
|
Sénégal(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours) Quarante kilomètres séparent le poste sénégalais du poste guinéen. Une brousse sans intérêt, piste poussiéreuse avec de la tôle ondulée et aucun village. Au milieu, un poste de gardes forestiers. Nous sommes au poste frontière dans l'après midi, et le policier nous apprend qu'il y a un petit campement en cours de construction où nous pouvons passer la nuit. Nous n'y trouvons que le chef des maçons, mais il nous laisse nous installer.
Nous voilà de retour au Sénégal. En 2002, nous avons effectué un stage de médecine à Dakar, pendant deux mois, avant de nous élancer pour notre premier périple à vélo dans le delta du Siné Saloum et le pays Bassari. Une expérience inoubliable, nos premiers frissons de voyage à bicyclette. Nous étions alors des amateurs, avec des vélos trouvés à la hâte à Dakar et pour tous bagages une natte et une tenue de change. Pourtant, nous ne sommes pas débordants d' enthousiasme à l'idée d'y retourner, peut être la crainte d'être déçus, ou que le tourisme de masse ait vraiment touché tout le pays, que les enfants nous courent après en demandant de l'argent ou des stylos. Ce que nous avons eu au Mali dans certains endroits mais pas du tout en Guinée. Nous sommes vite rassurés. La première région traversée n'est peuplée que de Peuls et nous vivons exactement la même ambiance qu'en Guinée, si ce n'est la présence d'électricité, et donc de frigos et de boissons fraiches dans tous les villages ou presque! Nous commençons par une chouette piste avec de beaux villages sur 50 kilomètres, avant de retrouver une petite route asphaltée. Nous nous arrêtons le soir à Mampatine, choisi au hasard sur la carte. Un homme vient nous saluer et échanger quelques mots, nous en profitons pour lui demander où nous pouvons passer la nuit. Tout de suite, il nous invite chez lui. Mr Diallo est à la retraite et a travaillé toute sa vie comme gardien d'immeuble d'une compagnie d'assurances à Dakar. Il a deux femmes et 12 enfants. Nous entrons dans la cour familiale, en terre battue. Deux petits bâtiments et une case lui appartiennent, de l'autre côté c'est chez sa soeur. Il nous installe sur un charpoï au milieu de la cour. Il fait très chaud en ce moment et tout le monde dort dehors. Pendant que Mr Diallo prie (la principale activité de sa vie de retraité), nous observons la vie de la maison: des enfants qui passent en courant, les femmes qui s'activent dans un coin avec des calebasses de riz, de céréales, et le braséro où elles vont faire cuire le repas, le va et vient de beaucoup de gens: famille, voisins. On ne sait jamais vraiment qui est qui... Nous discutons aussi avec la plus jeune fille de Mr Diallo, qui a 18 ans et a un bébé de 5 mois. Malgré ses sourires, nous sentons son désarroi, car le père de l'enfant n'a pas l'intention de l'épouser. Or si les mariages ne sont pas arrangés, les Peuls vivent encore de façon traditionnelle, surtout dans les campagnes, et les enfants hors mariage sont considérés comme honteux (nous l'apprendrons en discutant avec notre hôte, Moussa, le lendemain). Nous continuons notre belle petite route, toujours peu fréquentée, et faisons étape dans un autre village. Aussi facilement que la veille, on se fait inviter dans une famille, alors que nous ne cherchons qu'un endroit en sécurité pour mettre la tente. C'est sans compter sur l'accueil Sénégalais! Un homme nous fait des grands signes, et, comme s'il savait ce que l'on cherche il nous installe chez lui... Moussa est également Peul, et après notre douche il nous invite à discuter pendant qu'il prépare le thé. A la mort de son frère ainé, Moussa, comme le veut la tradition, a épousé la femme de celui ci, pour subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux des enfants, qu'il considère d'ailleurs comme les siens. Moussa partage donc sa retraite entre M'bour, où vivent sa première femme, celle qu'il a choisie, et ses deux enfants, et ce village du sud du Sénégal. Il nous explique beaucoup d'éléments sur les traditions peuls. Il nous parle également de la hausse des prix des denrées de base (huile, riz, lait), qui touche de plein fouet les foyers les plus pauvres. Depuis que nous sommes en Afrique de l'Ouest, des manifestations, qualifiées parfois d'émeutes, ont lieu dans les capitales. Elles sont parfois violemment réprimées ou interdites, comme en Côte d'Ivoire. S'il s'agit d'un constat évident et pas d'une charge contre le gouvernement, celui ci se sent visé, comme le suggère les contre manifestations qui ont eu lieu à Dakar pour soutenir le gouvernement, en réponse aux manifestations. Etonnant. Mais ce qui est vraiment intéressant, c'est que ça fait bouger les choses et qu'il y a débat sur les causes et les réponses à apporter à ces soulèvements populaires. Et cela fait éclater au grand jour un problème qui ne semblait pas préoccupper vraiment les hommes politiques, à savoir le sous développement de l'agriculture, rendant l'Afrique dépendante de l'approvisionnement asiatique pour le riz, par exemple. Parcourant depuis quelques mois tant de kilomètres de campagnes africaines, nous nous étonnions toujours de voir une absence totale de mécanisation, ou même de charrues, de systèmes d'irrigation. La plupart des paysans n'ont pour seuls outils que leurs mains et une pioche.Quant aux parcelles cultivées, elles sont très souvent minuscules. Il est vraiment temps de les soutenir et les aider. Nous interrogeons Moussa sur les talibés, qui, à nos yeux, sont la honte de l'islam des pays africains. Envoyer ces enfants faire la manche en guenilles... Qui est encore dupe pour croire qu'ils reçoivent un quelconque enseignement de l'islam? Moussa nous apprend que beaucoup d'entre eux viennent du Burkina ou du Mali, envoyés par des familles qui pensent que le Sénégal est plus riche que leur pays. A M'bour, ville très touristique au bord de la côte atlantique, où Moussa vit, ils pullulent (selon ses termes) et n'hésitent pas à voler, même les bouts de savons qui trainent dans les cours. Ils n'en ont pas chez leur marabout. Moussa nous parle aussi d'abus sexuels. Depuis six ans, la situation n'a guère changé et ces enfants continuent d'arpenter les rues parfois pieds nus en espérant ramener suffisamment d'argent pour ne pas être battus par leur marabout. Après notre halte chez Moussa, nous quittons les villages peuls et entrons en Casamance. La route est ombragée par de nombreux arbres à cajous et manguiers chargés de fruits, nous traversons des lits de rivières bordés de hauts palmiers. Nous longeons le fleuve Casamance et regardons les pêcheurs lancer leurs filets depuis leurs pirogues. Nous atteignons Ziguinchor en deux étapes. Nous nous reposons, après 18 jours à pédaler depuis notre départ de Bamako. La ville n'est pas très grande mais elle est très agréable. Quelques bâtiments coloniaux persistent. Nous passons du temps au village des pêcheurs et le marché aux poissons le matin. Nous avons vraiment l'impression d'être au bord de la mer. Nous pouvons observer beaucoup d'oiseaux, notamment des pélicans. Les gens sont très sympas et nous abordent facilement. La tchatche sénégalaise, ce n'est vraiment pas une légende! Nous prenons ensuite le bateau pour Dakar ( traversée assez mouvementée, Olivier est malade une bonne partie de la nuit). L'harmattan souffle fortement du désert et il fait frais à notre arrivée au petit matin. Nous sommes hébergés par Alice Desclaux et son mari. Nous la connaissons car elle est professeur d'anthropologie médicale et qu'Olivier veut suivre son enseignement à notre retour. Nous n'avons cependant eu que des contacts internet. Elle est actuellement détachée de son université pour travailler deux ans à l'IRD (institut de recherche et développement) à Dakar. Nous sommes accueillis comme si nous étions de vieilles connaissances. Malgré notre courte hâte, nous discutons énormément et Alice nous fait faire le tour de la ville. Beaucoup de choses ont changé en six ans, de grands travaux ont transformé la ville, l'ont modernisée. Le centre ville est, à nos yeux de voyageurs au long cours, propre. Beaucoup de belles maisons, de grands hotels, des boutiques. La corniche est aménagée... On découvre un deuxième pays au sein du Sénégal: Dakar, où les investissements immobiliers et industriels se multiplient et attirent la jeunesse du reste du pays en quête d'un métier où gagner un peu d'argent, fuyant les campagnes où l'on travaille dur pour avoir juste de quoi manger. C'est la capitale africaine la plus dynamique que nous ayons vu, la plus clinquante aussi, alors que le reste du pays est au même niveau que le Mali ou le Burkina. Quand nous quittons Dakar à vélo, nous voyons l'autre facette de la ville. La presqu'île est urbanisée sans interruption sur cinquante kilomètres, et entre la circulation des minibus barriolés et des charettes, des bergers mènent leurs troupeaux de moutons. Mélange de banlieux crasseuses des villes du tiers monde et de campagne. Les ordures sont entassées dans des terrains vagues ou encombrent les rues et sont ensuite mangées par les chèvres et les moutons. On devient facilement végétarien en voyageant... La banlieue ne termine jamais, les embouteillages sont permanents, même le dimanche. Dans ces villes dortoirs viennent s'installer les travailleurs qui n'ont pas les moyens de vivre à Dakar et doivent sacrifier temps et argent dans les transports en commun, qui, par ailleurs, sont plutôt dangereux. Quand nous quittons la presqu'île, nous parcourons plusieurs dizaines de kilomètres de route entourée de sable et de forêts de baobabs, spectacle majestueux. Nous rejoignons Saint Louis en trois étapes, et bénéficions encore de l'hospitalité sénégalaise, le premier soir dans les locaux de la maison des artisans, et le lendemain dans ceux d'une ONG. A chaque fois, ça se passe très simplement. Par contre, sur la route, nous sommes de plus en plus sollicités par des enfants ou par des femmes pour des cadeaux ou de l'argent. L'effet Paris-Dakar? En chemin, nous rencontrons Jacques Sirat, un cycliste français qui descend du désert. Jacques a déjà voyagé pendant 7 ans et demi à vélo, et il a fait également un tour d'Europe en courant... Incroyable, non? En plus, il reste simple et très sympathique (plus d'infos sur sa vie, sur son site: www.jacques-sirat.com). Nous faisons une petite étape à Saint Louis, très belle et paisible ville coloniale construite par les français, avant de nous élancer sur les 100 derniers kilomètres en Afrique subsaharienne. En fait, nous avons l'impression de commencer le désert 50 km avant la frontière. Le vent du nord, déjà pénible les jours précédents, a forci. Les villages sont plus espacés, et parfois ce sont de simples hameaux avec quelques cahutes en paille. On se demande bien pourquoi des gens vivent là. Il n'y a ni cultures ni paturages. Rien que du sable et le soleil brûlant. Enfin, des oasis apparaissent, puis le fleuve Sénégal, majestueux, qui fait la frontière avec la Mauritanie. Va et vient de pirogues entre les deux rives. Et côté ségalais, une concentration de vendeurs, pseudo guides, petits agents de change... Nous surveillons nos poches en se frayant un chemin au milieu de la foule, et trouvons une pirogue pour traverser. Il est 18H00 ce 16 avril quand nous accostons en Mauritanie. |