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Tanzanie(cliquez sur la carte pour une vision plus précise du parcours)
La Rovuma a une couleur rose en ce début d'après midi 18 janvier. Le courant est fort et le canot qui nous emmène vers la Tanzanie part bien en amont de l'arrivée prévue. Côté tanzanien, deux picks up stationnent sur la piste en latérite. Il faut tout de suite passer à l'anglais et abandonner le portugais: "la route est très mauvaise jusqu'a Mtwara, impossible en vélo". Impossible surtout de savoir si on nous embobine pour récupérer deux bons clients ou si c'est la vérité. En temps normal on aurait sans doute tenté mais après notre matinée guiniesque (du nom propre Alain Guigny, dantesque si vous preferez...) côté mozanbiquain, on lâche l'affaire et les vélos sont accrochés au pick up. Le poste frontière est peu utilisé. On tamponne nos visas avec le sourire et un sympatique karibu (bienvenu en Swahili). Le policier suivant essaie bien de nous extorquer, gentillement et sans trop insister, un petit bakshish (little gift) mais on le remballe direct en lui disant qu'on a plus d'argent a cause des piroguiers qui nous ont arnaqués (ce qui est vrai). La piste qui mène a Mtwara est en excellent état; on s'est fait rouler mais tant pis. On traverse de beaux villages plantés de cocotiers. Les hommes, c'est vendredi, sont tous en boubous blancs immaculés, les femmes sont voilées de tissus colorés, les étals ont l'air bien approvisionnés ("regarde, ils ont même des tomates !"). On aurait préféré être a vélo... Mtwara est une ville avec des habits trop grands pour elle. Les Anglais l'ont planifiée avec un peu trop d'optimisme et les distances pour se rendre d'un point à un autre sont assez immenses. Mais on aime bien l'ambiance décontractée, la plage où, comme a Mocimboa Da Praia, débarquent de nombreux boutres le soir, les vieilles bâtisses coloniales qui hébergent les commerces des Indiens qui n'ont jamais vu l'Inde mais qui discutent en Hindi. Surprise agréable, on retrouve des prix normaux, de ceux qui permettent aux routards de voyager. La chambre d'hôtel (2 euros) est grosso modo cinq fois moins cher qu'au Mozambique avec en prime l'eau courante et l'électricité; et on peut manger dehors pour un prix normal. Autre surprise, la majorité des gens ne parle pas anglais, contrairement au Kenya. Je regarde ce que propose un kiosque à journaux et sur les quinze titres proposés tous sont en swahili ! Mais on arrive a communiquer sans problème et nous sommes conquis par la sympathie et la gentillesse des Tanzaniens. Le dimanche nous allons faire un tour a Mikindani à vélo. C'est une petite ville au riche passé située au fond d'une baie parfaite. Riche passé sur la cote Est Africaine signifie port construit et occupé par les Portugais ou les Arabes et par où transitaient les caravanes d'esclaves en provenance de l'arrière pays, région des Grands Lacs, Congo et Zimbabwe. ![]() Apres avoir actualisé le site internet nous reprenons la route le 22. Cent kilometres jusque Lindi, autre ville cotière coloniale. La route est asphaltée mais ça grimpe beaucoup et il fait très chaud. Rebelote le lendemain. L'asphalte est tout récent. Auparavant la route était une mauvaise piste impraticable en saison des pluies. Mais manifestement elle a été faite par des Chinois : de chaque côté de l'asphalte tout a été rasé sur 20 a 30 mètres; les villages traversés ont du coup un air pitoyable. La route est de surcroit d'une grande monotonie: et si prenait un bus pour Dar Es Salaam a Kilwa Masoko?...
On se rend d'abord à Kilwa Kivinje, grand village de pécheurs créé il y a deux siècles pour le transit des esclaves et le commerce de l'ivoire. Les vieux batiments arabes et allemands (le Tanganika fut une colonie allemande), la plupart en ruine, où s'accrochent les ficus et où poussent les cocotiers, donnent une atmosphère de lente déliquescence. Pendant que Chloé dessine je déambule dans ce décor aux facades décrépies, anciens palais pour certains habités et qui semblent prêts à s'effondrer. Un vieil homme m'invite à rejoindre son groupe: assis en cercle, Mr Simba et ses amis boivent le café; Salam alekoum, on enlève ses chaussures et on sirote tranquillement. L'hospitalité paisible des contrées musulmanes. Le soir, le boy de notre hôtel miteux nous demande dans un anglais approximatif ce qu'on peut faire pour lui. Il n'a pas de perspectives d'avenir et voudrait "changer de vie". Il recoit un salaire de misère et nous le voyons le soir s'allonger sur la table pour dormir. C'est pathétique.
Le lendemain nous grimpons la piste, véritable mur de terre qui nous amène sur la crète qui surplombe la mer. Trente kilometres plus au sud nous arrivons à Kilwa Masoko au bout de la péninsule. Juste en face se trouve l'ile de Kilwa Kiswani. Le site, inscrit à l'UNESCO, est un peu l'emblème de cette culture Swahili: un ensemble de palais, de mosquées et un fort datant des Portugais et des Arabes; en ruine mais restaurés par une équipe Francaise. L'ile est mentionnée dans les chroniques du grand voyageur Ibn Battuta comme une des plus belle ville du monde à son époque. Vasco de Gama l'a visitee à son retour des Indes. Il y avait alors environ 12 000 habitants (contre mille aujourd'hui). Il invita le sultan de l'époque à visiter son navire. Une fois à bord le pauvre sultan fut séquestré et menacé: s'il voulait rentrer il fallait hisser le drapeau Portugais sur son palais. Devant la réponse négative les Portugais bombardèrent l'ile et firent édifier un fort en trois semaines. Sacre Vasco, quel homme d'honneur ! Ainsi se fait l'histoire... Quelques annees plus tard les Arabes d'Oman chassèrent les Portugais qui se concentrèrent sur Sofala au Mozambique d'où ils exportaient les esclaves capturés au dans l'actuel Zimbabwe.
![]() Le lendemain matin 27 janvier nous prenons donc un bus pour Dar Es Salaam, les vélos arnachés tant bien que mal à même le toit qui n'a pas de grille. Le bus s'arrête en périphérie de la ville et alors que nous pédalons vers le centre, un cycliste nous accoste. Saidi est le secrétaire du club de cyclisme de Dar Es Salaam et se bat pour promouvoir le cyclisme en Tanzanie....avec ses moyens, c'est à dire pas grand chose. Il insiste pour nous escorter jusqu'au centre ville ce qui nous simplifie la vie. Dar Es Salaam est une capitale assez tranquille, agitée le jour, beaucoup moins le soir quand les travailleurs rentrent chez eux en périphérie. Port ouvert sur l'Océan Indien on y croise tous les peuples de Tanzanie, dont les Masais qui ne quittent pas leur tenue traditionnelle, des Indiens, des Occidentaux, des Libanais... Un côté cosmopolite agréable, une des rares villes africaines ou l'on ne sent pas vraiment intrus en tant que Muzungu (blanc en swahili).
Deux jours nous suffisent pour récupérer notre visa nigérian et acheter nos billets d'avion pour Lagos. Après avoir pris le temps de la réflexion, être attentifs a toutes les nouvelles qui nous parvenaient du Kenya, nous avons décidé de ne pas nous y rendre. Décision difficiile à prendre car nous y avons un ami assez extraordinaire, David Kindjah, sacré plusieurs fois champion cycliste du Kenya (il a meme participé aux championnats du monde de cyclisme a Plouay en 2000) que nous avions rencontré lors de notre traversée Kenyane à vélo il y a plusieurs années. Nous avons en tête également les paysages magnifiques de la plaine du Masai Mara et l'adrénaline qui montait en traversant un troupeau de milliers de gnoux ou en apercevant des girafes. Déception donc, et inquiétudes devant ce qui s'apparente à une marche vers le chaos d'une societe inégalitaire minée par la corruption et l'arrogance de ses élites politiques.
Le mardi soir nous allons déposer nos vélos et les sacoches dans un garage du centre ville ou travaille un membre du club de Saidi. Le lendemain matin, 30 janvier, nous sommes sur le pont du Seagull, la navette rapide qui relie Dar Es Salaam a Zanzibar.
Peu de noms sont autant évocateurs d'exotisme, de voyage, de mystères. Zanzibar. A lui seul, ce nom est une poésie. Zanzibar est un mythe et, c'est extraordinaire, la réalité n'est pas en dessous. Nous sommes restés quatre jours a Stone Town, ville principale de l'ile et coeur de la culture zanzibari. Immense dédale de ruelles étroites bordées de maisons et de palais à trois ou quatre étages aux superbes portes en bois sculptées et aux balcons ouvragés. Alors qu'à Mikindani ou Kilwa Kivinje on s'extasiait sur les quatre ou cinq batisses survivantes, toutes en ruines, Stone Town est d'une tout autre dimension. Que l'on marche au hasard ou en essayant de suivre une direction, on finit toujours par se perdre, découvrant une place dominée par une mosquée ou une école coranique, avec, inévitablement, en bout de course une mer turquoise et transparente sur laquelle évoluent les boutres qui naviguent entre les iles et le continent. Atmosphère de Peshawar, de Benarès et d'Afrique Noire; Zanzibar est une perle. Métisses d'Afrique, d'Inde et d'Arabie, les femmes sont superbes, silhouettes longilines drapées de noire, on ne voit parfois que leurs mains fines décorées au henné et leurs yeux qui, lorsqu'ils se posent sur vous, semblent vous demander comment vous êtes entré dans ce conte des Mille et une nuits.
![]() Un matin au marché, devant notre chai et notre chapati, nous discutons avec un Congolais venu de Lubumbashi en bus vendre de l'artisanat de son pays aux boutiques pour touristes. Pentecôtiste convaincu, il nous avoue qu'il se terre dans sa chambre d'hotel pratiquement toute la journee pour ne pas "succomber au péché". Car a Zanzibar les hommes sont méchants! Gare a toi si tu regardes leur femme !
Le premier soir nous avons passé la soirée au Musical Cultural Center, sorte de Buena Vista Club de Zanzibar où répète le taarab local, formation zanzibari traditionnelle, musique arabisante et jazzy: oud, accordéon, percussions, violon, chant... (j'ai malheureusement effacé par mégarde cette session; nous y sommes retournés le vendredi soir, cf Videos, mais le niveau était moindre). Le lendemain matin, plongée avec masque et tuba au milieu des coraux autour d'ilots situés au large de Stone Town; découverte d'un autre monde, couleurs et formes d'une nature sous marine qui confère au fantastique.
Un décor et une culture passionnante donc. Une gentillesse extraordinaire des habitants toujours prêts a vous rendre service. Le poids du tourisme, présent surtout en juillet-aout, ne se fait pas trop sentir.
Retour sur le continent le dimanche 3 fevrier. Nous partons directement pour Bagamoyo, autre port aux vieilles batisses arabes et allemandes, aux boutres échoués sur la longues plage où il fait bon se promener en fin d'apres midi et discuter autour d'un thé.
Un séjour tanzanien relativement court où nous aurons peu pédalé. Une petite mise en bouche en quelque sorte...
![]() Le mercredi 6 fevrier nous rejoignons l'aéroport de Dar Es Salaam à velo. C'est notre 6ème et dernier transfert en avion de ce tour du monde. Après discussion à l'enregistrement des bagages on nous laisse gracieusement embarquer nos 17 kg supplementaires. Au final nous n'aurons jamais payé de supplément bagage ! Arrivée a Lagos le 7 fevrier au matin après une nuit passée recroquevillés dans un coin de l'aéroport de Nairobi ou nous avons fait escale. Lagos et ses 17 millions d'habitants, mégapole du pays le plus peuplé d'Afrique qui ne fait parler de lui uniquement quant à la violence des affrontements entre un nord musulman et un sud chrétien, violence dans le delta du Niger et à Port Harcourt ou siègent les compagnies pétrolières multi milliardaires au milieu d'une pauvreté endémique. Images de violence, de surpopulation, d'insécurite...A vrai dire on est pas très fier de débarquer avec nos deux petits velos. Mais on a eu beaucoup de chance puisqu'un ami nous a mis en relation avec Mohammed, jeune ingénieur Algérien qui travaille dans le pétrole et habite Port Harcourt. Il s'est décarcassé pour nous trouver une voiture et un chauffeur qui nous a conduit chez Agnès tout d'abord, une sympathique collègue qui nous a hébergés la nuit, puis à la frontière béninoise le lendemain, situee a 90 km. Nous avons passé la soirée avec Agnes et Nicolas, également ingénieur dans le même secteur, et plusieurs expatriés. La soiree passe vite a échanger nos expériences et impressions. Leur hospitalité tombait vraiment à pic. Hormis Port Harcourt qui présente de réels dangers, le reste du Nigéria n'est pas plus dangereux que ça et les habitants sont bien sympathique. Relativiser les réputations...
Vendredi 8 fevrier, il est 10H30 quand on nous dépose a la frontière du Bénin. On a jamais vu une foule pareille. Il y a tellement de monde sur ce tronçon de l'axe Abidjan-Lagos que les douaniers ne nous regardent même pas passer. On fait tamponner nos passeports coté Nigeria où tout le monde a le sourire. Du côté béninois on nous adresse au commandant de brigade pour l'obtention du visa de transit. Nous sommes passés au Consulat béninois de Lagos la veille où on nous a confirmé la possibilite d'obtenir un visa de 48 heures prolongeable a Cotonou. L'homme derrière son bureau nous sort un discours incompréhensible et limite incohérent, tout ça pour nous signifier que le bakshish s'élève au même prix que le visa, 10 000 francs CFA chacun (ce qui correspond a environ 15 euros). Le mot cadeau ou bakshish n'est jamais prononcé, on parle de "pénalité". On demande un reçu, refusé evidemment. On menace d'appeller l'ambassade, on discute. Rien a faire, il nous tient. Il nous menace de nous renvoyer a la frontière hors nous n'avons qu'un visa de 48 heures au Nigeria et de plus il est inconcevable de faire le trajet à vélo en sens inverse dans la plus grande jungle urbaine que nous n'ayons jamais vue. Vient le changeur d'argent qui nous propose un taux scandaleux mais on a pas le choix. On réussit au bout de deux heures a diminuer le bakshish de 50 %. Dans l'intervalle on aura vu une Indienne au bord des larmes car elle ne pouvait pas payer.
Quand le véritable commandant débarque, un salopard en uniforme, notre interlocuteur se met a genoux pour essuyer ses rangers. On est abasourdi. Sur un ton sévère, le petit potentat de caserne nous dit que le visa est plus cher mais que spécialement il nous fait une faveur... C'est notre 35ème frontière, premier pays francophone, et c'est la première fois que ça nous arrive. Mélange de colère et de tristesse.
Heureusement nos premières heures a Cotonou nous regonflent le moral. Gentillesse et chaleur des échanges dans un français savoureux. Bienvenue en Afrique de l'Ouest ! |