca sera termine". Je dors toute l'apres midi et Chloe va m'acheter de la coca pour une infusion, le remede local. Vers 19 heure une musique tonitruante dechire le silence de la chambre ou je comate tranquillement. Qu'est ce qui se passe ?! Rien du tout, c'est juste Mr le maire qui fete son anniversaire juste en dessous de notre chambre... On est maudit !

Le lendemain, 4eme jour, on repart. Il reste 25 km et 1 000 metres de denivele mais on veut se le faire ce col, ca devient une obsession ! Je vais beaucoup mieux mais l'altitude rend tout effort difficile, d'autant plus qu'un fort vent de face s'est mis de la partie. Il nous aura fallu six heures pour parcourir les 25 derniers kilometres. Mais quelle joie en arrivant en haut! 4 818 metres, ouah! De l'autre cote le paysage est superbe et nous apercevons nos premiers lamas.



Le soir nous atteignons La Oroya, ville miniere a 3 700 metres d'altitude.
De La Oroya a Huancayo, la route descend tranquillement et nous parcourons les 125 km en une journee. Superbe balade. Aux paysages mineraux initiaux, succedent les tons ocres de l'altiplano quand la vallee s'elargit. Le ciel est pur, immense. Non loin de La Rosita, un petit village perdu dans cette immensite, une fanfare joue devant une maison, au milieu de nul part. Les campesinos offrent de la biere aux musiciens qui passent de villages en villages depuis Huancayo. On nous offre des petits pains, la famille nous souhaite bonne chance et bon voyage.

A Huancayo, sequence retrouvailles puisque Benjamin, le frere de Chloe nous rejoint pour partager la route pendant trois semaines. Sans aucun entrainement et avec un gout pour le sport "assez modere", il n'aura pas demerite, bien au contraire!
Le 2 aout nous partons vers Ayacucho. Apres un col de quinze kilometres (ou Bemnjamin crache ses clopes!), suit une descente de plus de trente kilometres jusque Izuchaca ou nous rejoignons le Rio Mantaro.
A partir de la il n' y a plus d'asphalte. Nous allons traverser les hauts plateaux du centre, 700 kilometres de piste de poussiere et de cailloux courant le long des flancs des montagnes et de ravins profonds de plusieurs dizaines de metres, voire de centaines de metres! C'est une des regions les moins visitee, une des plus pauvres.
La vallee du Rio Mantaro est superbe, assez encaissee et isolee. Apres Mariscal Caceres, nous apercevons un barrage. En aval de celui ci le debit est tres faible. En milieu d'apres midi une de mes sacoche arriere se casse. Bringueballee pendant un an et demi elle n'en peux plus... Apres reparation nous reprenons la route, mais avec tous les soubressauts de la piste la reparation ne tient pas et ma sacoche se decroche en pleine descente. Elle vole a plusieurs metres et sans un arbuste elle finissait dans le ravin.
On descend pres de la riviere pour trouver un endroit pour bivouaquer. Nous nous installons non loin d'un hameau de quelques maisons. Pas d'eau pas d'electricite, bien evidemment. Le soir deux femmes accompagnees de leur enfants viennent nous rendre visite, intriguees par ces gringos et leur maisons de toile. Elles nous demandent timidement un peu d'argent.
Le lendemain nous traversons plusieurs hameaux abandonnes. Le barrage, l'isolement, la pauvrete ont genere l'exode.
Le 4 aout nous atteignons Mayocc a la nuit tombee, apres une etape de 85 kilometres vallonnee, toujours le long du Rio Montaro. Alors que je grimpe en direction du village, une dame traverse la rue en titubant et s'accroupit devant moi pour pisser. Meduse, je continue mon chemin, quand j'entends sa copine eclater de rire: "Que escandaloso!" Nos deux villageoises ont picole de la chicha toute l'apres midi. Elles nous accueillent hilares et on a bien du mal a refuser notre cinquieme verre!



A Oyocc, acceuillis a l'entree de la ville par deux charmantes femmes hilares nous offrants X verres de chicha

Autour de Mayocc, les paysages changent. La valle s'elargit, formant un canyon avec des cactus. On se croirait au Nouveau Mexique dans un decor de western.
Ensuite une grande cote de 35 kilometres mene a Huanta, ou nous tombons sur l'immense marche dominical. La route de Huanta a Ayacucho est goudronnee. 50 kilometres de repit...
Dans le col au dessus de Huanta on se fait doubler par un petit peloton de cyclistes. C'est l'equipe Crux, d'Ayacucho. Deux membres de l'equipe tiennent une Guest House a Ayacucho et on se donne rendez vous la bas.
Nous sommes restes deux jours dans cette belle ville coloniale peu touristique (au Perou, la plupart des touristes sont en groupe, et plus de 90% se concentrent aux alentours de Cusco et du lac Titicaca).
Du debut des annees 80 a 1994, Ayacucho a vecu coupee du monde, sous la terreur de la guerilla du Sentier Lumineux (Sendero Luminoso) et de la repression feroce de l'armee. Ce conflit, termine grace a l'arrestation des principaux dirigeants en 1992, fit pres de 63 000 morts et disparus, pour la plupart des paysans andins. Aujourd'hui, le Sentier Lumineux s'est reconverti en se consacrant principalement au trafic de drogue. Il s'est rapproche des cartels colombiens, et le Perou est actuellement le deuxieme producteur au monde de cocaine, apres la Colombie.
A midi nous sommes invites a manger chez Ricardo, cycliste et beau frere des jumeaux qui tiennent la Guest House. Nous discutons des evenements passes et apprenons que les jumaux ont un frere qui a disparu, et un oncle assassine par le Sentier Lumineux. Quasiment toutes les familles ont ete touchees d'une facon ou d'une autre durant cette periode noire.
Ricardo, que le voyage a velo tente deja depuis un certain temps, obtient un conge d'une semaine aupres de son employeur pour nous accompagner. De Ayacucho a Abancay, les bicyclettes nomades rouleront donc a quatre! Six jours de pistes escarpees, difficiles, grandioses et memorables.


Ayacucho, la grande equipe prete pour le depart (le 08/08)


Le huit aout, nous prenons la direction de Tambillo. Peu avant midi Ricardo casse net son derailleur. Il ne peut plus continuer et rentre donc sur Ayacucho en camion. Il nous rattrapera le lendemain en minibus. Nous arrivons, Benjamin, Chloe et moi, a Matara alors que la nuit tombe, apres un petit col eprouvant. Chloe demande la permission de dormir dans la salle municipale. Une femme y vit seule, dans un coin derriere un rideau. Adorable, elle nous offre un repas: patates, riz, lentilles. Comme tous les soirs de ces etapes difficiles, epuises, nous nous endormons tot.
Le lendemain, Ricardo nous rattrappe donc, alors que nous grimpons le col au dessus de Matara, situe a 4100 metres d'altitude... S'en suit quatre heures trente de descente abrupte dans la poussiere et les cailloux qui risquent a tout instant de rompre notre equilibre precaire. Nous dejeunons a Ocros dans une gargote. Le seul client s'enquiert de nos prenoms respectifs. Quinze minutes apres son depart, le volume du poste monte au maximum, nous entendons a la radio notre homme qui dedicace les programmes de l'apres midi aux trois Francais et au Peruvien d'Ayacucho. Et en speciale dedicace, une heure non stop d'Indochine!
Alors que nous nous appretons a quitter Ocros, une Gringa, marcheuse en sac a dos, traverse la place du village. Americaine, elle parcourt touts les Andes a pied avec son ami. Elle habite New York, mais sa grand mere est rennaise!
(leur beausite:www.granitegear.com/acrosstheandes)
Nous continuons de descendre l'apres midi, les descentes sur piste etant parfois aussi eprouvantes que les montees. A la nuit tombee, nous atteignons Rio Pampas, ou Ricardo a de la famille. Nous allons donc chez son oncle qu'il n'a pas vu depuis plusieurs annees. Il habite une petite maison typique des campesinos, composee de grosses briques faites avec de la terre et de la paille. Nous ne sommes pas attendus, et quand la niece de Ricardo, agee d une dizaine d annees, decouvre chez elle Benjamin, blanc, 1m85, elle fond en larmes!... Heureusement la surprise passee, ca va beaucoup mieux et nous passons une soiree sympa autour de la table en bois qui occupe tout l´espace de la petite piece eclairee a la bougie et ou se tient egalement le foyer ou l'on cuisine. Nous devorons l'epaisse soupe de patates roborative avant d'etaler nos matelas dans la piece attenante.
Le lendemain nous grimpons 50 km jusqu a Uripa ou nous faisons etape. Il est 13h30 quand nous nous arretons et nous apprecions cette apres midi de repos. Car la suite est corsee: 280 km en trois jours pour rejoindre Abancay.
Apres un col de 15 kilometres qui nous amene a plus de 4000 metres, nous descendons une vallee verdoyante, on se croirait dans les Alpes. Nous roulons ensuite sur les cretes, dominant les chaines de montagnes qui se prolongent a l'infini. Ces paysages sont epoustouflants, et leur variete extraordinaire. Dans une meme journee, nous evoluons dans des decors differents, du bucolique au grandiose.



Apres une trentaine de kilometres, nous atteignons Andahuaylas, alors que la nuit tombe.
Suit une journee difficile pour Chloe, qui souffre de douleurs abdominales. Elle echange son velo avec celui de Ricardo, bien leger. Ca va beaucoup mieux. En revanche, Ricardo hallucine pas mal avec son nouveau velo, pedaler devient bien plus difficile."Ma femme ne pourrait jamais faire ca!..."
Dans une grande descente, on arrete une des rares voitures pour demander notre chemin. On tombe sur un Australien, genre Crocodile Dundee. Il vit depuis cinq ans au Perou et gagne sa vie comme guide pour des trecks. Arrives pres de la riviere, on grimpe 20 kilometres jusqu'au village de Matapuchio. Alors qu'on apercoit les premieres maisons, surgissent deux motards canadiens, partis de chez eux trois mois plus tot. Conduire un trail de 600 cm cubes sur ces pistes etroites et escarpees n'est pas evident. Ils continuent leur route, et nous entrons a Matapuchio. Nous arrivons pendant l'assemblee du village. Tout le monde est assis en cercle, robes colorees, lumiere du soir sur la montagne.
En attendant que cela finisse nous jouons avec les enfants. On les prend en photo, et c'est l'emeute pour la voir ensuite apparaitre sur l'ecran du numerique. Ils ne s'en lassent pas! La reunion finie, on demande la permission de dormir dans la salle communale et une famille nous prepare a manger: du cuy, c'est a dire du cochon d'Inde! Ben, c'est tout petit, pas grand chose a manger et pas vraiment excellent... un peu decus, quoi!
Le lendemain, au sommet du col, nous atteignons le site Inca de Curumba. Avec les sommets enneiges, la vue est magnifique. On traverse ensuite plusieurs villages ou les paysannes menent les vaches, les moutons et les chevaux aux paturages. Une petite vieille nous interpelle en Quechua, vehemente. Elle veut un peu de "plata". On lui donne quelques pieces. Sa voisine qui la suit nous implore egalement. On lui explique en Castillan qu'on vient de donner. Mais heureusement Ricardo est la pour nous traduire le Quechua: elle nous disait juste qu'elle etait desolee de ne pas pouvoir nous donner un peu de fromage!



Apres un nouveau col nous apercevons en contrebas Abancay. Nous descendons la piste pendant deux heures, passant de 3700 a 2100 metres environ. Cette fois, nous retrouvons le goudron. Quelle invention extraordinaire!
Apres une vingtaine de kilometres de montee vent de face, nous arrivons a Abancay. Le lendemain, nous faisons nos adieux a Ricardo qui rentre sur Ayacucho, et Benjamin prend un bus pour Cusco. Nous revoila de nouveau tous les deux. On reprend notre rythme, un peu plus rapide et avec moins de pauses. D'entree de jeu, un col de 35 km et nous voila a 4100m. Dans la descente nous croisons un collegue argentin. Il a 53 ans et vient de Buenos Aires. Il est gene par un probleme d'hernie inguinale, mais compte bien arriver jusqu'en Equateur. Il a deja realise son reve: atteindre le Machu Pichu a velo. Ce qui signifie beaucoup de piste, longer une voie ferree a pied pendant huit kilometres, et passer le check point de la police incognito a 3 heure du matin, a l'allee comme au retour...
On descend pendant soixante kilometres jusqu'au Rio Apurimac. La valle est deserte, dans l'ombre, il fait froid; et avec tous les chiens errants que nous croisons, on n'a pas vraiment envie de rester dans le coin. On grimpe les 20 km qui nous separent de Limatambo et contrairement a notre habitude nous roulons la derniere demi heure de nuit. Le lendemain midi, nous sommes a Cusco, ville coloniale magnifique, et n ous passons une derniere soiree avec Benjamin.
Pour visiter la vallee sacree, nous avons laisser les velos a Cusco. Pisac tout d'abord, avec son marche bien touristique mais haut en couleurs. Ollantaytambo ensuite, village tout en pierres de l'epoque inca. De la, nous avons pris le train pour le Machu Picchu, le plus beau de tous les sites incas. Il se degage une harmonie des ruines de cette cite mysterieuse jamais decouverte par les conquistadors. Une des hypotheses est qu'elle aurait ete reservee a une elite et dons inconnue de la majorite du peuple inca. Le decor est grandiose, la cite etant situee sur la crete d'une montagne entouree par le Rio Urubamba.

 


le Macchu Pichu



Au retour, nous nous sommes arretes dans le village de Chinchero; la jolie place est dominee par l'eglise construite sur des fondations incas.
Le 23 aout, nous prenons la route vers l'Altiplano et le lac Titicaca. Dans la matinee nous croisons un Japonais de Nara, parti en velo d'Alaska il y a deux ans. Il arrive du Bresil et a du pour ca grimper le long de la piste consideree comme la plus epouvantable du Perou, partant de la foret amazonienne pour arriver sur l'Altiplano. Deux heures plus tard, nous depassons deux Francais bien sympathiques, Philippe et Remi, deux Lyonnais partis d'Argentine. Nous roulons l'apres midi ensemble et passons la soiree dans le village de Tinba. Remi est etudiant en medecine et on lui donne des idees pour savoir quoi faire apres l'internat!
A Tinba, c'est la fete patronnale. Durant notre sejour peruvien, nous sommes tombes sur plusieurs fetes, et quand ce n'etait pas le cas elle venait d'avoir lieu ou etait programmee pour la semaine d'apres! On n'avait encore jamais vu ca! Sur la place du village, deux fanfares alternent et les gens dansent en couple. Quand nous sortons du restaurant vers 21 heures, tout le monde est deja cuite. Un homme passe devant nous en courant, portant sur le dos une armature metallique legere d'ou s'echappent des gerbes d'etincelles, sorte de feu d'artifice ambulant. Derriere suivent la fanfare et les danseurs, par couples, a la queue leu leu, bouteille de biere a la main; les pas sont approximatifs mais ce qui compte c'est de garder le rythme! On pourrait etre dans un film d'un "Kusturica peruvien" (qui n'existe pas a ma connaissance, c'est bien dommage car il y a de la matiere!). Mamie en jupe coloree, le chapeau melon pose sur ses longues tresses, aux bras de papi dansant les yeux fermes. Comment ne pas avoir une tendresse enorme pour ce peuple peruvien des Andes avec leur simplicite, leur style, leur gout de la fete?



Nous quittons nos deux amis le matin, et en fin de matinee, alors que nous approchons du col de la Raya, 4312 m, nous depassons un couple de cyclistes. Encore deux francais! Cette route Cusco-Bolivie est un classique et l'Amerique du Sud frequentee par les voyageurs a velo, mais tomber sur des Francais coup sur coup c'est pas banal. Virgine et Michel sont partis au mois de mai de l'Equateur pour rejoindre le sud de la Patagonie. Nous dejeunons ensemble en haut du col et continuons jusque Santa Rosa, ou nous voyons debarquer une heure plus tard nos deux accolytes Lyonnais. Ce soir les cyclistes francais sont en force a Santa Rosa! Virginie et Michel ont un blog: www.mitchetnini.canalblog.com
A partir de la et jusqu'en Bolivie, la route est le plus souvent plate. Nous roulons entre 3800 et 4000 metres d'altitude. Autour de nous, des montagnes qui ressemblent plus a des collines, une herbe rase jaune paille ou paissent des troupeaux d'alpagas et de lamas. La route file droit devant nous dans l'air limpide et le calme d'un desert.

 




On avance bien, d'autant plus que le vent ne souffle pas trop fort, ou alors dans le dos. En trois jours nous avons parcourus a 328 kilometres, et faisons etape le soir a Calapuja, un petit village. Nous demandons l'hospitalite au presbytere et sommes accueillis pas Cristina, Italienne originaire d'un village d'Ombrie pres de Perouse. Elle est venue passer quelques semaines aupres du padre Juan, originaire de son village. Cure depuis 26 ans au Perou, il est a Calapuja depuis 15 ans, apres avoir officier a Lima. L'accueil est simple et chaleureux.



Le soir nous discutons des difficultes de son travail dues a l'etendue de son diocese. Depuis la reforme agraire mise en place il y a quelques annees, toutes les familles de paysans ont un lopin de terre et la plupart ont construit une petite maison dessus, ce qui fait que la population est tres eclatee, certaines familles vivant a plusieurs dizaines de km, a 5000 metres d'altitude. Dans son diocese, il estime que 70% des familles vivent avec moins de 300 soles (100 dollars) par mois. Il n'est donc pas etonnant que beaucoup de jeunes emigrent a Lima pour gagner un peu d'argent. Ils en auront toujours plus qu'en restant au village. La principale et presque unique culture a cette altitude est la patate. Le regime alimentaire est donc des plus basiques et pour lutter contre la faim, le froid et la fatigue, beaucoup de campesinos machent de la coca et boivent de l'alcool pur dans leur petite flasque cachee dans la poche.
Nous discutons egalement du syncretisme religieux, les croyances precolombiennes etant toujours vivaces et parfois associees aux rites catholiques, comme le culte de la vierge associe a Pachamama, la deesse de la terre.
Le rituel des offrandes a Pachamama est tres important, et avant les ceremonies chretiennes comme le mariage, il y a d'abord les ceremonies rituelles precolombiennes conduites par El Paco, chef religieux andin.
Le pere Juan fait preuve de tolerance et de pragmatisme. Il evoque le decalage entre la hierarchie ecclesiastique et la base, les cures des campagnes, notamment dans le tiers monde. En l'ecoutant on pense forcement a la theologie de la liberation qui relie la pensee chretienne a la justice sociale, theologie mettant la pauvrete des hommes au centre des preoccupations et qui a tant marquee l'Amerique Latine. Fondee par un Peruvien, Gustavo Gutierrez, elle sera portee par le charismatique Monseigneur Romero, assassine au Salvador en 1980. C'est la seule voie possible pour qui croit, ou tout simplement comme nous, respecte et adhere au message des Evangiles. Il est consternant que la papaute et la curie romaine puissent etre aussi eloignees de ces preoccupations fondamentales. Et ces pretres aux service de l'homme sont la seule dignite qui reste a cette eglise intolerante, coupee du monde et notoirement responsable de centaines de milliers de morts dus au sida en Afrique Subsaharienne, en raison de leur position absolument indefendable contre l'utilisation du preservatif.

Le 26 au matin, nous atteignons Juliaca, ville sans interet, et continuons vers Puno ou nous aprecevons enfin le lac Titicaca qui scintille sous le soleil radieux. Nous longeons le lac jusqu'a Chucuito, charmant petit village qui domine le lac.
Le lendemain matin la lumiere est magnifique. Depuis Chicuito, nous sommes en pays Aymara, peuple habitant principalement les Andes boliviennes. Nous arrivons vers midi a Juli, ou nous passons l'apres midi. Le village situe sur une colline qui domine le lac possede quatre eglises coloniales.
Le 28 aout nous quittons Juli pour Copacabana en Bolivie, derniere etape peruvienne. On a l'impression de longer la mer, une petite Mediterranee a 4000 m d'altitude. Cent metres avnt la frontier, nous apercevons quelque flamants roses que l'on approche en se faufilant a travers les roseaux.


 

Flamands roses, cent metres avant la frontiere Bolivienne


La frontiere est situee en haut d'une cote. Une arche en pierre enjambe la route qui passe a cote d'une petite eglise. Pas de douane des deux cotes, seulement quelques policiers bien sympathiques.

Et de l'autre cote? Et bien pour l'instant c'est un peu pareil!