Bicyclettes Nomades

Quel voyage?

             Tout voyage est singulier, même si les chemins sont déjà tracés et empruntés. Notre vision du voyage résulte d’un état d’esprit façonné par notre culture sociale et personnelle, état d’esprit modulé par des enrichissements permanents liés à la perception de notre environnement, à notre capacité à écouter, voir, comprendre…être en éveil.  

          Le voyage implique une notion de routes, de distance, la découverte d’un « autre géographique ». Mais la distance est toute relative; combien de personnes font des heures d’avion pour reproduire les mêmes schémas? Le voyageur absorbe les paysages, les rencontres, les émotions de la découverte. Le voyage nourrit l’Homme, le construit, l’épaissit. Voyager c’est se perdre pour évoluer.

        La liberté de voyager, conditionnée par l’obtention de visas, et l’indépendance financière permettant de s’affranchir de travailler pour subvenir aux besoins de base (se nourrir, se vêtir…) est une spécificité occidentale. Ce statut d’occidental fait partie intégrante du voyage car il conditionne notre rapport à l’autre, même si nous nous sentons « citoyens du monde ». Pour une majorité de l’humanité, l’espace vital se situe au niveau du village ou de la région, et sa vision des occidentaux est souvent celle de l’argent et du pouvoir... Dans son ouvrage  «L’Occident et les autres », Sophie Bessis parle ainsi d’une suprématie de l’occident qui lui paraît naturelle, à tel point qu’elle est devenue constitutive de son identité collective. La prise de conscience de cette « culture de la suprématie » que véhiculent nos sociétés est indispensable pour penser notre rapport à l’autre, même si cet aspect n’est pas toujours, heureusement, au premier plan.

           Tous les voyageurs ont une certaine nostalgie du 19ème siècle, époque où les taches blanches sur les cartes étaient nombreuses, âge d’or de l’exploration. Quel sens donner au voyage en 2006 alors que les échanges de toutes natures se multiplient à travers le monde? Claude Lévi-Strauss évoque dans « Tristes Tropiques » le danger du voyage nostalgique et la nécessaire attention à l’originalité de notre époque. La particularité de notre siècle est bien sûr la mondialisation des échanges et une certaine uniformisation que l’on observe principalement, voire exclusivement, dans les villes. Par ailleurs, mais ça n’est pas spécifique au 21ème siècle, faire un tour du monde c’est se confronter aux réalités et aux soubresauts géopolitiques. Notre route passera par des régions peu fréquentées, voire isolées. Je suis curieux d’aller voir ces régions dont tout le monde parle mais qu’en fin de compte très peu connaissent. Notre société semble diviser le monde en trois catégories: l’Occident, c’est à dire les pays riches; les pays pauvres mais amicaux, où l’on peut passer ses vacances (le Sénégal, le Maroc, la plupart des pays d’Amérique du sud…); et enfin les pays peu fréquentables dont certains suscitent beaucoup de réactions et de commentaires car ils sont au cœur de préoccupations géopolitiques (l’Iran, l’Asie centrale, le Pakistan…). Une place spéciale peut être faite à l’Afrique subsaharienne (je ne parle pas ici des clubs du Sénégal ou de la Mer  Rouge), désertée par la majorité des voyageurs ou terrain de jeux de pseudo-humanitaires.

         Un autre aspect important de notre voyage est le temps. Nous n’avons jamais voyagé, c’est à dire être en mouvement, plus de deux mois d’affilée. Tous mes voyages m’ont frustré par leur fin, toujours précoce. Etre sur la route c’est se rapprocher de nos origines, l’alternative nomade de Bruce Chatwin.
De Bretagne, nous partirons vers l’Est afin de rejoindre une route de la soie qui nous fera traverser la Turquie, l’Iran et l’Asie centrale jusqu’au Pakistan. Après l’Inde, nous continuerons notre périple en Asie jusqu’au Japon. Nous comptons traverser le Pacifique en avion pour rejoindre l’Equateur, parcourir les Andes (Pérou et Bolivie), puis traverser le Brésil. Nous prendrons une dernière fois l’avion pour rallier Le Cap en Afrique du Sud. Nous voulons ensuite remonter le continent Africain par l’Est, puis traverser l’Afrique de l’Ouest pour rejoindre le Maroc, l’Espagne et la France.

             Ce tour du monde s’effectuera à vélo. Avec la marche, c’est le seul moyen de rester en contact avec la nature et la meilleure façon de rencontrer les gens; à la différence que le vélo permet en plus une plus grande indépendance du fait de la possibilité d’effectuer des grandes distances.


             Le retour est prévu en Mai 2008. Il reste à nous affranchir des contraintes de temps et d’itinéraire…  


Olivier